«Il n’y aura jamais assez d’organes»: un défi pour honorer la vie et en sauver
Un foie est préparé pour le transport après avoir été prélevé sur un donneur d'organes le 15 juin 2023 à Jackson, au Tennessee. LA PRESSE CANADIENNE/AP-Mark Humphrey C’est avec beaucoup de fierté que Coralie Lachance, 16 ans, a atteint samedi matin le sommet du Mont-Orignal, en Chaudière-Appalaches, pour sensibiliser la population au don d’organes et à la greffe.
Entourée de plusieurs dizaines de personnes, la jeune étudiante de la polyvalente Saint-François a voulu envoyer un message fort à l’occasion de la Journée mondiale du don d’organes et de la greffe: «On peut penser que le don d’organes c’est loin de nous, mais c’est tout près».
Deux ans après avoir été éduqué sur le don d’organes et la greffe lors d’un cours d’anglais au secondaire, Coralie Lachance s’est portée volontaire pour être un des quatorze porte-étendards du défi Chaîne de vie qui ont grimpé cette fin de semaine au sommet d’un mont de leur région en soutien aux personnes en attente d’une greffe.
Le défi, lancé par l’organisme Chaîne de vie, a mobilisé près de 2000 personnes à travers la province. L’organisme a pour mission d’éduquer les jeunes de 15 à 17 ans au don d’organes et de tissus, afin d’en faire des ambassadeurs de ce sujet auprès de leurs proches, et ultimement de sauver davantage de vies.
«J’ai pris l’initiative d’aller dans plusieurs classes de mon école, pour présenter la vidéo qu’on a tournée [pour le défi Chaîne de vie], et pour parler de l’organisme, raconte-t-elle. Je pense que j’ai réussi à toucher de nombreuses personnes, puis, de sensibiliser et d’informer les gens parce que je trouve qu’il n’y en a pas assez qui sont informés à propos de ça, et qu’il y a de la désinformation.»
Coralie devait arpenter le Mont-Orignal avec Louis-Félix, un jeune garçon greffé du cœur, mais ce dernier n’a malheureusement pas pu l’accompagner à cause de sa condition cardiaque. C’est donc avec Louis-Félix dans ses pensées qu’elle est allée jusqu’au bout du défi.
«J’ai ressenti une fierté qu’on puisse célébrer la santé, parce que, comme Louis-Félix, il n’y a pas tout le monde qui a pu monter la montagne, explique l’aspirante chirurgienne cardiaque. On voyait comment, pour les gens qui avaient fait l’effort de se déplacer, pour monter la montagne et faire des dons, cette cause-là a pu les toucher.»
«Je sais qu’on a réussi à sensibiliser beaucoup plus que les gens qui étaient présents hier, ajoute Coralie Lachance. Chaque personne peut faire une différence, j’aurais pu me dire, « je suis qu’une jeune de 16 ans, encore étudiante, et les gens ne vont pas me prendre au sérieux », mais, en fait, chaque petit geste peut vraiment amener à un grand impact.»
Parler de la mort pendant un cours d’anglais
Lucie Dumont se réjouit de voir l’impact grandissant de Chaîne de vie, qu’elle a fondée il y a tout juste 20 ans. Près de 2000 personnes ont relevé le défi Chaîne de Vie tout au long de cette fin de semaine, et ce, même au-delà des frontières québécoises. Elle se remémore le travail accompli dans les deux dernières décennies pour parvenir à avoir un «impact par l’éducation».
«La matière qui pouvait accueillir le programme pédagogique qu’on a développé, c’était l’anglais, car évidemment, il faut que tu fasses des débats, des discussions, et que tu lises des textes, dit-elle. Les jeunes de secondaire 4 et 5 quand ils arrivent ensuite à la maison, ils sont capables d’expliquer et d’influencer tout en créant un grand changement sociétal bien informé.»
L’objectif du programme pédagogique de Chaîne de vie est d’arriver à parler du sujet sensible entourant le don d’organes, qu’est la mort.
«Ça impose le respect entre les élèves, c’est toute l’humanité et le meilleur des jeunes qui ressort, témoigne Mme Dumont. Le but, c’est le transfert des jeunes sur leur entourage, car ils sont capables de verbaliser et d’expliquer ce qu’ils ont appris.»
