L’économie du pays a affiché une croissance annualisée de 3,3 % au deuxième trimestre
Des bobines d’acier sont entreposées dans la cour d'une usine sidérurgique à Hamilton, en Ontario, le jeudi 20 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Nick Iwanyshyn De nouvelles données de Statistique Canada révèlent que l’économie du pays a connu une croissance soutenue au deuxième trimestre — et suggèrent que les rumeurs de récession qui ont circulé plus tôt cette année étaient peut-être exagérées.
Selon l’agence fédérale, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 3,3 % au deuxième trimestre, soit un peu moins que ne l’avaient prévu les économistes. Néanmoins, il s’agit du rythme de croissance trimestriel le plus rapide depuis le début de 2023, dépassant ainsi les prévisions de la Banque du Canada, qui tablait sur une croissance de 2,5 % pour ce trimestre.
Les exportations ont bondi de 3,6 % au deuxième trimestre, portées par un rebond des expéditions de voitures et de camions légers. La production automobile avait reculé au cours des deux trimestres précédents.
Les investissements résidentiels ont également donné un coup de pouce à l’économie. Statistique Canada note que l’activité de revente s’est dynamisée au printemps, en particulier au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique.
Par ailleurs, les dépenses en immobilisations des entreprises ont augmenté de 2,3 % au deuxième trimestre, mettant fin à cinq trimestres consécutifs de baisse.
Les dépenses en machines et matériel ont atteint leur niveau le plus élevé en deux ans. Les investissements en ordinateurs et périphériques ont bondi de 16,7 %, ce que Statistique Canada attribue aux unités de traitement utilisées dans les centres de données.
La hausse des prix de l’essence liée à la guerre en Iran a stimulé les revenus des entreprises du secteur de l’énergie au cours du deuxième trimestre, mais a également pesé sur les bénéfices des entreprises manufacturières, qui ont vu leurs coûts de production augmenter.
L’agence fédérale précise que le PIB réel a progressé de 0,3 % en juin, dans un contexte de croissance généralisée à l’ensemble des secteurs. Les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration ont bénéficié de la présentation de dix matchs de la Coupe du monde de soccer au Canada durant le mois.
Le secteur de la fabrication, sensible aux droits de douane, a connu une progression pour un troisième mois consécutif en juin.
Cependant, l’agence prévoit également que le secteur manufacturier a connu un ralentissement en juillet, ce qui se traduit par une croissance nulle dans ses premières estimations du PIB pour ce mois.
Des vents contraires
Les données du deuxième trimestre ne reflètent en rien l’escalade de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Les nouveaux droits de douane américains de 50 % sur une gamme de produits canadiens sont entrés en vigueur la fin de semaine dernière, tandis que les mesures de rétorsion prévues par le Canada devraient prendre effet le 8 septembre.
Ariane Curtis, économiste principale pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, explique vendredi dans une note adressée à ses clients que les nouveaux vents contraires liés aux droits de douane imposés par les États-Unis laissent présager que la forte dynamique observée au deuxième trimestre ne se poursuivra pas au troisième trimestre.
«Nous ne pouvons pas nous montrer trop optimistes quant aux perspectives, étant donné que la dernière estimation préliminaire laisse entendre que le PIB est resté inchangé en juillet, alors que l’effet d’entraînement de la Coupe du monde de la FIFA s’est inversé», détaille-t-elle.
En mai dernier, Statistique Canada a fait état d’une légère baisse du PIB au premier trimestre — une deuxième baisse trimestrielle consécutive qui avait alimenté un débat sur la question de savoir si le Canada était en récession.
Mais cette contraction trimestrielle a été effacée dans le cadre des révisions régulières effectuées vendredi par l’agence. Statistique Canada indique désormais que le PIB du premier trimestre était en réalité légèrement positif, à 0,3 %.
«La forte croissance du PIB au deuxième trimestre, conjuguée à une révision à la hausse des chiffres du premier trimestre, a assurément dissipé les craintes de récession pour l’instant», affirme Anupriya Gangopadhyay, économiste à la Chambre de commerce du Canada, dans une déclaration.
Le rapport sur le PIB du deuxième trimestre constitue la dernière publication de données importante avant la prochaine annonce de la Banque du Canada sur les taux d’intérêt, prévue le 2 septembre. La banque centrale a maintenu son taux d’intérêt de référence à 2,25 % lors de six décisions consécutives.
Mme Gangopadhyay indique qu’à première vue, les chiffres solides du PIB du deuxième trimestre viendront étayer les arguments en faveur d’une hausse des taux. Elle s’attend toutefois à ce que la Banque du Canada reste sur la touche la semaine prochaine, car le regain d’incertitude sur les plans commercial et géopolitique menace de freiner la croissance dans les mois à venir.
Doug Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal, indique vendredi dans une note qu’il s’attend à ce que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année et jusqu’en 2027.
«La Banque du Canada attendra probablement de voir comment l’économie réagira à la dernière dispute tarifaire — et comment celle-ci évoluera — avant de déterminer l’orientation future des taux», conclut-il.