Itinérance: Ottawa promet 11,2 milliards $ sur quatre ans
Le premier ministre Mark Carney félicite le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, à l'occasion du dépôt du budget à la Chambre des communes, le jeudi 5 novembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang Le gouvernement de Mark Carney se fixe la cible ambitieuse, dans son budget 2026, de «mettre fin» à l’itinérance au bout de 10 ans, proposant des investissements de 11,2 milliards $ dont Québec demandera vraisemblablement sa part du gâteau.
Cette somme réservée à la crise de l’itinérance s’échelonnerait sur quatre ans, selon ce qui est proposé dans les documents budgétaires présentés jeudi par le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne.
La lutte à l’itinérance ainsi que la crise du logement ont été identifiées par le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, comme des enjeux sur lesquels il peut collaborer avec M. Carney.
Avec le budget 2026, Ottawa lance un appel à l’action à tous les ordres de gouvernement, mais aussi aux communautés autochtones, au monde communautaire ainsi qu’au secteur privé.
«Il faut agir de façon proactive: offrir un logement stable et un éventail complet de services, notamment des soins de santé, des services de traitement en santé mentale et en toxicomanie, des services d’intervention en situation de crise et d’autres services de soutien communautaire», peut-on lire dans les documents budgétaires.
L’enveloppe de 11,2 milliards $ ne commencerait à être versée qu’en 2027-2028, selon la proposition des libéraux fédéraux. Les fonds seraient alloués en concordance, notamment, avec deux approches: celle d’investir davantage dans la construction de logements de transition et des logements dits «permanents» ainsi que celle de favoriser l’essor d’installations offrant des services de santé adaptés.
Au terme des quatre ans prévus pour l’injection des 11,2 milliards $, Ottawa entend ensuite allouer 17,8 millions $ par année. Il reste à voir qui formera le gouvernement à plus long terme et si les priorités et grandes orientations changeront
Le gouvernement de Mark Carney reconnaît, dans le budget 2026, qu’il devra consulter les provinces et territoires pour atteindre l’objectif d’endiguer l’itinérance d’ici une décennie.
«Moi, je pense que, quand la volonté est là, tout devient possible», a répondu le ministre Champagne, en point de presse, quand il a été questionné sur le risque d’empiétement dans les champs de compétence d’autres ordres de gouvernement.
Le logement, les soins de santé et les services de proximité pour les populations vulnérables tombent dans les champs de compétence provinciaux et municipaux.
«J’ai déjà discuté avec certains maires et mairesses au Québec qui sont très, très intéressés par cette mesure-là», a ajouté M. Champagne au sujet de l’enveloppe de 11,2 milliards $.
«L’itinérance, ça touche malheureusement la plupart des centres urbains au pays, même aussi en ruralité», a-t-il par ailleurs souligné.
Au Québec, le gouvernement péquiste est résolument autonomiste et n’acceptera vraisemblablement pas qu’Ottawa lui dicte des conditions pour toucher aux fonds allongés par le fédéral.
Certains partenariats entre ordres de gouvernement existent déjà. «Le gouvernement collaborera avec les provinces et les territoires au sujet d’autres éléments de leurs ententes bilatérales d’ici la Mise à jour économique du printemps de 2027, précise Ottawa. Ces travaux permettront d’orienter ces ententes sur l’objectif visant à mettre fin à l’itinérance au Canada d’ici 10 ans et à protéger le parc de logements hors marché existant.»
De l’avis de la politologue Geneviève Tellier, la collaboration intergouvernementale sera essentielle et certaines provinces pourraient rester sur leur faim avec le type d’investissements proposés par Ottawa.
«M. Carney, en fait M. Champagne, a l’air à avoir une idée assez claire de ce qu’il veut faire. C’est-à-dire que « nous, on va fournir l’infrastructure, on va construire les logements, on va fournir les terrains », mais ensuite (…) la gestion va relever des provinces», a d’abord expliqué celle qui est professeure émérite à l’Université d’Ottawa.
«Quand on parle de gestion, ça, c’est les dépenses récurrentes. Alors, ce qui est facile, c’est de construire les logements. On se dit « C’est une dépense ponctuelle, puis à un moment donné, c’est fini, puis on passe à autre chose ». On ne sait même pas qui va entretenir ces habitations-là. Alors, c’est là que ça va se complexifier parce que les provinces vont peut-être dire « Bien, nous, on a pas les ressources »», a analysé Mme Tellier.
Transferts en santé
Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, a réclamé mercredi une hausse des transferts en santé, connus, dans le jardon institutionnel, comme le TCS.
«On aimerait notamment qu’il y ait un plancher de croissance du transfert en santé de 5 %», a-t-il affirmé.
Le budget 2026 n’offre pas de pérenniser une hausse de cette ampleur. Ottawa souligne qu’une majoration de 5 % est déjà prévue jusqu’en 2027-2028.
Ensuite, le «plancher», pour reprendre l’expression employée par M. Marceau, ne sera que de 3 %. «Par la suite, le TCS augmentera en fonction d’une moyenne mobile sur trois ans de la croissance du PIB nominal, un accroissement d’au moins 3 % par année du financement étant garanti», signale le gouvernement Carney.
Ainsi les transferts en santé pourraient devenir une pomme de discorde entre Ottawa et Québec au cours des prochains mois.
M. Marceau aura l’occasion d’aborder la question avec M. Champagne – ainsi que parler d’autres enjeux – au cours d’une rencontre prévue vendredi, selon les indications données aux journalistes par le ministre fédéral.