Christine Fréchette veut «éviter toute escalade additionnelle»
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, tient une conférence de presse dans le cadre de la réunion du Conseil de la fédération, à Charlottetown, le mardi 21 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Darren Calabrese Le Québec et l’Ontario ne s’entendent pas concernant la riposte à donner à la hausse des droits de douane sur les produits canadiens annoncée par Donald Trump lundi.
Alors que le premier ministre ontarien Doug Ford appelle à une riposte agressive de toutes les provinces pour frapper les États-Unis, Christine Fréchette veut «éviter toute escalade additionnelle».
Les chefs de gouvernement de toutes les provinces étaient ainsi réunis à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, pour le sommet estival du Conseil de la fédération et les désaccords n’ont pas mis de temps à transparaître, alors que de son côté, le premier ministre Mark Carney disait envisager «toutes les options», selon ses mots.
«On pourrait démanteler les États-Unis si on le voulait», a lancé Doug Ford mardi midi en mêlée de presse en attaquant Donald Trump qu’il a qualifié d’«intimidateur».
ll a évoqué notamment la possibilité de sévir avec l’énergie canadienne dont les Américains dépendent, électricité ou pétrole, mais Christine Fréchette s’est dissociée en soirée d’une telle stratégie.
«Je ne suis pas certaine que d’avoir des représailles fortes est la tactique qui va nous permettre d’avancer dans les discussions avec les Américains, ils ne sont pas les plus friands de ce type de stratégie», a-t-elle fait valoir.
«Moi, je veux qu’on s’assure de bien protéger les secteurs économiques québécois, et la gestion de l’offre, et on aura des stratégies différentes de l’Ontario», a-t-elle plaidé en conférence de presse.
Pas question donc d’imposer une surtaxe sur l’électricité québécoise exportée aux États-Unis.
«Je n’en suis pas là», a-t-elle affirmé.
Elle dit même être «confiante» de la possibilité d’en arriver à une entente avec les États-Unis étant donné que les négociations vont s’intensifier.
«Il ne faut pas plier», a lancé Doug Ford en début d’après-midi en demandant aux autres provinces d’être plus solidaires avec l’Ontario et de lever le ton avec lui contre les États-Unis.
«Tout est sur la table, et on ne peut plus être seuls (à riposter), il faut frapper avec tout ce qu’on a», a-t-il réclamé, en évoquant notamment l’approvisionnement énergétique fourni aux États-Unis par les provinces canadiennes.
L’énergie pourrait donc servir de monnaie d’échange pour donner un rapport de forces avantageux au Canada dans les négociations?
«On en discute, absolument», a confirmé la première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, en conférence de presse à la fin de la journée, en rappelant que sa province fournit des produits pétroliers aux États voisins.
«Il n’est pas question de fermer les vannes», a pour sa part précisé le premier ministre terre-neuvien, Tony Wakeham, qui s’est adressé aux médias peu après.
Le Québec a signé lui-même de juteux contrats pour fournir de l’électricité aux États de la Nouvelle-Angleterre, mais l’ancien premier ministre François Legault avait déjà écarté ce type de représailles en 2025.
De son côté, le premier ministre Carney a affirmé dans une mêlée de presse à Ottawa que l’objectif était toujours d’en arriver à une entente avec les États-Unis, pour renouveler l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).
Il s’est entretenu avec ses homologues des provinces dans l’après-midi par téléconférence, avant de les rencontrer en personne jeudi.
M. Ford a estimé que le coût économique des sanctions imposées par les États-Unis était de 28 milliards $ – reprenant ainsi un chiffre qui circule depuis lundi – et il a affirmé que sa province allait être la plus touchée.
«C’est la nouvelle réalité et on ne peut plus se fier aux États-Unis comme partenaire commercial fiable», a déploré le vice-président du Conseil de la fédération, le premier ministre des Territoires-du-Nord-Ouest, R.J. Simpson.
«C’est difficile d’élaborer une stratégie quand on a un acteur un peu moins rationnel devant nous», a-t-il ajouté, en faisant référence au président américain.
Alcool
Par ailleurs, Mme Fréchette a écarté tout retour des produits alcoolisés américains sur les tablettes de la SAQ – une des mesures de représailles adoptées par les provinces qui a mis en colère M. Trump, à tel point qu’il en a fait un des arguments pour justifier ses nouvelles barrières commerciales.
Son homologue britanno-colombien, David Eby, a été aussi catégorique: il n’est «absolument pas question» qu’il autorise le retour des produits américains dans les magasins d’alcool de sa province.
À l’origine, le retrait par les provinces de l’alcool américain des tablettes des sociétés des alcools constituait une mesure de rétorsion face aux droits de douane américains existants, et la Maison-Blanche l’a qualifié de source de friction commerciale.
D’ailleurs, les provinces ont adopté elles-mêmes des mesures mardi pour abattre des barrières commerciales entre elles et libéraliser la vente d’alcool… mais le Québec traîne de la patte.
Tous les consommateurs au pays pourront en effet commander directement leur bière ou vin favori à leur brasserie ou vignoble dans une autre province… sauf les Québécois et les Yukonnais.
Les premiers ministres des autres provinces et territoires ont signé un accord mardi en ce sens.
C’est le Nouveau-Brunswick qui avait lancé le projet en juin 2025 et toutes les provinces ont finalement adhéré.
Mais le Québec et le Yukon ne sont pas prêts à signer.
Mme Fréchette a précisé que des modifications législatives seront nécessaires et donc ce sera au prochain gouvernement de les faire adopter.
Droits de douane
De hauts responsables de la Maison-Blanche ont indiqué que les droits de douane, qui entreront en vigueur dans un délai de 30 jours, constituent une réponse aux interdictions provinciales visant les alcools américains, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.
Les nouveaux droits de douane ne s’appliqueront pas à l’énergie, à la potasse, au poisson, ni aux autres produits déjà soumis à des droits de douane spécifiques à leur secteur.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a exhorté le ministre responsable du commerce entre les États-Unis et le Canada, Dominic LeBlanc, ainsi que son équipe à «camper» à Washington, jusqu’à ce que l’ACEUM soit renouvelé. Il a ajouté que les États-Unis et le Canada devaient mettre fin à la rhétorique et s’asseoir à la table des négociations.