Voici cinq enjeux à suivre au cours de la campagne électorale provinciale au Québec
Le bâtiment de l'Assemblée nationale, à Québec, le mercredi 5 juin 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Les Québécois sont appelés aux urnes début octobre, après huit années consécutives de gouvernement de la Coalition Avenir Québec. Voici quelques-uns des enjeux qui pourraient dominer la campagne.
1. La souveraineté
La victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) en 2018 avait été perçue par plusieurs comme l’ouverture d’un nouveau chapitre pour le Québec. Les électeurs semblaient vouloir prendre leurs distances de la dynamique binaire fédéraliste-souverainiste qui dictait le ton de la politique québécoise depuis des décennies. Mais cette année, le Parti québécois est en tête dans les sondages et son chef, Paul St-Pierre-Plamondon, a promis un référendum d’ici 2030 si son parti forme le gouvernement.
Ce dernier a depuis déclaré qu’aucun référendum n’aurait lieu tant que Donald Trump serait au pouvoir. Les sondages suggèrent que les Québécois ne souhaitent pas de référendum, ce que les adversaires de M. Plamondon ne manqueront pas de rappeler.
2. Commerce avec les États-Unis
Samedi, les États-Unis ont instauré une nouvelle série de droits de douane de 50 % sur les exportations canadiennes, visant des marchandises d’une valeur de 28 milliards $. La cheffe de la CAQ, Christine Fréchette, actuelle première ministre, a déclaré que ces droits de douane pourraient affecter quelque 7,7 milliards $ d’exportations québécoises, soit plus de 9 % des exportations du Québec vers les États-Unis.
Le Québec abrite un certain nombre de secteurs touchés par les droits de douane américains, notamment l’aluminium, l’acier, le bois d’œuvre, les résineux et l’industrie manufacturière. Chacun des aspirants premiers ministres devra convaincre les électeurs qu’il est la personne la mieux placée pour défendre les intérêts de la province et protéger les travailleurs dont les emplois pourraient être menacés.
3. Énergie et ressources naturelles
La campagne électorale débute alors que le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ont conclu un nouvel accord provisoire de plusieurs milliards de dollars visant à répartir l’électricité produite par la centrale de Churchill Falls et à lancer de nouveaux projets hydroélectriques, éoliens et de transport d’électricité. Toutefois, cet accord n’est pas encore finalisé et fait suite à la décision de Terre-Neuve-et-Labrador de renvoyer les parties à la table des négociations, estimant qu’un accord précédent n’était pas suffisamment avantageux pour la province.
Parallèlement, l’industrie forestière québécoise est menacée par les droits de douane américains et les feux de forêt, et la province examine comment exploiter au mieux ses ressources minérales essentielles et s’assurer d’une énergie suffisante pour les décennies à venir.
4. Logement, itinérance et coût de la vie
Les questions liées au coût de la vie ont été au cœur des préoccupations des Québécois en 2026, et tous les grands partis ont fait de l’accessibilité financière une priorité. Christine Fréchette s’est présentée à la direction de la CAQ avec un programme prévoyant notamment le remboursement des droits de mutation immobilière aux premiers acheteurs et la conversion de garderies non subventionnées en garderies subventionnées.
Québec solidaire, qui est à la traîne dans les sondages, a proposé d’instaurer un plafonnement des hausses de loyer et de porter le salaire minimum à 20 $ de l’heure, tandis que le Parti conservateur du Québec a promis de réduire les impôts. La plateforme des libéraux comprend des mesures visant à construire 100 000 logements par an, tandis que le PQ s’est engagé à faire de la lutte contre l’itinérance sa «grande priorité sociale».
5. Finances
La Loi sur l’équilibre budgétaire du Québec impose au gouvernement d’éliminer le déficit d’ici 2029-2030, et le vérificateur général de la province a averti le 17 août qu’il faudra se serrer la ceinture pour atteindre cet objectif. Éric Bélanger, professeur de sciences politiques à l’Université McGill, estime quant à lui que la situation budgétaire obligera tous les partis à prendre des décisions difficiles sur la manière d’atteindre cet objectif, sans pouvoir promettre les mêmes avantages qui caractérisent traditionnellement une campagne électorale. La vérificatrice générale, Christine Roy, a estimé que le gouvernement était confronté à un déficit de plusieurs milliards de dollars qui nécessiterait des coupes d’au moins 2 milliards $ à partir de l’année prochaine, et pouvant aller jusqu’à 5 milliards $ l’année suivante.