«On n’a pas choisi ce conflit», rappelle Champagne en réaction à la réplique de Trump

La Presse Canadienne | 10 septembre 2026 | 05:00
U.S. Trade Representative Jamieson Greer speaks to reporters outside the White House, Monday, Aug. 24, 2026, in Washington. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, affirme que le Canada est responsable de la décision de Washington d’intensifier la guerre commerciale avec son voisin du nord, tandis que le ministre fédéral des Finances et du Revenu national, François-Philippe Champagne, défend la riposte canadienne dans un conflit que le Canada «n’a pas choisi».

Le président américain, Donald Trump, a signé mardi de nouveaux décrets, renforçant ainsi la riposte des États-Unis après que le Canada a imposé sa dernière série de droits de douane de rétorsion.

Ces cinq nouveaux décrets, qui entreront en vigueur plus tard en septembre, interdiront totalement les importations de certains produits canadiens aux États-Unis, dont les motos, certains produits laitiers et les boissons alcoolisées.

Toutefois, ces décrets exemptent également certains produits canadiens, notamment le papier toilette, le sel de déneigement et le ciment, de toute application de droits de douane.

Les décrets de mardi ont également retiré de la liste des produits soumis à des droits de douane les cannes à pêche, le whisky canadien et les liqueurs conditionnées dans des bouteilles de plus de quatre litres.

De l’avis de M. Greer, cette escalade est une «conséquence naturelle» de la discrimination exercée par le Canada à l’encontre des exportations américaines et de son choix de privilégier des «mesures de rétorsion absurdes» plutôt qu’un accord commercial quasi finalisé.

Le représentant américain au Commerce a ajouté que M. Trump entend défendre les intérêts des travailleurs et des exportateurs américains, et rétablir la réciprocité dans les relations commerciales bilatérales.

De passage à Edmonton, François-Philippe Champagne a défendu les droits de douane canadiens, sans être en mesure de donner d’estimation de l’impact des nouvelles mesures américaines sur l’économie canadienne.

«Vous savez, on n’a pas choisi ce conflit. On n’a jamais voulu faire d’escalade. Mais de l’autre côté, lorsqu’on nous impose un conflit commercial, lorsqu’on nous impose des droits de douane injustifiés, on sait répondre, on sait comment protéger nos industries», dit-il. 

Selon lui, le Canada cherche à diversifier son économie et à forger de nouveaux partenariats avec d’autres pays. Et comme pays membre du G7, de l’OTAN, du Commonwealth et de la Francophonie, il n’est pas à court d’options, estime-t-il. 

«Ce dont on se rend compte, c’est que nos partenaires en Europe ou en Asie cherchent un partenaire fiable, un partenaire de confiance.»

Il souligne le geste des États-Unis de modifier la liste des produits canadiens soumis à des droits de douane, ajoutant que le Canada reste l’un des plus grands clients des États-Unis. «On achète plus aux États-Unis que la Chine, le Japon et l’Angleterre combinés. Les deux tiers des États américains ont le Canada comme premier marché d’exportation», indique-t-il. 

«Quand vous voyez ces choses-là, vous réalisez qu’une décision comme celle qu’ils ont prise a un impact des deux côtés, et c’est pour ça qu’ils ont modifié leur liste.»

Le Canada entrerait dans cette période trouble en position de force et capable de soutenir les entreprises d’ici, d’après M. Champagne, mais le ministre attendra de voir l’effet des programmes d’aide annoncés par le fédéral avant d’ajuster de nouveau le tir. 

Mardi, le premier ministre Mark Carney n’a pas caché que la suite des choses «ne sera pas facile», mais il a défendu les mesures de rétorsion mises en place par son gouvernement.

«C’est vrai que toute action a un coût, mais ce coût n’est rien comparé à celui de l’inaction», a-t-il dit dans une longue vidéo préenregistrée qui a été diffusée sur les réseaux sociaux.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, se rendra aux États-Unis le 11 septembre, pour souligner le 25e anniversaire des attentats terroristes de 2001, mais il profitera de sa visite pour tenter d’influencer le cours des tensions. 

Dans un communiqué, il annonce qu’il aura quelques rencontres avec des représentants du monde des affaires, mais qu’il compte parler directement au peuple américain, en donnant une série d’entrevues télévisées aux réseaux de télévision économiques. 

«Le plus grand atout du Canada dans le conflit commercial actuel, c’est la bonne volonté des Américains», a-t-il écrit. 

Les interdictions auraient peu d’effets sur les deux pays, selon un économiste

Stephen Brown, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, a indiqué mercredi dans une note adressée à ses clients que les produits retirés de la liste des droits de douane américains représentaient une valeur d’environ 1,7 milliard $ US, et que les nouvelles cibles s’élevaient à peu près au même montant.

Les ensembles d’appareillage électrique et le ciment ont été retirés de la liste tarifaire américaine initiale. M. Brown a suggéré que cela pourrait être lié au rôle que jouent ces produits dans la construction de centres de données.

Il a estimé que les nouvelles interdictions d’importation de Donald Trump s’appliqueraient à 0,25 % des exportations canadiennes vers les États-Unis, soit 0,03 % du total des importations américaines.

Les droits de douane imposés par le locataire de la Maison-Blanche en vertu de l’article 338, qui s’appliquent à toute une gamme de produits canadiens depuis le 22 août, touchent environ 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis, pour une valeur d’environ 28 milliards $ CAN.

M. Brown a avancé que les interdictions d’importation américaines n’auraient «que peu d’effet sur l’une ou l’autre des économies».

«Néanmoins, cette escalade augmente le risque que les droits de douane de 50 % restent en vigueur plus longtemps que le mois environ que nous avions prévu dans nos prévisions, ce qui porterait un coup plus dur à l’économie canadienne», a-t-il déclaré.

Du côté des alliés américains

M. Brown a ajouté que si les droits de douane restaient en vigueur jusqu’à la fin de l’année, l’économie canadienne pourrait stagner, voire se contracter au quatrième trimestre. Les mesures de relance du gouvernement fédéral, d’un montant d’environ 7,5 milliards $ CAN, permettront de compenser en partie cet impact, a-t-il noté.

Dans une déclaration publiée mardi sur X, la sénatrice du Maine Susan Collins s’est dite reconnaissante de la souplesse dont fait preuve l’administration Trump, alors qu’elle continue de faire pression pour parvenir à un accord commercial avec le Canada.

«J’ai mentionné dans une lettre adressée à l’administration que Frenchville, une petite ville du Maine située à la frontière canadienne, aurait dû prendre en charge 10 000 $ US de coûts supplémentaires pour le sel de déneigement, ce qui aurait menacé la capacité de la ville à fournir des services municipaux», a écrit Mme Collins, membre du Parti républicain.

«Ces exemptions supplémentaires font suite à l’annonce par le Canada de son intention d’exclure les produits de la mer et les produits de la pêche américains de sa liste de droits de douane de rétorsion, qui auraient causé un préjudice considérable aux pêcheurs de homard du Maine», a ajouté la sénatrice.

Mme Collins a précisé que les droits de douane sur les produits forestiers restaient en vigueur et entraîneraient une hausse des coûts dans le Maine.

«J’exhorte l’administration à poursuivre ses efforts pour apaiser ce conflit», a-t-elle déclaré.