Manufacturiers: près du quart des produits québécois frappés par des droits de douane

La Presse Canadienne | 5 mai 2026 | 11:36
Près du quart des produits manufacturés québécois sont frappés par des droits de douane, selon une estimation du Mouvement Desjardins. Un véhicule récréatif de BRP est assemblé à Valcourt le lundi 26 janvier 2026. L’entreprise fait partie des exportateurs frappés par les changements aux droits de douane sectoriel sur les produits métalliques. LAPRESSECANADIENNE/Christinne Muschi

Avec les changements aux droits de douane sur l’aluminium, l’économie québécoise est encore plus lourdement taxée par l’administration Trump, selon les estimations des économistes du Mouvement Desjardins. 

«L’ACEUM (l’Accord Canada-États-Unis-Mexique), ça ne nous protège pas à 100 %, nuance son économiste principal, Hendrix Vachon, en entrevue. Ça ne nous protège pas pour les tarifs sectoriels.» 

Les politiques protectionnistes du président américain, Donald Trump, équivalent à une taxe de 9 % sur les exportations québécoises vers les États-Unis.

Le Québec reste ainsi la province canadienne qui paie le taux effectif sur l’ensemble de ses exportations le plus élevé. La moyenne est de 4,2 % pour l’ensemble du Canada.

Les produits conformes à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sont exemptés de droits de douane, mais des droits de douane sectoriels frappent certains secteurs importants au Québec, notamment le bois d’œuvre et l’aluminium. 

La Maison-Blanche a récemment modifié les modalités des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et le cuivre. 

Auparavant, seule la part du contenu métallique visé était taxée à 50 %. Depuis le 6 avril, le droit de douane est de 25 % sur la valeur totale du produit, ce qui entraîne une facture plus élevée pour de nombreux produits. 

«Ça désavantage plusieurs fabricants de produits métalliques avec de l’acier, de l’aluminium ou du cuivre, en particulier les produits à plus forte valeur ajoutée», explique l’économiste.

Le nombre de manufacturiers touchés par des droits de douane augmente ainsi sensiblement. 

Environ le quart des produits manufacturés québécois sont maintenant assujettis à un droit de douane sectoriel, comparativement à 17,4 % avant la modification. 

«Ce sont donc près de 7 % de nos exportations vers les États‑Unis qui s’ajoutent aux produits tarifés en avril», souligne l’étude.  

Le fabricant de véhicules récréatifs BRP a donné une idée de grandeur des conséquences financières de ce changement. 

Le fabricant des Ski-Doo, Can-Am et Sea-Doo a prévenu récemment les investisseurs que la nouvelle offensive du président républicain pourrait lui coûter 500 millions $. 

L’étude souligne que 170 000 travailleurs québécois travaillent dans des secteurs potentiellement affectés par les changements en vigueur depuis avril. 

Les entreprises touchées comptent pour environ 4,5 % du produit intérieur brut (PIB), selon les estimations des économistes du Mouvement Desjardins. «Il faut faire attention, nuance M. Vachon. Ce n’est pas 4 % ou 5 % du PIB qui va disparaître. C’est juste une fraction de ces entreprises-là qui vont fermer.» 

Malgré les vents contraires, son équipe n’anticipe pas de récession pour le moment. L’expert compare les hostilités commerciales de l’administration Trump à un «supplice de la goutte» économique.

«On pourrait peut-être avoir une période prolongée de faible croissance économique», répond-il.