La Banque du Canada maintient le taux directeur à 2,25 %
L’édifice de la Banque du Canada, à Ottawa, le mercredi 15 juillet 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld La Banque du Canada maintient une nouvelle fois son taux directeur mercredi, alors que les nouveaux droits de douane américains et la guerre qui fait rage en Iran assombrissent les perspectives de la banque centrale.
Le taux directeur de la Banque du Canada reste à 2,25 % après une septième décision consécutive de le garder inchangé. Cette décision était largement attendue par les économistes.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, explique dans un discours préparé que la persistance du conflit au Moyen-Orient a accru les risques inflationnistes, alors que les prix mondiaux de l’énergie continuent de grimper.
Par ailleurs, une nouvelle escalade du conflit commercial avec les États-Unis menace la reprise économique naissante du Canada, ajoute-t-il. Cette incertitude renouvelée pourrait conduire les entreprises à reporter leurs décisions d’investissement et d’embauche jusqu’à ce que la situation commerciale se précise.
L’économie évoluant conformément aux prévisions, le Conseil de direction a choisi mercredi de maintenir le taux directeur, explique M. Macklem.
«La politique monétaire ne peut pas renverser les effets des droits de douane ni influencer les prix mondiaux de l’énergie. Ce que nous pouvons faire, c’est nous assurer que les événements mondiaux ne mettent pas en péril la stabilité des prix au Canada», affirme M. Macklem.
Les responsables de la politique monétaire de la Banque du Canada utilisent le taux directeur pour contenir l’inflation et soutenir la croissance économique lorsque les prix sont maîtrisés.
Lors d’une conférence de presse avec les journalistes après la décision, M. Macklem reste évasif quant à savoir si la banque est davantage préoccupée par les risques d’inflation ou par ceux liés à la croissance, dans un contexte de perspectives incertaines.
«Les risques évoluent et nous sommes prêts à ajuster la politique monétaire si nécessaire», dit-il.
L’inflation a atteint 3 % en juillet, soit un point de pourcentage au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Canada, après que la guerre en Iran a entraîné une période de volatilité des prix de l’essence au printemps et en été.
M. Macklem indique que ce niveau est trop élevé pour rassurer la banque. Il précise que ses décisions en matière de taux restent guidées par ses prévisions d’inflation, qui seront mises à jour lors de la prochaine annonce, le 28 octobre.
La pression des droits de douane
La croissance économique, quant à elle, a montré des signes de rebond après avoir stagné pendant une grande partie de l’année dernière. L’économie a connu une forte progression, avec une croissance de 3,3 % au deuxième trimestre, même si peu d’analystes s’attendent à ce que ce rythme se maintienne au cours du trimestre actuel.
Le spectre d’une nouvelle escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis a pesé sur la décision prise mercredi par la Banque du Canada.
Les États-Unis ont imposé, le 22 août, des droits de douane de 50 % sur une série de produits canadiens et ont menacé d’imposer des droits encore plus élevés sur les automobiles.
M. Macklem précise que la Banque du Canada ne s’attend pas à ce que ces nouveaux droits de douane aient un «impact direct important» sur l’économie, même si les secteurs visés pourraient être durement touchés. Il s’attend à ce que la croissance au quatrième trimestre soit affectée par ces nouveaux droits de douane.
Le Canada prévoit d’appliquer une série de droits de douane de rétorsion sur les produits américains à compter du 8 septembre. M. Macklem souligne que les risques inflationnistes liés aux contre-droits de douane canadiens sont «assez modestes» et que le choc énergétique mondial reste le principal facteur favorisant la hausse des prix.
Avant l’entrée en vigueur des derniers droits de douane américains, les exportations commençaient à repartir à la hausse. Si M. Macklem avertit que de nouvelles restrictions commerciales pourraient à nouveau peser sur la confiance des entreprises, il se montre également optimiste quant à la capacité des entreprises à faire face à un contexte d’incertitude.
«Les entreprises se sont adaptées à un environnement marqué par davantage d’incertitude et des droits de douane plus élevés… elles trouvent des moyens de poursuivre leurs activités», dit M. Macklem.
«Cela a permis à l’économie canadienne d’aborder cette nouvelle vague de droits de douane américains sur des bases plus solides», ajoute-t-il.
M. Macklem réaffirme également que la plupart des mesures susceptibles de protéger l’économie contre les menaces tarifaires — comme la diversification des exportations canadiennes vers de nouveaux marchés — ne relèvent pas de la compétence de la Banque du Canada. Une grande partie de ce travail doit être accomplie par les gouvernements et le secteur privé.
Des hausses plutôt que des baisses?
Certains économistes s’exprimant après la décision de mercredi sur les taux d’intérêt font valoir que l’accent mis par M. Macklem sur les risques inflationnistes croissants dans sa déclaration oriente la Banque du Canada vers des hausses de taux plutôt que vers des baisses.
Stephen Brown, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, indique dans une note adressée à ses clients que la banque centrale devra probablement constater de nouveaux signes d’amélioration du taux de chômage ou de la croissance économique avant de relever son taux directeur.
Toutefois, étant donné que les cours mondiaux du pétrole ne montrent guère de signes de baisse, il ajoute qu’une hausse des taux lors de la dernière réunion de la banque en décembre est désormais envisageable.
Ali Jaffery, économiste en chef chez KPMG, indique dans une note qu’il s’attend à ce que la banque se montre moins préoccupée par l’inflation, compte tenu des risques marqués de ralentissement de la croissance face à l’escalade des droits de douane. Il maintient son pronostic selon lequel la Banque du Canada conservera ses taux inchangés jusqu’à la fin de 2027.
Avery Shenfeld, économiste en chef de la CIBC, souligne qu’il n’est pas surprenant que la banque centrale ait laissé son taux directeur inchangé «dans le brouillard d’une guerre commerciale».
M. Shenfeld précise que la CIBC voit «peu de chances» que le taux directeur soit modifié cette année, étant donné que tant le front des droits de douane américains que celui de la guerre avec l’Iran pourraient évoluer dans les mois à venir.
Selon LSEG Data & Analytics, les marchés financiers tablaient mercredi à midi sur trois hausses d’un quart de point d’ici mi-2027.
La probabilité d’un statu quo lors de la prochaine décision de la Banque du Canada en octobre s’élève à plus de 94 %.