Annonce fédérale en construction: Québec appelle au respect de ses compétences

La Presse Canadienne | 30 avril 2026 | 11:10
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, se dit mercredi prête à collaborer avec le fédéral dans le cadre d’investissements liés aux métiers de la construction, dans «le respect de ses compétences». Elle procédait à une annonce à l’Hôpital Rosemont-Maisonneuve, à Montréal, le jeudi 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

Le gouvernement Fréchette accueille avec prudence l’annonce d’un investissement fédéral dans le milieu de la construction.

«Il faut qu’on discute avec le fédéral de la manière avec laquelle ça va procéder», a réagi la première ministre Christine Fréchette à son arrivée à l’Assemblée nationale, mercredi.

Dans sa mise à jour économique présentée mardi, le gouvernement Carney a prévu investir 6 milliards $ sur 5 ans à l’échelle du pays afin d’attirer de 80 000 à 100 000 jeunes dans les métiers spécialisés de la construction.

Pour le Québec, la mesure pourrait représenter 200 millions $ cette année.

Or, «la formation de la main-d’œuvre est un champ de compétence exclusive du Québec et nous entendons la faire respecter», a averti le nouveau ministre responsable des Relations canadiennes, Jean Boulet.

Mercredi, il a dit toutefois prôner le «dialogue» et la «collaboration» avec Ottawa, un changement de ton de la part du gouvernement caquiste qui, sous François Legault, était nettement plus belliqueux. 

«On s’attend à une collaboration constructive. (…) Le Québec a déjà des programmes efficaces, des lois et des partenaires qui livrent des résultats. L’argent doit soutenir ce qui fonctionne, pas créer de dédoublements», a plaidé M. Boulet.

«C’est important de dialoguer avec Ottawa, de s’assurer de bien comprendre leurs intentions et que cet argent-là puisse bénéficier à nos acteurs, à nos partenaires, selon nos conditions, en fonction de nos intérêts et ambitions», a-t-il ajouté en mêlée de presse.

Son collègue, le ministre des Finances Eric Girard, a exprimé le souhait de voir les sommes transiter par la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), l’organisme chargé d’évaluer les besoins en matière de construction au Québec.

«Je m’attends à ce qu’on (…) utilise ces canaux-là qui sont déjà bien établis, a également commenté Mme Fréchette en marge d’une annonce en Beauce. La CPMT devrait être mise à contribution dans le contexte.»

À Ottawa, le leader du gouvernement, Steven MacKinnon, s’est fait rassurant. Il a affirmé que le fédéral allait travailler avec le Québec «pour trouver une formule de financement qui vise à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés». 

«Sachez qu’au Québec, peut-être particulièrement au Québec, l’enjeu de la pénurie de travailleurs avec des métiers spécialisés est critique. (…) Et nous sommes là pour aider à ce que ce problème-là soit remédié», a-t-il souligné.

De passage à Montréal mercredi, le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, a déclaré que, selon lui, Québec et Ottawa pouvaient travailler «main dans la main».

«Je n’approche pas ça en termes de conflit, a-t-il dit. On veut travailler ensemble. Vous avez vu, je l’ai fait dans le secteur de l’habitation, ça s’est très bien fait. On a dit: “Écoutez, vous pouvez utiliser vos programmes existants”.» 

Malgré tout, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n’en démord pas: le gouvernement fédéral fait clairement de l’«ingérence».

«C’est une juridiction et une compétence exclusive du Québec dont la seule conclusion possible est que les sommes attribuées au Québec (…) soient transférées au Québec sans condition», a-t-il martelé en mêlée de presse au Parlement.