Rentrée parlementaire à Québec: des syndicats réclament la suspension des travaux

La Presse Canadienne | 4 février 2026 | 05:00
Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l'enseignement, prend la parole lors d'une conférence de presse à Québec, le 29 novembre 2023. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

À quelques mois des élections, le gouvernement Legault n’a plus la «légitimité» d’imposer des projets de loi qui «divisent la société québécoise», estime la présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Mélanie Hubert.

Alors que les travaux ont repris à l’Assemblée nationale après une pause mouvementée, marquée par l’annonce de la démission du premier ministre François Legault, la FAE et d’autres syndicats réclament un temps d’arrêt.

À défaut de proroger la session parlementaire, le gouvernement doit mettre sur pause l’étude d’au moins trois projets de loi, soit ceux concernant la constitution du Québec, la gouvernance syndicale et le renforcement de la laïcité, ont-ils plaidé.

«Qu’on proroge, qu’on annule, qu’on retarde, tout ça pour nous est souhaitable, (…) alors que le gouvernement lui-même reconnaît qu’il n’a plus l’écoute de la population», a déclaré Mme Hubert en point de presse à Québec, mardi matin. 

«La stratégie de la bataille de Rocky de l’automne, qui allait en découdre, puis que les gens allaient voir… les gens ont été clairs et ont parlé, ils ne suivent pas», a-t-elle ajouté.

Mme Hubert était accompagnée de François Enault, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Christian Daigle, du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), et Luc Vachon, de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Leur alliance syndicale dénonce des projets de loi «autoritaires». «Qu’ils mettent ça sur le neutre et qu’ils fassent l’élection là-dessus s’ils le souhaitent», a affirmé M. Enault.

«Le gouvernement doit prendre du recul sur les projets qui (…) soulèvent des levées de boucliers très généralisées dans la société. (…) Celui qui les avait ordonnés, il part», a plus tard acquiescé le co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Sol Zanetti.

La cheffe parlementaire de QS, Ruba Ghazal, a aussi interpellé le gouvernement: «Arrêtez de nuire, a-t-elle lancé. Soyez à l’écoute et réglez les vrais problèmes!»

«Circonstances anormales»

La session qui s’est ouverte à Québec mardi est la dernière avant les élections générales. Elle risque d’être désordonnée, puisque des courses à la direction ont lieu au sein de deux partis, la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral.

Le premier ministre Legault doit quitter le 12 avril, au terme d’un congrès qui élira le nouveau chef de la CAQ.

Interrogé à savoir qui, de Christine Fréchette ou Bernard Drainville, il préférerait voir prendre les commandes de l’État pendant quelques mois avant les élections, M. Enault a dit qu’il s’agissait du pareil au même.

«Une maison qui a de l’amiante, que la peinture soit beige ou blanche, ça reste une maison avec de l’amiante», a-t-il fustigé. 

Dans les derniers jours, Mme Fréchette et M. Drainville ont tous deux entrepris de se distancier de l’héritage de M. Legault, alors que ce dernier continuera vraisemblablement de défendre son bilan jusqu’à son départ.

«Imaginez, on n’avait pas de gouvernail puis de capitaine dans le navire avec François Legault. Là, il y a trois moussaillons qui vont tirer la couverture de leur bord», s’est moqué en point de presse mardi le chef de l’opposition officielle, Marc Tanguay. 

Alors qu’il se rendait à la période des questions, M. Legault a plutôt assuré qu’«il y a beaucoup de dossiers sur lesquels on est tous d’accord, incluant Christine, Bernard et moi».

M. Tanguay a utilisé sa première question en Chambre pour mettre François Legault dans l’embarras: il a cité Bernard Drainville, qui déclarait dimanche dernier regretter notamment que l’État ait grossi sous la CAQ.

M. Legault a répondu qu’il se réjouissait des «débats» qui avaient présentement lieu au sein de son parti.

«Notre rôle, c’est de veiller au grain et s’assurer qu’on n’ait pas devant nous un gouvernement dissipé et désengagé, au point que des erreurs coûteuses soient faites», a commenté pour sa part le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. 

«On a un rôle utile, je pense, dans les prochains mois, dans des circonstances anormales, convenons-en, et on va prendre toutes nos responsabilités dans l’intérêt commun», a-t-il ajouté.