Résidence fermée en 48h : un rapport accablant pour le Pavillon Parent de Saint-Isidore

Le propriétaire de la ressource intermédiaire (RI) Pavillon Parent de Saint-Isidore, Marco Parent, aurait « négligé de se mobiliser et de se mettre en action » pour protéger la santé, la sécurité, l’intégrité et le bien-être des usagers qui lui avaient été confiés depuis plus de dix ans.

C’est du moins ce que démontre le rapport d’enquête administrative accablant du CISSS de Chaudière-Appalaches d’une quarantaine de pages dont Arsenal Media a obtenu une copie en vertu de la Loi d’accès à l’information.

Dans ce rapport considérablement caviardé, le CISSS fait état de la piètre qualité de vie au sein de la résidence qui a été fermée à la hâte le 28 mai dernier, ainsi que de l’état des « lieux physiques [qui] sont négligés […] si bien qu’il s’agit d’un milieu de vie peu accueillant autant à l’intérieur qu’à l’extérieur ».

Page considérablement caviardée du rapport d’enquête administrative du CISSS de Chaudière-Appalaches pour la RI Pavillon Parent

Malgré plusieurs suivis réguliers depuis 2011 et un plan d’accompagnement en 2016-2017, les changements ont été peu significatifs selon le CISSS de Chaudière-Appalaches.

Déclenchement de l’enquête

Le Pavillon Parent est un établissement en opération depuis 2010. Il comporte deux sections : une ressource intermédiaire qui compte 10 usagers via une entente avec le CISSS de Chaudière-Appalaches, ainsi qu’une partie résidence privée pour aînés (RPA) qui compte six résidents.

Une dizaine d’employés y travaille. Un roulement de personnel a eu lieu principalement dans les mois précédant la fermeture, en raison, entre autres, de la pénurie de main-d’œuvre.

En décembre 2020, un événement impliquant un employé qui devait effectuer une toilette basse auprès d’une résidente a mené le CISSS à déclencher une enquête administrative au sein de la RI.

Bien que cette situation n’ait jamais été portée devant les tribunaux, elle a fait l’objet de « plusieurs échanges » entre le propriétaire et la cheffe de services au suivi de la qualité RI-RTF de la Direction de la qualité, de l’évaluation de la performance et de l’éthique (DQEPE).

Cet évènement, combiné à des soupçons entourant le bien-être des résidents, amène le CISSS à s’interroger sérieusement sur plusieurs points dont l’assurance d’une présence de qualité sur les lieux, la protection contre les abus et la collaboration entre les différents intervenants dont le propriétaire et les intervenants accompagnateurs au sein de l’établissement.

Photo du tapis d’entrée de la RI Pavillon Parent prise dans le cadre de l’enquête administrative du CISSS de Chaudière-Appalaches

Visites répétées

Au fil des ans, le CISSS soutient faire des suivis réguliers dans l’établissement. Les personnes attitrées aux inspections constatent des lacunes sur l’état général des lieux (peinture défraîchie, manque de mobiliers, murs abîmés, etc.) mais aussi en ce qui concerne l’hygiène quotidienne adéquate des usagers et l’accès à des activités organisées par la ressource.

À la suite de la mise en place du plan d’accompagnement en 2016, une amélioration de plusieurs aspects est notée par le CISSS. Selon ce dernier, « Monsieur Parent s’est stratégiquement montré ouvert, au cours des années, aux différentes recommandations formulées par l’établissement ». Il n’est toutefois pas concrètement passé de la parole aux actes laisse-t-on sous-entendre dans le rapport.

Système de gicleurs bien visible dans la salle à manger et la cuisine de l’établissement

À la lumière des faits amassés, le CISSS de Chaudière-Appalaches a pris la décision de révoquer l’entente particulière avec la RI Parent précisant que « les faits démontrent l’incapacité ou l’absence de volonté persistante du propriétaire à offrir une prestation de services de qualité dans un environnement sécuritaire et confortable ».

Réactions du propriétaire

Joint par Arsenal Media, le propriétaire Marco Parent a tenu à rectifier certains faits avancés par le CISSS de Chaudière-Appalaches dans son rapport.

D’entrée de jeu, M. Parent a soutenu qu’il « avait probablement tourné les coins ronds » dans certaines situations, mais que cela ne justifiait pas l’absence de suivis et d’appuis du CISSS pour effectuer les correctifs au sein de la résidence.

Il déplore qu’au fil des ans, l’accompagnement du CISSS n’ait pas vraiment été effectué de manière à créer un milieu de vie sain, à quelques exceptions près. Il croit que cette situation pourrait avoir eu lieu dans d’autres résidences de la région, voire de la province.

Marco Parent est toujours propriétaire d’une autre RPA à Saint-Lambert-de-Lauzon et possède toujours le bâtiment Parent qui abrite présentement un CPE temporaire.

Il soutient qu’il est simple d’écrire un rapport, mais beaucoup moins simple de négocier avec des situations parfois complexes impliquant les usagers, et ce, au quotidien. Situations qui nécessitent bien souvent l’aide d’une instance comme le CISSS de Chaudière-Appalaches.

Marco Parent, propriétaire

Fermeture rapide

Marco Parent est conscient que la situation n’était pas idéale et que les propos du CISSS semblaient accablants.

Il se désole toutefois de voir que la décision de fermer la partie RI de l’établissement s’est prise rapidement, déstabilisant les 10 usagers dont plusieurs doivent composer avec des déficiences physiques ou intellectuelles. Sans compter les six autres personnes du volet RPA qui ont dû être relocalisés dans d’autres résidences aussi.

Il aurait aimé que le CISSS fasse preuve d’un peu plus de jugement entourant la situation.

Marco Parent, propriétaire

Rappelons qu’en février dernier, à la suite des événements au Manoir Liverpool à Lévis, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, s’était engagée à revoir l’encadrement des résidences pour personnes âgées au Québec.

L’enquête administrative du CISSS de Chaudière-Appalaches au Pavillon Parent a été initiée à peine quelques jours après la sortie du rapport entourant le Manoir Liverpool, soit le 9 février 2021.

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