L’inflation a augmenté pour s’établir à 3,1 % en septembre au Canada

La Presse Canadienne | 19 octobre 2026 | 08:38
Une pompe à essence dans une station-service de Toronto le mercredi 2 septembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Keito Newman

L’inflation du Canada a atteint 3,1 % en septembre, la guerre au Moyen-Orient continuant à faire grimper les prix de l’essence. Toutefois, selon les économistes, le ralentissement de l’inflation sous-jacente suggère que la hausse des coûts énergétiques ne s’est pas encore répercutée à grande échelle sur l’ensemble de l’économie.

Statistique Canada indique lundi que l’accélération de l’inflation globale est due à une flambée de 27,8 % des prix de l’essence le mois dernier par rapport à l’année précédente, malgré le passage à un mélange d’essence d’hiver moins coûteux.

Sans l’essence, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 2,2 % par rapport à l’année précédente en septembre, après une hausse de 2,4 % en août. 

Douglas Porter, économiste en chef à la Banque de Montréal, souligne que, bien que la flambée des prix de l’essence pousse l’inflation au-delà de l’objectif de la Banque du Canada, les pressions sous-jacentes sur les prix restent relativement maîtrisées.

«Le fait que de nombreux indicateurs de l’inflation sous-jacente se maintiennent autour de 2 % suggère que la flambée des prix ne s’étend pas vraiment bien au-delà des pompes à essence», explique-t-il lors d’une entrevue. 

«L’inflation globale s’est en réalité révélée légèrement inférieure aux prévisions et de nombreux développements plutôt encourageants ont été observés.»

Les économistes s’attendaient généralement à ce que l’inflation s’accélère pour atteindre 3,2 % le mois dernier, contre 3,0 % en août, ce qui mettait la Banque du Canada sous pression avant sa prochaine décision sur les taux d’intérêt, prévue le 28 octobre.

Pourtant, M. Porter précise que le rapport sur l’indice des prix à la consommation, pris isolément, «ne justifie en rien une hausse des taux d’intérêt».

Un ralentissement de la hausse

Les dernières données de Statistique Canada sur l’inflation ont montré un ralentissement des prix des produits alimentaires, ceux des aliments achetés en magasin ayant augmenté de 1,7 % en septembre. Il s’agit de la plus faible hausse annuelle depuis mai 2024.

Ce ralentissement s’explique par une baisse de 2,9 % des prix des légumes frais, tandis que ceux du sucre et des confiseries ont reculé de 2,7 %.

Les prix du bœuf ont augmenté à un rythme plus lent en septembre, avec une hausse de 8,7 %, contre 11,0 % en août.

Malgré ce ralentissement comparativement à septembre 2025, les prix des produits alimentaires ont bondi de 33,0 % depuis septembre 2020.

Le mois de septembre a été marqué par la révision annuelle des frais de scolarité, qui ont augmenté de 2,4 % après une hausse de 1,7 % en 2025, note Statistique Canada. 

Même si la plupart des secteurs liés au tourisme ont connu des baisses de prix saisonnières normales, les prix des billets d’avion ont bondi de 19,4 % en septembre, principalement en raison de la flambée des coûts du kérosène. 

Des variations régionales

Par ailleurs, le mois de septembre a été marqué par de fortes disparités régionales en matière d’inflation. 

Par exemple, l’inflation dans les trois provinces de l’Atlantique a dépassé les 5 % en raison de la flambée des prix du fioul domestique. L’agence a indiqué que le mazout et les autres combustibles ont bondi de 57,8 % en septembre, ce qui a durement touché les consommateurs du Canada atlantique, où de nombreux foyers sont chauffés au mazout.

L’inflation en Ontario s’est établie à 2,5 % en septembre, soit le taux le plus bas du pays. Au Québec, elle s’est chiffrée à 3,1 %.

M. Porter explique que ces écarts importants reflètent de profondes disparités sur les marchés immobiliers, ainsi que la pression à la baisse exercée sur le centre du Canada en raison des tensions commerciales avec les États-Unis. 

«Nous observons des variations régionales vraiment extrêmes à travers le pays, et cela se reflète dans les chiffres de l’inflation», souligne-t-il. 

Statistique Canada indique que les mesures de l’inflation sous-jacente, qui offrent une image plus claire des tendances sous-jacentes des prix en filtrant les fortes fluctuations, ont légèrement reculé le mois dernier.  

L’IPC-tronq de l’agence, qui exclut les hausses et baisses de prix les plus importantes, est tombé à 1,8 % en septembre, contre 1,9 % en août. L’IPC-méd, qui mesure le point médian des variations de prix des biens et services, a reculé à 1,9 %, contre 2,0 %.

Une résilience mise à l’épreuve

Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, indique dans une note adressée à ses clients que le «ton ferme» des commentaires du gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, en fin de semaine a renforcé les anticipations du marché quant à une hausse des taux d’intérêt plus tard ce mois-ci. 

Mais le rapport sur l’inflation «suggère qu’il n’y a pas d’urgence et que les décideurs politiques peuvent prendre davantage de temps pour évaluer l’évolution des relations commerciales avec les États-Unis et l’impact des nouveaux droits de douane avant de relever les taux», précise M. Grantham. 

Lors d’une table ronde avec les médias organisée samedi en Thaïlande, M. Macklem a averti que la persistance de prix élevés de l’énergie augmentait le risque d’une inflation généralisée et que la banque centrale était prête à relever ses taux si nécessaire.

Il a indiqué que le message dominant de ses homologues lors des réunions du Fonds monétaire international à Bangkok est que l’économie mondiale affiche des performances meilleures que prévu malgré les guerres en cours en Iran et en Ukraine, les perturbations commerciales généralisées et la hausse des coûts d’emprunt liée à l’augmentation des rendements obligataires.

Mais M. Macklem a également précisé que cette résilience était de plus en plus «mise à rude épreuve» alors que des chocs tels que le conflit au Moyen-Orient persistent et font grimper les prix de l’énergie.

Certaines de ces sources de résilience — comme la libération des réserves mondiales de pétrole — s’épuisent, a-t-il pointé.

«On ne peut recourir aux réserves stratégiques d’énergie et de pétrole qu’un nombre limité de fois, mais cela a contribué à contenir ce choc des prix de l’énergie», a conclu M. Macklem.