Au tour de la MRC de Bellechasse de demander une exemption territoriale en immigration

La Presse Canadienne | 17 mars 2026 | 09:52
Image tirée du site web de la MRC de Bellechasse

Par Benoit Valois-Nadeau, Initiative de journalisme local, Le Devoir

C’est au tour de la MRC de Bellechasse, dans la région administrative de Chaudière-Appalaches, de demander une exception territoriale aux gouvernements afin de conserver ses travailleurs étrangers temporaires et de faciliter l’embauche de main-d’œuvre à l’international.

Malgré les assouplissements annoncés par Ottawa vendredi, Alain Vallières n’en démord pas.

« On veut être traité de façon à maintenir la vitalité de notre économie et simplifier l’embauche temporaire », explique le directeur de Développement économique Bellechasse (DEB).

L’organisme, dont le conseil d’administration regroupe élus et dirigeants d’entreprises, plaide ces jours-ci pour obtenir une exception territoriale qui lui permettrait notamment d’adapter les seuils d’immigration à sa réalité régionale et de maintenir en emploi les travailleurs temporaires déjà présents.

« On est une MRC périurbaine avec un nombre assez incroyable d’entreprises manufacturières ayant besoin de travailleurs étrangers temporaires », soutient M. Vallières en énumérant certains des gros employeurs de la région : Exceldor dans l’agroalimentaire, IPL dans la production de plastique ou encore Teknion Roy&Breton dans la fabrication de meubles.

Située entre Lévis et Montmagny, la MRC de Bellechasse doit compétitionner avec les entreprises de la grande région de Québec pour attirer des travailleurs, d’autant plus que sa région, Chaudière-Appalaches, présente le plus faible taux de chômage au Québec (2,6 %), loin derrière la moyenne provinciale (5,4 %) et canadienne (6,7 %).

Depuis les premiers resserrements aux politiques d’immigration en 2024, Développement économique Bellechasse dit percevoir plusieurs « signaux d’alarme » de la part d’entreprises de la région.

« On a un danger de délocalisation d’entreprises qui voudraient se rapprocher des bassins de main-d’œuvre », évoque Alain Vallières.

« Certaines lignes de production sont aussi en péril, ajoute-t-il, ce qui signifierait des pertes d’emploi pour des Québécois, parce que certaines lignes de production sont opérables grâce à l’apport de la main-d’œuvre immigrante. »

Alain Vallières, directeur de Développement économique Bellechasse | Photo: Benjamin Aubert – MaBeauce.com

Solution temporaire ?

Le directeur de DEB voit comme « un pas dans la bonne direction » les annonces du gouvernement fédéral, qui offrent un délai de grâce d’un an à tous les travailleurs étrangers au Québec dont le permis fermé arrive à échéance d’ici le 31 décembre 2026 et qui ont fait un pas vers la résidence permanente.

La proportion permise de travailleurs temporaires à bas salaire dans les entreprises en région passera également de 10 à 15 %.

« C’est une solution à court terme, précise M. Vallières. Les problèmes de main-d’œuvre vont subsister en 2027. C’est là où il n’y a pas de réflexion à moyen et long terme. Pour la prévisibilité de la main-d’œuvre, ça ne donne rien de plus à nos entreprises. On ne peut pas prévoir le développement d’une organisation en y allant au compte-goutte année par année. »

La MRC de Vaudreuil-Soulanges, à l’ouest de Montréal, a récemment présenté une demande d’exception territoriale semblable, invoquant de son côté la compétition de l’Ontario et l’inauguration prochaine d’un hôpital devant créer 3500 emplois.

« Si chaque territoire le demande, c’est peut-être qu’il y a un problème au niveau provincial. Mais pour régler un problème, il faut d’abord le reconnaître », a fait valoir M. Vallières.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.