Procès de Keven Deblois | La défense estime la preuve insuffisante

Benjamin Aubert | 21 mai 2026 | 19:15
Le Palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce et l'accusé Keven Deblois en mortaise | Photo: MaBeauce.com et Facebook

L’avocate de Keven Deblois, Me Marie-Laurence Spain, estime que le ministère public n’est pas parvenu à se décharger de son fardeau de prouver hors de tout doute raisonnable que l’accusé a réellement commis les gestes qui lui sont reprochés, soit un meurtre au deuxième degré, un outrage à un cadavre et un incendie criminel.

Lors des plaidoiries jeudi, au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce, Me Spain a soutenu que la preuve présentée témoigne plutôt d’un «rare cas» où «les enquêteurs se sont empressés de trouver un coupable». À son avis, la poursuite a soumis une preuve «majoritairement circonstancielle» dont «aucun des éléments ne permet de conclure» que Keven Deblois a tué son ex-conjointe, Karine Bélanger.

«La poursuite doit s’en tenir à des hypothèses pour prouver le meurtre au second degré !», a soutenu la défense en soumettant au jury qu’un décès naturel dû à la condition de santé de la victime était possible, notamment à la suite d’un accident, et que le pathologiste judiciaire Yann Dazé n’avait pas été en mesure d’exclure la thèse d’un suicide par arme à feu.

«Nous soumettons qu’il existe une possibilité réelle que Mme Bélanger soit morte d’une crise d’épilepsie, d’une overdose ou d’une chute», a mentionné l’avocate de l’accusé en soulignant que «le témoignage le plus incriminant est celui de la mère» de Keven Deblois et que, selon elle, «son fils parle d’un accident».

Quant à l’origine des blessures observées par le pathologiste, Me Spain argumente que celles-ci pourraient avoir été causées par des «shrapnels», une forme d’éclats métalliques, lors d’explosions survenues pendant l’incendie du véhicule ou encore par les manipulations des pompiers sur la scène d’incendie.

Au sujet de l’incendie criminel, elle note que «personne n’a vu Keven Deblois sur les lieux au moment du crime» et que celui-ci a demandé à sa mère de brûler des cartes bancaires qu’il lui a remise en arrivant à sa résidence plus tard en soirée.

«Pour quelles raisons est-ce que Keven Deblois aurait pris les cartes bancaires, les aurait sorties du véhicule pour les mettre dans ses poches pour ensuite demander à sa mère de les brûler ? Ça aurait été beaucoup plus simple de les laisser dans le véhicule !», a-t-elle questionné.

La poursuite rejette des hypothèses «irrationnelles» et «fantaisistes»

En poursuite, la représentante du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me Annik Harbour, avait amorcé son allocution devant le jury en le prévenant qu’elle n’avait pas «à réfuter toutes les hypothèses aussi irrationnelles que fantaisistes qui pouvaient être soumises» par la défense.

En posant une série de questions aux membres du jury, elle a insisté sur le fait que Karine Bélanger avait été vue vivante pour la dernière fois par la mère de l’accusé, chez cette dernière, en compagnie de Keven Deblois, vers 17 h le samedi 24 septembre 2022, soit la veille de la découverte de son corps dans un véhicule incendié à Saint-Bernard.

«On sait, par la suite, que M. Deblois ne retourne pas au CRC [NDLR: Centre résidentiel communautaire]. On ne sait pas tout ce qui se passe, mais on retrace certains déplacements. Il va à Saint-Lambert, prend un taxi, puis se rend à Lévis, prend le traversier et l’autobus. Il retourne éventuellement à Sainte-Marie d’une manière inconnue. […] Il y a une question importante. Où est Karine Bélanger ? Dans son témoignage, Christine Bélanger [la mère de l’accusé] affirme qu’elle était tout le temps avec Keven. Pourquoi le 24 septembre, après 17 h, elle n’y est plus ?», a-t-elle demandé.

Bien qu’elle reconnaisse que des éléments sont inconnus, dont le moment et le lieu du décès, Me Harbour est revenue sur des verbalisations qu’aurait faites Deblois à sa mère après être retourné chez elle en fin de journée le dimanche 25 septembre 2022.

«Vous avez une version nuancée devant vous et une version donnée aux policiers. Dans la vidéo de sa déclaration aux policiers, elle dit qu’il lui a dit : «Maman, je n’ai pas fait exprès. Je l’ai tué, pis après, je l’ai caché». Devant vous, elle dit qu’il a dit: «Elle est morte, je l’ai caché, c’est un accident». Cette nuance, elle ne la mentionne à personne avant. Dans tous les cas, elle est morte et Keven Deblois le sait. Ce qui est différent, c’est l’intention de tuer», a exposé la procureure de la Couronne en rappelant que la mère de l’accusé était allée le chercher près du lieu de l’incendie à Saint-Bernard, quelques heures après celui-ci.

Le juge Carl Thibault doit livrer ses directives au jury en début de semaine prochaine, après quoi celui-ci sera séquestré pour la durée des délibérations.