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Négociations avec les États-Unis: la gestion de l’offre pourrait être épargnée
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, photographiée en conférence de presse à Montréal, le jeudi 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov Les producteurs laitiers du Québec pourraient peut-être être épargnés dans les prochaines négociations de libre-échange avec les États-Unis.
C’est ce qui pourrait ressortir d’une rencontre lundi à Washington entre la première ministre Christine Fréchette et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, un membre influent du cabinet du président Donald Trump.
L’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) doit être révisé à compter du 1er juillet et les Américains ont maintes fois réclamé l’abandon par le fédéral du système de gestion de l’offre, qui protège notamment les producteurs laitiers et d’oeufs au Canada.
À sa première mission à l’étranger dans ses nouvelles fonctions, Mme Fréchette a fait valoir aux Américains les avantages du libre-échange, mais aussi, elle a tenu à défendre des positions qui sont «non négociables», soit la primauté du français ainsi que la gestion de l’offre.
M. Greer n’est pas revenu à la charge, a laissé entendre Mme Fréchette, lors d’une mêlée de presse lundi soir à la Délégation du Québec à Washington, pour faire le bilan de sa visite.
«Il a pas insisté sur cette dimension-là. Est-ce que ca veut dire qu’il est d’accord avec moi? Je n’irais pas jusque là, mais il n’a pas insisté.»
Incidemment, elle a aussi défendu le français et la gestion de l’offre lors d’un entretien en matinée avec l’ambassadeur du Canada, Mark Wiseman.
En effet, celui qui pourrait jouer un rôle clé dans les négociations à venir avec les États-Unis s’est souvent attiré des critiques du Québec.
Une invitation aux élus fédéraux lancée en anglais seulement lui a valu la réprobation de la classe politique et même du premier ministre Mark Carney.
De surcroît, avant sa nomination, M. Wiseman avait à de nombreuses reprises dénoncé le système de gestion de l’offre.
Dans une publication sur un réseau social lundi, le député péquiste Pascal Paradis a remis en question sa capacité à appuyer le Québec dans les négociations.
«Les Québécois ont le droit de savoir si (…) Christine Fréchette considère que Mark Wiseman est apte à défendre les intérêts du Québec», a-t-il écrit.
M. Wiseman «m’a rassuré quant à la défense de la gestion de l’offre, il m’a dit que ce n’était pas sur la table, une modification quelconque de la gestion de l’offre», a répondu Mme Fréchette.
«Et quant au fait français, je lui ai rappelé l’importance d’utiliser les deux langues officielles. Il m’a rassuré quant au fait qu’il allait adapter son approche.»
La première ministre enchaînait les rencontres lundi pour positionner le Québec comme un partenaire commercial important et fiable, et donc pour faire lever les barrières tarifaires qui frappent des secteurs tels que l’aluminium et la foresterie depuis l’arrivée au pouvoir de M. Trump au début de 2025.
Mais à quoi bon répéter que le libre-échange est une bonne affaire autant pour les États-Unis que pour les Canadiens, si la classe politique américaine n’est pas réceptive?
«Ils ont bien des dossiers à gérer et c’est important qu’on se rappelle à leur mémoire , avec tout le poids qu’on génère dans l’économie américaine, le nombre d’emplois qu’on génère, parce que les discussions menant à la révision de l’ACEUM démarrent maintenant, donc c’est important de mettre la table.»
Par exemple, concernant l’aluminium, elle a fait valoir aux Américains que s’ils veulent construire leurs propres alumineries pour remplacer celles du Québec, il leur faudra des mégawatts qu’ils n’ont pas, alors que le Québec compte déjà huit des neuf alumineries du Canada.
Lundi midi, dans un chic restaurant de Washington, Mme Fréchette a tenu une table ronde avec des représentants des associations d’affaires canado-américaines.
«Il y a beaucoup de changements dans le contexte international et nous devons partager des idées et mettre en oeuvre une collaboration entre nous pour faire face à ces changements», a-t-elle dit à ses interlocuteurs.
Il y avait là notamment le vice-président responsable des États-Unis du Conseil canadien des affaires, John Dickerman, le président de The Aliminum Association, Charles Johnson, le président et chef de la direction du National Lumber and Building Material Dealers Association (Association nationale des marchands de bois et de matériaux de construction), ainsi qu’une représentante de General Motors.
En après-midi, Mme Fréchette s’est rendue au Congrès pour rencontrer de nombreux représentants.
La porte-parole de la première ministre a notamment confirmé que des échanges avaient eu lieu avec les représentants Adrian Smith (Nebraska), Nicholas A Langworthy (New York), Claudia Tenney (New York), Nicole Malliotakis (New York), Gabe Amo (Rhodes Island) et Jimmy Panetta (Californie).
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, est à ne pas confondre avec le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick.
Sur le site officiel du Bureau du représentant au Commerce, il est écrit que M. Greer «s’est donné pour priorité de placer l’Amérique au premier plan en matière commerciale, en combattant les pratiques commerciales étrangères déloyales, en élargissant l’accès aux marchés pour les produits ‘Made in America’ et en garantissant l’équilibre et la réciprocité dans les relations commerciales des États-Unis».
Il est aussi écrit qu’il a joué un rôle «déterminant» dans la négociation de la première mouture de l’ACEUM entré en vigueur en 2020.
Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Québec, mais, depuis mars 2025, les droits de douane américains ont durement frappé plusieurs secteurs industriels canadiens, malgré les protestations d’Ottawa et du gouvernement caquiste.
Sur l’aluminium et l’acier, il est de 50 %.
Aussi, depuis octobre, le bois d’œuvre du Québec est grevé d’un tarif douanier de 45 % au total en franchissant la frontière américaine.
En 2024, près des trois quarts des exportations du Québec (73,5 %) étaient destinées au marché américain, pour une valeur de 91,2 milliards $.
Il s’agissait essentiellement d’aéronefs, d’aluminium, de moteurs d’aéronefs et de produits miniers tels que l’or, l’argent, de métaux du groupe du platine, et leurs alliages.