Projets informatiques en santé: Sonia Bélanger justifie les dépassements de coûts

La Presse Canadienne | 27 mai 2026 | 05:00
La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, à la période des questions du 6 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Québec doit respecter les recommandations de la commission Gallant et développer ses propres solutions informatiques, même si cela entraîne une augmentation des coûts, estime la ministre de la Santé, Sonia Bélanger.

«C’est dérangeant, mais c’est la bonne pratique», a-t-elle répondu au député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, qui l’interrogeait mardi matin sur les coûts des grands projets informatiques à l’occasion de l’étude des crédits du ministère de la Santé.

M. Arseneau a notamment abordé le dossier du projet informatique d’orchestrateur de rendez-vous, dont les coûts ont explosé, passant de 18 millions $ à 126 millions $, a révélé une enquête de Radio-Canada. 

La ministre n’a pas voulu confirmer un montant total exact, sinon de dire que le coût du projet s’élève «au-delà de 100 millions $».

Selon Radio-Canada, après avoir demandé à la firme Petal de développer un orchestrateur, le gouvernement aurait décidé de tout recommencer le travail pour développer une solution qui lui appartiendrait.

Mardi, Mme Bélanger a défendu cette décision, disant vouloir respecter les recommandations de la commission Gallant. 

«Il y a une recommandation qui est très, très claire dans le rapport Gallant: c’est de s’assurer que le gouvernement puisse développer son autonomie, et ça, c’est extrêmement important.

«Donc, c’est dans ce contexte-là qu’il a été décidé, du côté de Santé Québec, d’octroyer un dossier du côté de CGI pour que le gouvernement puisse avoir son propre système. 

«Ils développent, puis après ça, c’est à nous, au lieu d’être à la merci constante d’une firme qui développe un produit avec nous, mais qui va aller le vendre après sur le reste de la planète. C’est ça, l’orientation.

«Là, je comprends que ça, c’est dérangeant, mais c’est la bonne pratique qu’on est en train de faire», a soutenu Mme Bélanger. 

Le projet d’orchestrateur «dérape complètement», a lancé le député libéral Monsef Derraji à la période des questions, mardi après-midi. Il a souligné que le coût du projet avait augmenté de 600 %.

«Projet après projet, c’est le même scénario qui se répète: dépassements de coûts, retards, opacité et improvisation», a déclaré M. Derraji.

«Le dernier fiasco: l’orchestrateur de rendez-vous. Ça a été évalué à 18 millions $. Aujourd’hui, on parle de 126 millions $. Est-ce que la ministre est fière?», a-t-il demandé.

«Ce n’est pas évident d’implanter des systèmes d’information», a répondu Mme Bélanger, qui s’est toutefois dite fière du récent déploiement du Dossier santé numérique (DSN) dans deux régions du Québec.

Elle a profité de l’étude des crédits pour préciser que le DSN ne sera pas nécessairement déployé partout ailleurs au Québec. 

Les établissements qui ont déjà un «système d’information qui fonctionne bien», par exemple l’Hôpital général juif, à Montréal, pourraient ne pas avoir à implanter le DSN, a-t-elle dit.

Le déploiement des deux projets pilotes du DSN, développés avec la firme américaine Epic Systems, a coûté aux contribuables environ 400 millions $, soit une centaine de millions de dollars de plus que prévu. 

Il faut aussi comptabiliser 100 millions $ par année pour faire fonctionner l’outil.

Rappelons que la ministre Bélanger doit aussi superviser le projet de Système d’information en finances et en approvisionnement (SIFA), dont la facture a explosé, passant de près de 100 millions $ à plus de 330 millions $.

Et même si le contrat avec la firme responsable, LGS, est suspendu depuis octobre, des redevances sont toujours versées: 723 000 $ par mois depuis mars.