Pour Mme Dumont, il est important de faire un travail d’éducation sur ce que représente le don d’organes et le choc qu’il peut représenter lorsqu’on n’est pas informé.
«L’objectif est de leur faire réaliser le précieux de la vie et l’importance d’en prendre soin pour diminuer les besoins en greffe à cause des maladies chroniques, ajoute-t-elle. On a besoin de prendre conscience que c’est rare les organes et qu’il faut prendre soin de sa vie.»
Mme Dumont souligne que, même si son souhait d’être donneur peut être inscrit sur sa carte d’assurance maladie, rien n’est automatique et il revient souvent à la famille de l’éventuel donneur de prendre cette décision difficile.
«La réalité, c’est que c’est un accident qui vient d’arriver, tu es aux soins intensifs, et c’est long, car ça peut prendre jusqu’à 16 jours pour être déclaré en état de mort cérébrale, dit-elle. C’est un processus long, ça ne se fait pas en criant « bingo », et le temps que la personne soit vraiment déclarée en mort cérébrale peut prendre beaucoup de temps.»
«Une grosse vague de soutien»
À plus de 500 kilomètres du Mont-Orignal, c’est le Mont Cascades dans l’Outaouais, qu’a gravi Christine Dufour, une porte-étendard en attente d’une nouvelle greffe de rein, entourée de 25 de ses proches, dont des membres du personnel de son centre de dialyse.
«C’est vraiment une grosse vague de soutien que j’ai ressenti, c’était vraiment beau de voir tout le monde travailler ensemble pour la même cause, dit-elle. Ça me rend optimiste de savoir que j’ai tellement de gens autour de moi, ça donne un gros boost.»
Elle, qui avait vécu pendant 14 ans avec un greffon, a dû recommencer cette année les séances éprouvantes de dialyse après un rejet chronique de son rein d’adoption.
«Je trouve ça super important de sensibiliser et d’éduquer les jeunes au niveau du don d’organes, explique Mme Dufour qui aimerait voir davantage d’écoles de l’Outaouais sensibilisées par Chaîne de vie. Je suis doublement touchée, car je connais ce qu’est l’impact d’une transplantation sur une vie, et je sais ce que c’est aussi d’être en attente.»
Elle évoque avec beaucoup de gratitude ce que lui a apporté sa première greffe il y a 20 ans, alors qu’elle était âgée de 19 ans.
«Quand j’ai eu ma greffe, j’ai découvert mes passions, j’ai commencé à 19 ans les traitements, donc je n’étais pas encore formée en tant que femme, raconte Mme Dufour. La greffe pendant 14 années m’a permis de me connaître moi-même, de développer ma carrière, de rencontrer mon conjoint et d’adopter ma petite fille.»
«Ça m’a permis de découvrir qui je suis loin de la dialyse», conclut-elle.
«Il n’y aura jamais assez d’organes»
En 2025, sur plus de 300 000 personnes décédées, seules 888 d’entre elles ont donné leurs organes après leur mort, indiquent les données de l’Institut canadien d’information sur la santé.
Au Québec, sur plus de 80 000 décès enregistrés, Transplant Québec a dénombré 196 personnes qui ont donné leurs organes cette même année et 491 qui ont été transplantées, alors 898 personnes étaient inscrites sur la liste d’attente.
«On n’est pas en pénurie d’organes, on est dans la rareté de donneurs, déplore Lucie Dumont. Quand on dit qu’il y a une pénurie d’organes, c’est une fausse idée.»
«Les jeunes réalisent [ainsi] à quel point c’est rare les donneurs d’organes, et que le pire, c’est que les organes sont de moins en moins bons à cause des mauvaises habitudes de vie, ajoute la présidente fondatrice de Chaîne de vie. Il n’y aura jamais assez d’organes.»
Le gouvernement du Québec indique sur son site internet que le don d’organes et de tissus peut sauver jusqu’à huit vies et redonner la santé à 20 autres personnes. Il rappelle que ce don est un geste anonyme, volontaire, libre et gratuit.