L’élection dans le Maine sera suivie de près au Canada

La Presse Canadienne | 3 novembre 2026 | 09:41
La sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, visite une entreprise de fabrication de véhicules d’urgence lors d’un arrêt de campagne, le lundi 2 novembre 2026, à Island Falls, dans le Maine. (Photo AP/Charles Krupa)

Les droits de douane américains imposés au Canada ont joué un rôle prépondérant dans la course au Sénat dans le Maine, mais selon les experts, les Canadiens ne devraient pas profiter d’un allègement, quelle que soit l’issue des élections de mi-mandat de mardi.

Le Maine, un État du nord-est des États-Unis limitrophe du Québec et du Nouveau-Brunswick par voie terrestre, dépend fortement du commerce avec le Canada.

Les chiffres du gouvernement fédéral montrent que l’État importe chaque année pour 4,1 milliards $ de marchandises en provenance du Canada, ce qui fait de ce dernier le premier partenaire commercial du Maine.

Ce montant comprend notamment 2 milliards $ de mazout, plus d’un demi-milliard $ des activités issues de l’industrie forestière et 263 millions $ d’électricité en provenance du Nouveau-Brunswick, entre autres catégories.

Depuis que le président Donald Trump a déclenché la guerre commerciale, les exportations de produits forestiers du Maine vers le Canada ont chuté de 20 % et entraîné des pertes d’emplois, a révélé la gouverneure de l’État, Janet Mills, dans une tribune publiée en août.

Le nombre de séjours de Canadiens dans le Maine a fortement baissé l’année dernière, selon une analyse des données frontalières réalisée par le Maine Center for Economic Policy.

Dans la province voisine du Nouveau-Brunswick, les droits de douane américains ont mis à rude épreuve le secteur forestier et le tissu industriel de la province, et ont pesé sur les résultats financiers des brasseries.

Les répercussions économiques dans le Maine sont devenues un obstacle majeur pour la sénatrice républicaine sortante Susan Collins, qui espère repousser les assauts de son adversaire démocrate Troy Jackson et siéger à la chambre législative américaine pour un sixième mandat.

Le Canada devenu un enjeu électoral

Les sondages montrent que de nombreux électeurs du Maine sont mécontents des politiques de M. Trump, qui ont fait grimper les prix de l’énergie et provoqué l’effondrement du tourisme canadien.

«Les habitants du Maine sont pour ainsi dire consternés par ce qui s’est passé», a indiqué Amy Fried, l’ancienne directrice du département de sciences politiques de l’Université du Maine.

Selon elle, le Canada a joué un rôle central dans cette élection, comme elle n’en avait pas vu depuis des décennies.

Le Maine, qui fait partie des États où l’on annonce une chaude lutte, pourrait bien déterminer si les démocrates parviennent à s’emparer du Sénat et à opposer une certaine résistance au président Trump.

«Et l’animosité de Trump envers le Canada (…) il semble prendre un malin plaisir à nuire à cette relation économique et militaire de longue date», a affirmé Mme Fried lors d’une entrevue.

Mais selon les observateurs politiques, il est difficile de savoir quel résultat constituerait une victoire pour le Canada, ni même si une telle victoire est probable.

Des gains pour Susan Collins

Mme Collins se présente comme une sénatrice indépendante, qui n’hésite pas à rompre avec son parti et à voter contre M. Trump sur les droits de douane auxquels elle s’oppose depuis longtemps.

M. Jackson, quant à lui, estime que Mme Collins n’en a pas fait assez, en tant que républicaine, pour s’opposer aux droits de douane qui ont perturbé les secteurs de la sylviculture, des produits de la mer et du tourisme dans le Maine.

Lors d’un débat le mois dernier, Mme Collins a déclaré avoir réussi à convaincre la Maison-Blanche de retirer le béton, la pâte à papier et le sel de déneigement canadiens de la liste des produits soumis à des droits de douane.

M. Jackson a rétorqué: «On ne peut pas manger du sel de déneigement.»

Cet échange est devenu viral et a donné lieu à des mèmes «qu’ils mangent du sel de déneigement» de la part des progressistes, qui y voyaient une version moderne du célèbre «qu’ils mangent de la brioche».

Puis, à moins de deux semaines des élections de mi-mandat, Mme Collins a annoncé que les États-Unis levaient les droits de douane sur neuf catégories de produits canadiens qui, selon elle, sont essentiels aux secteurs agricoles du Maine, durement touchés.

Cette décision a été perçue comme une tentative de M. Trump, qui n’a pas fait campagne dans le Maine lors de ce cycle électoral, d’aider Mme Collins à conserver son siège. 

Mais dans le même décret levant certains droits de douane, M. Trump a imposé de nouvelles taxes sur des dizaines de nouvelles catégories de produits, telles que la poudre de cacao, les peintures et vernis, les shampoings, les revêtements de sol en vinyle, le matériel de tir à l’arc et les tapis.

Pas de victoire plausible pour le Canada

Lori Turnbull, professeure de sciences politiques à l’Université Dalhousie, estime que le Canada n’a aucune chance de s’en sortir, même s’il a fait au moins partie des discussions en vue du scrutin dans le Maine.

Mme Turnbull a souligné que M. Trump s’appuie sur ses pouvoirs présidentiels pour imposer des droits de douane, contournant ainsi le pouvoir législatif du gouvernement américain.

«Je ne pense pas qu’un quelconque résultat des élections de mi-mandat constitue une victoire garantie pour le Canada. Je pense que nous pourrions tout de même nous retrouver dans une situation délicate, quelle que soit l’issue», a-t-elle déclaré par téléphone.

En matière de droits de douane, Mark Brewer, le directeur du département de sciences politiques à l’Université du Maine, estime que la course au Sénat dans cet État se résume à savoir qui saura le mieux user de son influence à Washington.

M. Brewer a souligné que la capacité de Mme Collins à obtenir des exemptions tarifaires de la Maison-Blanche constituait une victoire tangible qui coupait un peu l’élan de Mme Jackson. 

«C’est simplement le dernier exemple en date d’un élément réel et concret qui vient étayer l’argument de Collins (…) les motivations, d’une certaine manière, n’ont pas d’importance», a-t-il déclaré.

Quant au Canada, M. Brewer dit qu’il ne serait pas surpris si les droits de douane dont le pays a été exempté le 23 octobre soient réimposés après les élections de mi-mandat.

Les négociations se poursuivent

Les élections sénatoriales dans le Maine et le Michigan pourraient s’avérer décisives pour le contrôle du Congrès. Les démocrates doivent remporter quatre sièges supplémentaires pour obtenir la majorité au Sénat.

Les élections de mi-mandat offrent aux Américains leur première occasion de se prononcer sur le régime tarifaire généralisé mis en place par Donald Trump après sa réélection à la présidence, en 2024.

Les droits de douane imposés par M. Trump à toute une série de pays ont déclenché des mesures de rétorsion de la part d’Ottawa et une guerre commerciale qui a porté préjudice aux industries et fait grimper les coûts des deux côtés de la frontière.

La dernière série de négociations commerciales entre les deux parties a échoué en août, mais M. Trump a affirmé dimanche que le Canada et les États-Unis étaient «très proches» de conclure un accord commercial.

Le président Trump a déclaré aux journalistes que les deux pays avaient en tête «les grandes lignes d’un très bon accord» qui serait bénéfique pour les États-Unis, les agriculteurs américains et le Canada.

Le premier ministre Mark Carney a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il avait eu une «bonne conversation» avec M. Trump sur l’avenir des échanges commerciaux.