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Prevost célèbre sa livraison d’un 1000ᵉ autobus à New York
Millième autocar pour la ville de New-York. | Photo: Prévost Par Benoit Valois-Nadeau, Initiative de journalisme local, Le Devoir
À une époque où les relations canado-américaines sont pour le moins tendues, le fabricant d’autocars Prevost donne l’exemple d’une collaboration fructueuse entre les deux pays. L’entreprise québécoise souligne cette semaine la livraison d’un 1000e autobus à la société de transport de la Ville de New York, fruit d’une relation qui dure depuis une quinzaine d’années.
Sans le savoir, des dizaines de milliers d’utilisateurs de la Metropolitan Transportation Authority (MTA) voyagent matin et soir dans des autobus fabriqués à 800 kilomètres de là, dans la petite municipalité de Sainte-Claire, dans la région de Bellechasse.
Depuis 2011, Prevost fournit à la plus grande société de transport en commun en Amérique du Nord des autobus interurbains qui font la navette entre des arrondissements excentrés, comme Queens et le centre-ville de Manhattan.
La collaboration entre les deux entités s’est amorcée autour d’un projet pilote de 90 véhicules et s’est poursuivie avec deux autres contrats majeurs, dont le plus récent, signé en 2023, assurait l’achat de 381 véhicules au coût de 447 millions de dollars.
« Avant la COVID, on construisait deux véhicules par jour à notre usine de Sainte-Claire. Maintenant, grâce au contrat avec New York, on est rendus à quatre. Un contrat comme celui-là n’apporte pas seulement de la stabilité, il vient aussi soutenir la croissance de l’entreprise », a fait valoir François Tremblay, président de Prevost, fier de dire que ses véhicules sont entièrement assemblés au Québec.
Au total, le contrat avec New York a généré à lui seul 150 emplois à l’usine de Sainte-Claire, qui compte près de 1200 travailleurs.
« Il faut comprendre que 30 % de nos fournisseurs sont québécois, donc c’est bon, tant pour nous que pour l’économie locale », a indiqué M. Tremblay, joint mardi dans la Grosse Pomme, où l’entreprise et sa maison mère, Volvo, soulignaient la livraison prochaine du 1000e véhicule.
Brasser des affaires au temps des tarifs
Ce jalon est franchi à un moment où les contrecoups des tarifs douaniers américains se font sentir chez plusieurs exportateurs québécois.
Prevost n’y échappe pas : les autobus importés aux États-Unis sont frappés d’une taxe de 10 %. On est encore loin des 50 % payés par les producteurs d’aluminium, par exemple, mais la mesure fait tout de même très mal à l’entreprise, qui génère 85 % de son chiffre d’affaires au pays de l’oncle Sam.
« C’est majeur. Pour le contrat de New York, ça représente un impact de 25 millions de dollars cette année seulement, illustre François Tremblay. C’est sûr que ça nous a donné un coup au niveau de la profitabilité. »
L’entreprise fondée en 1924 a choisi pour l’instant d’absorber la majorité des coûts supplémentaires, mais elle compte éventuellement refiler une partie de la facture à ses clients états-uniens.
« Ça va se faire sur plusieurs années, prévient le président de Prevost. On ne pouvait pas reporter la facture à 100 % dès l’an 1. L’idée, c’est vraiment de préserver nos emplois et notre carnet de commandes au Québec. »
« Grogne » chez les sociétés de transport américaines
Tout en jetant un regard intéressé sur la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), la société s’affaire donc à cultiver ses relations avec ses clients au sud de la frontière.
« Dans le contexte actuel, c’est important de raffermir les liens et de montrer qu’on est vraiment connectés sur le marché américain. Nos plus gros clients sont ici, aux États-Unis », rappelle François Tremblay.
Celui qui est également p.-d.g. du groupe Volvo au Canada dit ressentir de « la grogne » chez sa clientèle américaine, en majorité des sociétés de transport publiques, à propos de la guerre commerciale lancée par le président Trump.
« Eux non plus ne l’ont pas eu facile : il y a eu la COVID, puis ils ont été les premiers à ressentir l’augmentation du prix des matières premières. C’est sûr que ça ne fait pas leur affaire. Mais à un moment donné, c’est plus gros que nous autres. Il faut comprendre qu’on n’est pas en contrôle de cet élément », exprime-t-il avec philosophie.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.