Trump menace d’augmenter les droits de douane à cause de la fumée
Le président Donald Trump monte à bord d’Air Force One, le vendredi 17 juillet 2026, à la base militaire d’Andrews, dans le Maryland, avant de s’envoler pour New York. (Photo AP/Jacquelyn Martin) Le président Donald Trump a menacé vendredi d’augmenter les droits de douane contre le Canada en raison de la fumée provenant des incendies de forêt en Ontario qui recouvre certaines régions des États-Unis, tandis que les législateurs républicains intensifiaient leurs critiques concernant la qualité de l’air.
«Nous tenons le Canada pour responsable du fait qu’il n’entretient pas correctement ses forêts et la végétation qui s’y trouve, et que les États-Unis sont inutilement envahis par un air sale, pollué et malsain, dont la qualité est dangereuse et totalement inacceptable!», a déclaré le président vendredi sur les réseaux sociaux.
Des feux de forêt ravagent le nord-ouest de l’Ontario, forçant les résidents de plusieurs communautés des Premières Nations à évacuer. Une communauté isolée a été entièrement détruite, et ses habitants ont dû fuir à bord de petites embarcations.
La fumée de ces incendies provoque des alertes à la qualité de l’air dans tout l’Ontario et dans plusieurs États américains, dont le Michigan, l’Ohio, l’Illinois, l’État de New York et l’Indiana.
Donald Trump a mentionné qu’il appellerait le premier ministre Mark Carney pour discuter de cette question.
Vendredi, Donald Trump a accusé le Canada de «négligence délibérée» et a affirmé que les lacunes dans la gestion forestière et l’enlèvement des débris coûtaient des milliards de dollars aux États-Unis.
On ignore sur quel fondement juridique Donald Trump s’appuierait pour imposer de nouveaux droits de douane au Canada.
Plus tôt cette année, la Cour suprême des États-Unis a invalidé la capacité de M. Trump à utiliser la Loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux pour ses droits de douane massifs et incohérents imposés à l’occasion du «Jour de la Libération» et ses droits de douane sur le fentanyl à destination du Canada, du Mexique et de la Chine.
Les droits de douane actuels de 10 % sur les produits canadiens ont été mis en œuvre en vertu de l’article 122 de la Loi de 1974 sur le commerce. Ces droits ont toujours été considérés comme temporaires, car ils expirent après 150 jours — fin juillet — à moins que le Congrès ne vote leur prolongation. Ils ne s’appliquent pas aux marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
L’administration Trump cherche à utiliser l’article 301 de la Loi de 1974 sur le commerce pour rétablir ses barrières douanières en enquêtant sur le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement.
Des feux à tournure politique
Cette publication de vendredi est intervenue alors que Donald Trump se rendait à New York pour la réception de la Coupe du monde de la FIFA.
Les responsables du soccer suivent avec anxiété l’impact de la fumée sur la finale de dimanche au New Jersey.
Les feux de forêt ont pris une tournure politique aux États-Unis cette semaine, plusieurs élus républicains ayant vivement critiqué le Canada et même menacé d’annexion en raison de la fumée.
Le sénateur Bernie Moreno, républicain de l’Ohio, a annoncé qu’il présenterait la semaine prochaine un projet de loi visant à sanctionner le Canada pour la fumée.
Un texte de loi fourni à La Presse Canadienne indique qu’il obligerait le président à déterminer si les feux de forêt canadiens ont nui à la qualité de l’air aux États-Unis, à sanctionner les responsables canadiens que les États-Unis tiennent pour responsables de la fumée — notamment en révoquant leurs visas et en bloquant leurs avoirs — et à faire savoir au Congrès que l’ambassadeur du Canada est persona non grata jusqu’à ce que la situation se soit améliorée.
«Mon projet de loi déclarera l’état d’urgence, sanctionnera tous les responsables canadiens et étudiera la possibilité de créer un fonds d’indemnisation des victimes grâce à l’imposition de droits de douane supplémentaires», a indiqué M. Moreno dans un communiqué transmis par courriel.
Interrogé sur les critiques américaines concernant la gestion des feux de forêt par le Canada lors d’une conférence de presse tenue jeudi à London, en Ontario, Mark Carney a balayé la question d’un revers de main. Il a affirmé que le Canada investit dans les énergies propres, tandis que les États-Unis s’y opposent activement.
«La lutte contre les changements climatiques est la responsabilité de tous les pays, y compris les États-Unis», a dit M. Carney en français.
Keith Stewart, stratège principal en énergie chez Greenpeace Canada, a dit que la vérité, aussi dérangeante soit-elle, est que l’inaction face à la crise climatique, qui exacerbe les feux de forêt, a des conséquences néfastes pour tous.
«Tout politicien, d’un côté comme de l’autre de la frontière, qui prend ce problème au sérieux miserait tout sur l’énergie éolienne et solaire, au lieu de subventionner de nouveaux oléoducs, des installations de GNL ou des centres de données alimentés aux énergies fossiles», a-t-il affirmé dans un communiqué transmis par courriel.
Frustrations face aux critiques
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a indiqué vendredi avoir discuté avec deux gouverneurs américains du partage des ressources pour lutter contre les incendies. Il a également exprimé une certaine frustration face aux critiques formulées par certains élus américains.
M. Ford a souligné que les avions bombardiers d’eau de l’Ontario étaient en alerte lors des incendies dévastateurs qui ont ravagé la Californie l’an dernier et que la province avait dépêché des techniciens pour rétablir le courant après le passage dévastateur d’ouragans dans plusieurs États américains.
«Un bon voisin, et je crois sincèrement que les Américains sont de bons voisins, si certains politiciens s’en donnent à cœur joie, eh bien, au lieu de se plaindre, ils feraient mieux d’apporter leur soutien, leur aide, car nous avons fait exactement la même chose pour nos amis américains, a-t-il commenté. « Et c’est ce qu’il faut faire.»
Canadiens et Américains luttent depuis longtemps côte à côte contre les incendies dans leurs pays respectifs. Un pilote d’hélicoptère de Colombie-Britannique est décédé dimanche en combattant un incendie hors de contrôle au Colorado.
Trois autres pompiers ont péri le mois dernier à la frontière entre le Colorado et l’Utah, mettant en lumière l’adoption par l’administration Trump d’une politique, jusque-là discréditée, consistant à éteindre rapidement tous les feux de forêt.
L’administration Trump privilégie la «suppression totale» des nouveaux incendies plutôt que d’utiliser le feu comme outil pour brûler les vieux arbres qui alimentent les feux catastrophiques – une approche plus conforme à celle du Canada.