Délais à l’urgence: la moitié des Canadiens renoncent à consulter un médecin
Une chambre inoccupée aux urgences, dans un hôpital de Montréal, le jeudi 19 septembre 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi Le temps d’attente dans les salles d’urgence du pays est devenu tel que 50 % des Canadiens ont renoncé à consulter un médecin ou à se rendre à l’urgence. Ce taux grimpe à 56 % chez les Québécois.
C’est ce que nous apprend un nouveau sondage Légercommandé par l’Institut économique de Montréal (IEDM), l’organisme de recherche canadien SecondStreet.org et l’OBNL Canadian Constitution Foundation.
«Il y a une partie des patients qu’on sait qu’ils se présentent à l’urgence et qui repartent sans être traités. Ça, ça représente une partie de ce chiffre. Mais il y a un chiffre encore plus grand qui est beaucoup plus difficile à cerner: c’est le nombre de patients qui choisissent de ne même pas se rendre à l’urgence parce qu’ils se disent que de toute façon, ils ne pourront jamais voir un médecin. C’est un peu ça qu’on a essayé d’avoir ici avec ce sondage», explique en entrevue Renaud Brossard, vice-président aux communications à l’IEDM.
L’objectif de l’organisme de recherche associé à la droite économique était d’avoir une meilleure idée de l’ampleur de ce phénomène.
Les données du sondage ne disent pas si les personnes qui ont refusé de consulter un médecin avaient été évaluées par une infirmière au triage à l’urgence. Ou si celles qui ne se sont pas présentées à l’urgence ont décidé de se tourner vers d’autres services, comme les pharmaciens ou d’appeler Info-Santé au Québec.
Il peut arriver aussi que des gens restent à la maison en espérant une amélioration de leur état de santé. «Malheureusement, dans beaucoup de cas, ce n’est pas quelque chose qui fait juste passer. C’est quelque chose qui peut empirer et donc, la consultation devient nécessaire, mais à un moment où l’enjeu de santé est beaucoup plus grand et beaucoup plus complexe à traiter que ce qu’il aurait été initialement», soutient M. Brossard.
On ne sait pas non plus si c’est au cours de la dernière année ou au cours de leur vie que les personnes ont déclaré avoir renoncé à consulter un médecin en raison de l’attente aux urgences. «Mais ce qu’on voit, c’est qu’il y a quand même plus de la moitié des Québécois et la moitié des Canadiens qui, à un moment ou à un autre, avaient un enjeu de santé, sentaient un besoin de consulter, mais ont opté pour ne pas consulter à cause des temps d’attente et donc du manque d’accès aux soins de santé», souligne M. Brossard.
Le privé, devenu commun au Québec?
Les résultats du sondage montrent aussi que 46 % des Québécois (et 27 % des Canadiens) ont payé pour des services de santé au privé en raison de l’insatisfaction des services offerts par le système public ou pour éviter les longs délais d’attente.
M. Brossard interprète que de payer pour des soins au privé est devenu commun au Québec. «C’est quelque chose qui est de plus en plus normal, plus accepté et qui est de plus en plus utilisé», dit-il.
«Pour beaucoup de Québécois, ultimement, ça devient un peu une soupape dans le sens où lorsqu’ils ont un enjeu de santé qui est pressant, un enjeu de santé qui leur occasionne de grandes douleurs, il y en a plusieurs qui vont choisir d’aller se faire traiter au privé pour pouvoir avoir des délais un peu plus adéquats que le système public est en mesure de leur offrir», poursuit M. Brossard.
Le sondage indique aussi que 61 % des Canadiens sont en faveur de pouvoir payer de leur poche ou avec une couverture d’assurance étendue pour obtenir des soins privés, tout en conservant l’option de recevoir des soins dans le système public. Cette proportion est encore plus grande au Québec, avec 68 % des répondants qui l’appuient.
M. Brossard explique que l’accessibilité financière est présente dans le système public, en ce sens où peu importe les moyens financiers de la personne, elle peut recevoir des soins. Toutefois, il n’y a pas d’accès en temps opportun, dénonce-t-il. Cet aspect de l’accès n’a jamais été respecté par le gouvernement, dit-il, citant les délais d’attente aux urgences ou encore la liste d’attente en chirurgie.
Le sondage indique que 25 % des Canadiens (et 18 % des Québécois) s’opposent à la coexistence entre le public et le privé.
Le sondage Léger a été mené du 16 au 19 octobre 2026 auprès d’un panel en ligne de 1510 Canadiens. La marge d’erreur est de plus ou moins 2,5 %, 19 fois sur 20.