Christine Fréchette n’exclut pas de dépasser son budget de 250 millions $

La Presse Canadienne | 23 mai 2026 | 20:01
La première ministre Christine Fréchette prononce un discours devant des militants au conseil général de la Coalition avenir Québec, à Lévis, le 23 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Karoline Boucher

La première ministre Christine Fréchette n’exclut pas de dépenser davantage que les 250 millions $ qui lui étaient réservés, et ce, malgré une mise en garde de son ministre des Finances, Eric Girard.

Le 2 mai dernier, M. Girard écrivait à sa patronne: «Les Québécois (…) souhaitent une première ministre responsable qui ne dépense pas à tout vent», selon les informations obtenues par Radio-Canada.

Il disait s’inquiéter que toutes ces nouvelles dépenses annoncées par Mme Fréchette allaient dépasser la limite convenue. 

«Les Québécois sont intelligents et savent compter», a-t-il prévenu.

La première ministre a déjà annoncé le remboursement de droits de mutation (140 M$), l’ajout d’heures de soins à domicile (22 M$), ainsi qu’une baisse d’impôt pour les PME (30 M$ cette année).

L’abolition de la TVQ sur certains aliments, comme les barres tendres, les muffins et les fruits coupés, doit également faire l’objet d’une annonce dans les prochains jours. 

On s’attend à ce que cette mesure coûte 100 millions $, pour un total de 292 millions $.

Dans son budget en mars, M. Girard avait laissé une somme de 250 millions $ à la disposition du prochain chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour qu’il puisse concrétiser ses promesses.

Trouver l’équilibre

À son arrivée au conseil général de la CAQ à Lévis samedi, la première ministre s’est défendue d’être trop dépensière.

Elle a affirmé que la fermeture du détroit d’Ormuz, qui «perdure dans le temps», créait une pression «importante plus longtemps» sur les Québécois. 

«La situation n’est pas facile en ce moment pour les Québécois. On pense au coût de l’épicerie, du logement, (…) de l’essence également», a-t-elle plaidé en mêlée de presse.

«Le ministre des Finances fait son travail. Maintenant, moi, je fais le mien de trouver (…) le juste équilibre. 

«Si la situation évolue du côté des finances publiques et qu’elle évolue aussi pour les Québécois, il faut redéfinir ce juste équilibre-là», a-t-elle ajouté.

Plus tôt, Eric Girard avait tenté de minimiser l’importance de son courriel, disant avoir rédigé «des milliers» de messages semblables depuis ses années à la Banque Nationale.

«C’est mon style: concis, direct. Je suis le gardien des finances publiques», a-t-il fait valoir. Il a ajouté que l’état des finances publiques était quand même «un peu meilleur» qu’à la rédaction du budget.

Ce genre de rappel à l’ordre est commun, a déclaré la ministre de l’Environnement, Pascale Déry.

«Eric Girard, c’est « business as usual ». Il n’y a rien là-dedans qui m’étonne, qui est préoccupant ou qui sort de l’ordinaire. (…) C’est son rôle de nous demander de faire attention», a-t-elle soutenu.

«S’il ne l’avait pas fait, c’est plus ça qui aurait été préoccupant», a renchéri la ministre du Sport, Kariane Bourassa.

«Rien n’a changé à la CAQ»

Il n’empêche que la CAQ s’est rapidement attiré les railleries des partis d’opposition, à commencer par le Parti libéral du Québec (PLQ) de Charles Milliard.

«Le ministre des Finances sonne l’alarme depuis longtemps… sans être écouté», a souligné M. Milliard sur X.

«Mme Fréchette, comme M. Legault avant elle, continue de dépenser sans compter pour tenter de séduire les électeurs. Comme si les Québécois ne voyaient pas clair dans leur jeu.»

La preuve «indéniable» que «rien n’a changé à la CAQ», selon le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon.

«Ils n’ont rien retenu de leurs échecs dans plusieurs dossiers, comme Northvolt ou la décote du Québec par S&P, en raison des « déficits opérationnels persistants »», a-t-il râlé.

On va gagner, jure Fréchette

Mme Fréchette participait, samedi, au dernier conseil général de la CAQ avant la campagne électorale qui sera lancée dans trois mois. 

Elle en a profité pour annoncer que les députés Marie-Belle Gendron (Châteauguay) et Yannick Gagnon (Jonquière) seront coprésidents de la campagne caquiste.

Dans son discours de clôture devant les militants, elle a accusé le PLQ d’être «résigné» et le PQ, de se bercer d’«illusions». La CAQ, a-t-elle juré, fera mentir les pronostics.

«La CAQ, c’est l’ambition de diminuer le coût de la vie pour les Québécois, l’ambition de propulser notre économie, (…) l’ambition de rénover nos infrastructures.

«Encore aujourd’hui, il y en a beaucoup qui doutent qu’on ait des chances de gagner les prochaines élections. 

«Moi, je suis convaincue qu’on peut le faire, et je suis convaincue qu’on va le faire!» s’est-elle exclamée sous les applaudissements.