Alliance Biochar : de nouveaux débouchés pour créer de la valeur en forêt privée

La Presse Canadienne | 19 août 2026 | 05:00
Photo: Pexels.com

Par Guillaume Roy, Initiative de journalisme local, Le Quotidien

Après avoir pris racine en Beauce, l’Alliance Biochar, commence à prendre forme au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Gaspésie. L’objectif: créer plus de valeur avec les résidus forestiers, en développant des projets liés au biochar, alors que la demande de bois destiné aux pâtes et papiers a chuté drastiquement.

Les producteurs de bois privés cherchent activement à donner une seconde vie aux résidus forestiers autrefois écoulés sur le marché de la pâte. L’Alliance Biochar, portée par des syndicats de producteurs de bois de Chaudière-Appalaches, de la Gaspésie et du le Saguenay–Lac-Saint-Jean, vise à transformer ces sous-produits en biochar, un biocharbon à haute valeur ajoutée.

Une idée venue de la Beauce

Le concept de l’Alliance Biochar trouve ses racines en Chaudière-Appalaches, où le Syndicat des producteurs de boisés privés de la Beauce cherche à développer de nouveaux marchés après la disparition du marché des «pitounes», ces billes de bois de moins de quatre pouces autrefois achetés par l’industrie papetière. «Ce marché, qui représentait 15 à 25 % des revenus des producteurs de bois privé, a complètement disparu entre 2005 et 2010», explique Martin Garon, un producteur forestier et consultant pour l’Alliance.

L’idée? Récupérer ces résidus forestiers, souvent laissés au parterre de coupe, pour les transformer en biochar, un charbon végétal aux multiples applications, comme l’amélioration des sols agricoles, la litière pour volaille, ou encore additif dans le béton pour augmenter sa capacité portante et capter du carbone.

Une approche régionale et en circuit court

L’Alliance Biochar, qui regroupe des syndicats de producteurs de bois de trois régions du Québec, souhaite transformer la matière première le plus près possible des lieux de récolte, afin de réduire les coûts de transport et de créer des filières régionales durables.

En Chaudière-Appalaches, un projet d’usine de 25 millions de dollars a été récemment présenté, mais le financement reste à boucler alors que les promoteurs attendent des réponses à des demandes d’aides gouvernementales. L’échéancier vise une construction en 2028, note Martin Garon. «On ne vise pas des usines de 50 000 à 150 000 tonnes, mais plutôt des installations plus modestes, de 5000 à 15 000 tonnes, bien positionnées et avec un accès facile à la ressource», précise Martin Garon. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Gaspésie, le calendrier vise plutôt la mise en place d’usines en 2029, ajoute ce dernier.

Fait à noter, une première usine commerciale de biochar, mené par Rémabec, Airex Énergie et le Groupe Suez, a vu le jour en 2025 à Port-Cartier, sur la Côte-Nord.

Diversification des marchés au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Le directeur général du Syndicat des producteurs de bois du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Martin Lavoie, estime que le biochar permettra, à terme, de créer plus de valeur pour les producteurs, tout en demeurant prudent. «Actuellement, le bois marchand trouve preneur, dit-il. Nous voyons cela comme une opportunité de diversification des marchés, pas comme une solution à une crise immédiate. Nous sommes à l’affût, mais nous ne voulons pas nous lancer dans une cause désespérée.»

Selon les différentes réalités territoriales, l’Alliance Biochar pourrait tenter d’opérer une usine ou encore de travailler avec des entreprises de transformation locales.

Les producteurs voient d’ailleurs d’un bon œil le projet d’usine de biochar, de Char Technologies, à Saint-Félicien, qui travaillerait en partenariat avec l’usine de cogénération et un centre de valorisation de la biomasse.

Les producteurs de la région fournissent déjà du bois à l’usine de cogénération. «Si le projet avance, nous pourrions livrer encore plus de bois.»

Des applications agricoles et environnementales

Selon les études réalisées par Biochar Boréalis, la vitrine technologique d’Agrinova de Mashteuiatsh, le biochar présente des avantages agronomiques significatifs, notamment dans les sols légers où il améliore la capacité d’absorption et réduit le lessivage. Des tests sont en cours dans les bandes riveraines et les grandes cultures, notamment le soja.

Pour les agriculteurs, l’objectif est de réduire l’apport en engrais chimiques tout en augmentant les rendements. «Nous travaillons avec Agrinova pour établir le potentiel de marché et valider la rentabilité par rapport à l’augmentation des rendements», indique Martin Garon.

De plus, les essences d’arbres utilisées et la taille des particules de biochar influencent fortement les usages possibles.

Crédits carbone : un levier financier en développement

Un autre aspect du projet concerne les crédits carbone. Martin Lavoie souligne que le mécanisme d’accès aux crédits carbone pour les forêts privées est complexe et que le projet provincial a pris du retard. «Nous sommes persuadés que cela pourra être débloqué d’ici l’automne. Cela représenterait une source de diversification des revenus et un incitatif pour maintenir une vocation forestière», dit-il.