Énergie solaire: l’industrie convoite les terres agricoles de moindre qualité

La Presse Canadienne | 4 février 2026 | 05:00
Des panneaux solaires à Varennes le lundi 21 juillet 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Hydro-Québec devrait ouvrir la porte à la construction de parcs solaires sur les terres agricoles de plus faible qualité, plaide l’industrie, qui touche une corde sensible chez les défenseurs d’une plus grande protection des terres cultivables.

«Le but, ce n’est absolument pas de détruire les biens agricoles ou les terres arables», insiste le responsable du dossier de l’énergie solaire à l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER), Jean-Hughes Lapointe, en entrevue, en marge de la publication d’une étude sur le potentiel de l’énergie solaire au Québec.

Il croit toutefois qu’on devrait faciliter l’installation de parcs solaires sur les terres agricoles ayant les moins bons potentiels. Plus concrètement, il vise les terres de classes 4 à 7, soit celles ayant des limitations «très graves» jusqu’à celles qui n’offrent aucune possibilité pour l’agriculture.

«Grosso modo, tout ce qui y pousse, c’est du trèfle ou des pissenlits», lance l’ingénieur, qui est également associé chez CIMA+.

«Ce qu’on aimerait pour nos membres, c’est de pouvoir exploiter ces terres-là, qui, de toute façon, ne sont pas rentables», enchaîne-t-il.

Pour le moment, les terres agricoles sont exclues du premier appel d’offres de 300 mégawatts (MW) d’Hydro-Québec.

Il y aurait toutefois un intérêt de la part des propriétaires de terres de moindre qualité, selon M. Lapointe, qui a reçu des appels de personnes «qui ne savaient pas quoi faire» avec leur terre.

«Ça leur tente d’embarquer là-dedans parce que leur terre, elle ne sert à rien», résume-t-il.

La production d’énergie solaire et l’agriculture peuvent faire bon ménage, défend M. Lapointe. En France, des agriculteurs utilisent les panneaux solaires dans le cadre de leur travail.

«On installe des panneaux solaires pour protéger la production de la grêle, donne-t-il en exemple. On peut installer aussi des panneaux solaires sur certains terrains pour faire un drainage qui assure une certaine accumulation d’eau.»

Plus gros, moins cher

La rentabilité d’un éventuel projet de parc de panneaux solaires pose toutefois un défi pour les producteurs indépendants au Québec, selon l’étude de l’AQPER.

Il faudrait environ 17 ans pour rembourser l’investissement initial dans un projet au Québec, selon les estimations de l’association.

Hydro-Québec pourrait diminuer ses coûts d’approvisionnement en énergie solaire, en permettant la construction de plus grands parcs, affirme le président-directeur général de l’AQPER, Luis Calzado, au cours de la même entrevue.

La taille des projets considérés par la société d’État se limite à 25 MW. «Ce qui veut dire qu’on ne pourra pas faire appel aux économies d’échelle», avance M. Calzado.

En 2023, le coût par watt produit des projets solaires de plus de 100 MW aux États-Unis était 42 % plus abordable que pour les projets de moins de 20 MW, selon l’étude.

L’association propose une série d’autres mesures pour accroître la rentabilité des projets, notamment l’adoption d’un crédit d’impôt supplémentaire et une diminution des démarches administratives demandées par le gouvernement.

Un territoire ensoleillé

Avec seulement 10 MW de puissance installée, l’énergie solaire est un poids plume au Québec. Elle représente seulement 0,01 % de l’approvisionnement en électricité.

L’énergie solaire avait peu d’avantages comparatifs lorsqu’elle se mesurait à l’hydroélectricité québécoise déjà abondante et abordable. De plus, l’énergie solaire produit davantage l’été, période où la consommation énergétique des Québécois est moins élevée.

Avec la fin des surplus et la hausse de la demande anticipée, Hydro-Québec voit la chose d’un autre œil. Elle veut développer 3000 MW d’ici 2035.

Maintenant que la demande est au rendez-vous, les conditions climatiques sont favorables au déploiement de panneaux solaires sur le territoire québécois, assure l’AQPER.

«Le Québec bénéficie d’un ensoleillement supérieur à celui de l’Allemagne, où l’énergie solaire représente 12 % du mix énergétique», souligne son étude.

L’énergie solaire pourrait compléter le bouquet énergétique du Québec en permettant à Hydro-Québec de conserver plus d’eau dans ses réservoirs l’été afin de produire davantage l’hiver où la demande est plus élevée, juge l’association.