Troisième lien: des fissures apparaissent au sein du caucus caquiste

La Presse Canadienne | 5 février 2026 | 11:16
Le premier ministre du Québec, François Legault, répond à l'opposition pendant la période de questions à l'Assemblée nationale du Québec, le mardi 3 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Même si le premier ministre, François Legault, a tranché que tous les députés caquistes étaient pour le troisième lien – y compris les deux candidats à sa succession –, des lignes de fractures continuent d’apparaître dans les rangs du parti alors que la course à la chefferie bat son plein.  

«Il y en a peut-être qui sont plus mitigés, mais je vous dirais que dans l’ensemble, tout le monde est prêt à faire un esprit de corps», a affirmé le député de Beauce-Nord, Luc Provençal. 

Il a fait l’hypothèse que certains de ses collègues qui résident «plus loin» ne comprenaient pas «tout l’impact économique» que le projet de lien entre Québec et Lévis pouvait avoir pour la région de Chaudière-Appalaches. «Quand tu restes à une extrémité de la 20, t’as pas la vision de ce qui se passe», a-t-il ajouté. 

Questionné à savoir si tous les députés caquistes appuyaient le troisième lien, le ministre des Transports, Jonatan Julien, n’a pas été en mesure de répondre. «Posez la question à tout le monde! a-t-il lancé au journaliste. Je ne suis pas capable de parler à tous les députés sur leur état d’âme.»

Plusieurs élus caquistes n’ont pas voulu se prononcer sur le controversé projet de lien entre Québec et Lévis. 

L’ex-ministre caquiste Maïté Blanchette Vézina – désormais indépendante – a dit qu’à l’époque où elle était au parti, certains députés se questionnaient. 

«Il peut y avoir des gens qui sont plus pour, plus contre. Mais on l’a vu, la Coalition avenir Québec a perdu toute crédibilité dans ce dossier-là, en revenant sur ses positions à plus d’une reprise», a-t-elle affirmé. 

«Débat d’idées»

Plus tôt cette semaine, le ministre des Transports a mis le feu aux poudres en laissant entendre que la course à la chefferie caquiste pourrait retarder l’avancement du projet de troisième lien. Plusieurs de ses collègues au caucus lui ont mis la pression pour que le projet continue d’avancer. 

Mercredi, le candidat à la chefferie Bernard Drainville a accusé sa rivale, Christine Fréchette, de nuire à la crédibilité du gouvernement en maintenant le flou sur le projet de lien interrives. Mme Fréchette a dit qu’elle voulait consulter et que sa position sur le troisième lien serait connue dans les prochains jours.

La sortie de M. Drainville a été qualifiée de «non élégante» par le ministre Gilles Bélanger, qui appuie Christine Fréchette. 

Bernard Drainville s’est défendu jeudi: «On est dans le débat d’idées et ça se fait très respectueusement.»

«Je suis pour la position que Christine Fréchette prend actuellement, c’est-à-dire prenons le temps d’analyser la situation», a dit le député de Portneuf, Vincent Caron, qui l’appuie dans la course. 

«Triste spectacle»

La pagaille provoquée par le troisième lien au sein des rangs caquistes est un «triste spectacle» et démontre que le premier ministre François Legault «n’a plus aucune autorité sur son équipe», selon le chef libéral Marc Tanguay. 

«C’était pas chic, hier! Moi, depuis que je suis à l’Assemblée nationale, je n’ai jamais vu un tel désordre dans une équipe gouvernementale. Jamais!» a-t-il lancé en point de presse jeudi. 

«Je trouve qu’ils sont en train de s’entredéchirer sur la place publique et j’ai trouvé qu’au-delà de la compétition démocratique à la CAQ, je me demande qui a le gouvernail entre les mains», a ajouté le chef libéral. 

Marc Tanguay exhorte le gouvernement à prendre ses responsabilités, à laver son «linge sale en famille» et à «gérer le Québec». 

Le Parti québécois a aussi mis son grain de sel dans la course à la chefferie caquiste. Le péquiste Pascal Bérubé se questionne sur le fait que des «ministres ont pris position pour des candidats». 

«Je me demande si, dans l’administration même de leur ministère ou dans les réponses qu’ils apportent en Chambre ou dans d’autres lieux, ça n’a pas une incidence sur la course. Pis en plus, on a un premier ministre qui ne devait pas s’ingérer dans la course et qui l’a fait hier», a-t-il dit. 

«Est-ce que c’était si essentiel pour des ministres de prendre position? (…) Est-ce que c’était si important que ça? Ce sont les membres qui décident», a ajouté le député péquiste. 

Pour sa part, Québec solidaire encourage Christine Fréchette à abandonner le projet de troisième lien.

«On la présente souvent comme quelqu’un de rigoureux, pragmatique et cartésien. Moi, je l’invite vraiment à regarder les options qui donnent des résultats rapidement et non pas seulement des solutions qui sont vouées à des considérations électoralistes dans la grande région de Québec», a affirmé le député Etienne Grandmont. 

Tergiversations

Rappelons que le gouvernement caquiste a grandement tergiversé sur le projet de troisième lien entre Québec et Lévis.

En 2019, il propose un tunnel à l’est qui passerait sous l’île d’Orléans.

Puis, le gouvernement change d’idée, et évoque un tracé un peu plus à l’ouest qui relierait les deux centres-villes.

En avril 2023, la ministre des Transports d’alors, Geneviève Guilbault, annonce que son gouvernement abandonne le projet d’un lien autoroutier entre Québec et Lévis. Elle proposera plutôt un tunnel dédié au transport en commun.

Puis, en octobre 2023, moins de 24 heures après sa cuisante défaite dans Jean-Talon face au Parti québécois, le premier ministre François Legault prend tout le monde par surprise en annonçant qu’il veut consulter la population de Québec au sujet du troisième lien et que toutes les options sont sur la table.

Le projet est finalement ressuscité en juin 2024. Un an plus tard, Geneviève Guilbault annonce un nouveau corridor plus à l’ouest, donc plus près des deux ponts actuels.