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L’inflation s’est accélérée à 2,4 % en mars au pays, notamment en raison de l’essence
Une personne fait le plein dans une station-service à Mississauga, en Ontario, le mardi 13 février 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov Statistique Canada fait état d’une forte hausse de l’inflation globale en mars, mais les économistes estiment qu’il y a pour l’instant peu d’indices laissant penser que le choc des prix lié à la guerre en Iran se propage au-delà du secteur pétrolier.
L’agence indique lundi que l’inflation annuelle s’est accélérée pour atteindre 2,4 % le mois dernier, soit une hausse de 0,6 point de pourcentage par rapport à février.
Elle ajoute que la hausse des prix de l’essence liée à la guerre au Moyen-Orient est la principale raison de cette hausse. Mais les économistes s’attendaient à une augmentation légèrement plus importante de l’inflation globale et soulignent des signes d’apaisement dans d’autres composantes du panier de consommation.
«Je dirais que, mis à part ces pics d’inflation liés au carburant, le rapport était plutôt rassurant», commente Leslie Preston, économiste à la Banque TD.
La décision de l’Iran de fermer le détroit d’Ormuz en réponse aux attaques américaines et israéliennes ainsi que l’incertitude persistante entourant les négociations de cessez-le-feu ont fait monter en flèche les prix mondiaux du pétrole ces dernières semaines.
Statistique Canada indique que la hausse mensuelle de 21,2 % du prix de l’essence en mars était la plus forte jamais enregistrée. L’agence précise que l’inflation aurait été de 2,2 % en mars si l’on excluait l’essence de l’équation — ce qui aurait représenté une deuxième baisse mensuelle consécutive.
Ce lundi marque également le début de la suspension d’environ quatre mois par Ottawa de la taxe d’accise sur les carburants, une mesure qui devrait faire baisser le prix de l’essence de 10 cents le litre et celui du diesel de 4 cents le litre. Les économistes s’attendent à ce que cette mesure fasse baisser l’inflation globale de 0,1 à 0,2 point de pourcentage à partir de mai.
Vers une inflation de 3 % en avril?
Doug Porter, économiste en chef chez BMO, précise lundi dans une note adressée à ses clients qu’il s’attend à ce que l’inflation globale dépasse les 3 % en avril, car les prix de l’essence ont continué à augmenter à l’approche du mois et que la suppression de la taxe sur le carbone ne sera plus prise en compte dans la comparaison annuelle.
«Toutefois, selon l’évolution des prix du pétrole et la durée de la fermeture du détroit, il est possible que le mois d’avril marque le pic de l’inflation pour cette année», indique M. Porter, tout en insistant sur le mot «possible».
Mme Preston souligne que les indicateurs d’inflation sous-jacente de la Banque du Canada, qui font l’objet d’une attention particulière et qui ont tendance à exclure les fluctuations volatiles de catégories telles que l’essence, ont montré de nouveaux signes d’apaisement en mars.
Cela suggère que les répercussions de la guerre en Iran ne se sont pas encore propagées.
«Nous ne constatons pas encore ces pressions sur les prix dans d’autres catégories. C’est un élément que nous surveillerons dans quelques mois», explique-t-elle.
L’inflation alimentaire, quant à elle, a ralenti à 4,0 % contre 5,4 % en février, les distorsions persistantes liées au «congé fiscal» de deux mois accordé par le gouvernement fédéral un an plus tôt ayant disparu des comparaisons annuelles. Cela a fait baisser l’inflation dans les restaurants et sur certains produits d’épicerie le mois dernier.
Les prix des légumes frais ont bondi de 7,8 % d’une année à l’autre en mars, ce que Statistique Canada a attribué aux conditions de culture difficiles dans les pays producteurs pour les concombres, les poivrons et le céleri récemment.
Mme Preston avertit que l’inflation alimentaire est un domaine particulièrement vulnérable à la hausse des prix du carburant, car les marges bénéficiaires dans le secteur de l’alimentation sont faibles et les coûts de transport représentent une part importante des dépenses.
