Procès de Keven Deblois | La mère de l’accusé confrontée par la poursuite sur des déclarations antérieures

Benjamin Aubert | 1 mai 2026 | 20:06
Le Palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce ainsi que l'accusé Keven Deblois et la victime Karine Bélanger en mortaise | Photo: MaBeauce.com et Facebook

La mère de Keven Deblois, accusé de meurtre au deuxième degré sur son ex-conjointe Karine Bélanger, Christine Bélanger a été confrontée vendredi par la poursuite sur des déclarations antérieures faites aux policiers ainsi que lors de l’enquête préliminaire de son fils.

Au cœur de l’enjeu se trouve la déclaration que Deblois a faite à sa mère dans un cabanon lors de son retour chez elle en soirée le dimanche 25 septembre 2022, soit le jour où le corps de Karine Bélanger a été découvert dans un Dodge Ram incendié à Saint-Bernard.

Mercredi, Christine Bélanger a révélé au jury que son fils lui avait répondu «Elle est morte, je l’ai caché, c’est un accident» lorsqu’elle lui a demandé «si Karine était correcte».

Or, d’après la déclaration vidéo sous serment qu’elle a faite aux policiers de la Sûreté du Québec le jour des événements, l’échange pourrait avoir été différent.

«Je l’ai pris dans mes bras et je lui ai demandé, coudonc, as-tu fait du mal à ta blonde? Il m’a dit que oui, mais que ce n’était pas ça qu’il voulait, que c’était un accident. Pis là, par curiosité, je lui ai demandé qu’est-ce qu’il avait fait. Il m’a dit « Maman, je n’ai pas fait pas exprès. Je l’ai tué, pis après, je l’ai caché »», peut-on l’entendre dire dans une séquence présentée au jury par la procureure de la Couronne, Me Annick Harbour, après avoir obtenu l’autorisation du juge Carl Thibault de contre-interroger son propre témoin sur cet aspect.

«Il m’a dit, je l’aime, maman. Ostie, je ne voulais pas faire ça. C’est un accident. Il faut que tu me croies. C’est un accident.», a-t-elle ajouté dans un deuxième extrait de sa conversation avec les policiers.

Les propos tenus dans cette vidéo ont ensuite été confirmés par la témoin dans une seconde déclaration sous serment faite trois jours plus tard, le 28 septembre 2022, puis lors de l’enquête préliminaire de l’accusé en janvier 2025.

Le sentiment d’être accusée

En réponse aux questions de Me Harbour, Christine Bélanger a martelé que la phrase qui «résonne dans [sa] tête» depuis trois ans et demi est bel et bien celle qu’elle a citée en milieu de semaine devant le tribunal.

«Dans ma tête, j’ai demandé « ta blonde, est-tu correcte? ». Il n’y a pas une grosse nuance entre les deux, mais c’est vraiment ça que j’entends dans ma tête. Il m’a dit qu’elle est morte, qu’il l’a caché, que c’est un accident et qu’il l’aime. C’est ça qui vire en boucle et non ce que je vois là», a-t-elle affirmé en se disant «convaincue» d’avoir entendu «Elle est morte, je l’ai caché».

«Je me souviens qu’il m’a dit qu’il l’a caché, mais je ne me souviens pas qu’il m’a dit qu’il l’avait tué. Est-ce que c’est l’émotion, est-ce que c’est mon cerveau qui a effacé la pire partie? Je ne pourrais pas vous dire.»

Appelée à expliquer pourquoi elle n’avait pas modifié sa version plus tôt alors qu’elle a pu réécouter ses déclarations enregistrées et que l’opportunité lui a été donnée, notamment lors de l’enquête préliminaire, la mère de l’accusé a soutenu qu’elle «ne pense pas avoir réalisé dire trois ou quatre fois qu’il dit qu’il l’a tué alors que ce n’est pas ce à quoi [elle] rêve».

«Cet après-midi, j’ai vraiment le feeling que je pourrais être assise à côté de mon fils dans le box des accusés», s’est-elle même impatientée à un moment.

Une santé fragile ?

En défendant sa déclaration de mercredi, Christine Bélanger a aussi présenté un nouvel élément d’information concernant la victime, Karine Bélanger.

Selon elle, le fait que Keven Deblois dise que sa conjointe soit décédée ne semblait pas anormal, puisque la femme de 36 ans avait une «santé fragile» et qu’elle «pouvait mourir n’importe quand» en raison de sa condition de santé.

«Elle a fait deux crises d’épilepsie chez nous. Les deux fois, Keven a protégé sa tête pour ne pas qu’elle se blesse», a-t-elle expliqué en indiquant que Karine Bélanger lui avait confié être en attente d’une opération au cerveau.

Après trois jours, le témoignage principal de la mère de l’accusé est désormais terminé. L’avocate de Keven Deblois, Me Marie-Laurence Spain, aura l’occasion de la contre-interroger à compter de lundi matin.