«Au Canada, une grande partie de notre alimentation provient de très loin, les coûts de transport sont donc un facteur clé. C’est un élément que nous surveillerons de près dans les mois à venir, car il pourrait faire grimper les prix des denrées alimentaires», dit-elle.
Conséquences sur le taux directeur
La Banque du Canada suivra de près les chiffres de l’inflation de mars alors qu’elle se prépare à prendre sa prochaine décision sur les taux d’intérêt le 29 avril.
La banque centrale a indiqué qu’elle ne tiendrait pas compte de la hausse initiale de l’inflation liée au conflit au Moyen-Orient, mais qu’elle agirait pour s’assurer que la hausse des prix de l’essence ne se transforme pas en inflation à long terme.
La Banque du Canada a maintenu son taux d’intérêt de référence à 2,25 % depuis sa dernière baisse en octobre. Selon LSEG Data & Analytics, les marchés financiers tablent à plus de 90 % sur un nouveau statu quo la semaine prochaine.
M. Porter note que les facteurs pesant sur l’inflation en mars sont variés, les services téléphoniques, l’assurance automobile, l’ameublement, les confiseries et les frais d’intérêt hypothécaires ayant tous enregistré des baisses de prix par rapport au mois précédent, ce qui suggère une faiblesse sous-jacente de l’économie.
«Nous estimons que, sans le conflit avec l’Iran, le débat porterait actuellement sur la forte probabilité d’une baisse des taux de la Banque du Canada, et non d’une hausse. Ce rapport renforce cette opinion», indique-t-il.
Mme Preston se rallie à la majorité appelant à un statu quo de la part de la banque centrale la semaine prochaine, mais elle convient comme M. Porter que les rumeurs de baisse des taux seraient plus fortes sans ce conflit.
Par ailleurs, lundi, la Banque du Canada a publié ses enquêtes trimestrielles sur les perspectives des entreprises et des consommateurs. Alors que la banque centrale avait mené ses enquêtes à la mi-février — avant que la guerre en Iran n’éclate —, les enquêtes de suivi ont suggéré que les entreprises étaient déjà confrontées à une hausse des coûts due au conflit.
Les indicateurs de la Banque du Canada montraient que le moral s’améliorait quelque peu à l’approche de la guerre, mais des enquêtes ultérieures ont suggéré que les anticipations d’inflation des entreprises étaient plus élevées pour l’année à venir et légèrement plus hautes à moyen terme. Les consommateurs s’attendent également à une hausse des prix de l’essence et des denrées alimentaires au cours de l’année à venir, en particulier si la guerre dure longtemps.
Mme Preston souligne que la Banque du Canada serait particulièrement soucieuse de contenir les anticipations d’inflation.
«Si les entreprises, qui sont en mesure de fixer les prix, s’attendent à une inflation plus élevée, cela devient une prophétie autoréalisatrice. Les entreprises augmenteront leurs prix pour couvrir les hausses de coûts qu’elles anticipent», explique-t-elle.
Certaines des entreprises interrogées dans les enquêtes de suivi ont mentionné que leur capacité à répercuter les prix était limitée par la faiblesse de la demande et la structure des coûts de leurs contrats.
À un peu plus d’une semaine de la prochaine décision de la banque centrale sur les taux, Mme Preston dit que le ton des responsables de la politique monétaire dépendra fortement de la poursuite ou non de la tendance récente à la baisse des prix de l’essence.
De nouvelles baisses des prix à la pompe pourraient donner à la Banque du Canada l’assurance que le choc d’approvisionnement énergétique est temporaire, tandis qu’une nouvelle flambée des prix mondiaux orienterait le débat vers la question de savoir quand les coûts pourraient être répercutés sur les consommateurs.
«La banque est probablement encore en train de réfléchir à ce qu’elle va dire, car une semaine, c’est long dans le contexte actuel», conclut Mme Preston.