«Ça suffit», lance François Legault aux médecins spécialistes en moyens de pression

La Presse Canadienne | 26 février 2026 | 15:55
Le premier ministre François Legault à la période des questions du 4 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

La hausse de 11 % offerte aux médecins spécialistes, qui ferait passer leur rémunération à 600 000 $ par année en moyenne, est amplement suffisante, estime François Legault.

«Ça suffit, a lancé le premier ministre jeudi matin en se rendant au Salon rouge. Moi, je pense que c’est suffisant, et je pense que les Québécois sont d’accord avec ça.»

Il a fait valoir qu’un médecin spécialiste qui travaille à temps plein gagne en moyenne 550 000 $ par année et que l’augmentation offerte ferait passer ce montant à 600 000 $. 

Faux, a rétorqué une heure plus tard le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Vincent Oliva, en conférence de presse à Québec. 

La FMSQ réclame une hausse de 14,5 % sur cinq ans, ce qui inclurait les bonis pour l’atteinte de cibles.

Le Dr Oliva a soutenu qu’une grande part de la rémunération des spécialistes couvrait les dépenses administratives. «C’est facile de prendre des chiffres et de les déformer», a-t-il accusé.

«Si vous prenez ça globalement, ce que le gouvernement nous propose, c’est 1,2 % d’augmentation par année sur cinq ans, avec un gel de 10 ans préalable, dans le contexte où on est déjà en queue de peloton.

«La réalité, c’est que les médecins spécialistes québécois sont moins bien payés que partout ailleurs au Canada. Même avec nos demandes, on va rester en queue de peloton», a insisté le président de la FMSQ.

Pour sa part, la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, a évoqué jeudi la «fin» des négociations. «L’entente, elle va se solder à cette proposition-là. C’est notre dernière proposition», a-t-elle déclaré.

La ministre a affirmé par ailleurs avoir pris des «engagements importants» concernant la disponibilité des salles d’opération, notamment.

Nouveau moyen de pression

Face à cette impasse, la FMSQ a annoncé jeudi qu’elle accentuait ses moyens de pression.

À compter du 16 mars, les médecins spécialistes cesseront d’offrir des rendez-vous par le biais de la plateforme des Centres de répartition des demandes de service (CRDS). 

Le CRDS est une centrale de rendez-vous qui distribue aux médecins spécialistes les demandes de consultation provenant des omnipraticiens et des infirmières praticiennes.

Les consultations seront désormais offertes via des «mécanismes alternatifs», a expliqué le Dr Oliva. En d’autres mots, les professionnels qui référeront leurs patients à des spécialistes devront le faire directement par courriel, par exemple.

Cela ne devrait pas avoir d’effets négatifs sur les patients, a-t-il affirmé; au contraire, les impacts seront plutôt «positifs» pour eux. La plateforme des CRDS a toujours été «complètement dysfonctionnelle», selon lui.

Seulement 20 % des rendez-vous passent par le CRDS; le gouvernement voudrait que ce soit 100 %.

Ce nouveau moyen de pression s’ajoute à ceux annoncés vendredi dernier, soit l’arrêt de la participation des médecins spécialistes au Dossier santé numérique (DSN) et aux activités médico-administratives.

Jeudi, le Dr Oliva n’a pas exclu d’aller plus loin, éventuellement. L’automne dernier, les médecins spécialistes avaient arrêté d’enseigner aux étudiants en médecine. «On n’est pas rendus là», a-t-il tempéré.

Rappelons que le gouvernement Legault a récemment accordé une augmentation de 14,5 % aux médecins de famille, en plus d’une prime de 2,5 % s’ils atteignent des objectifs de prise en charge.

«Le gouvernement a consenti des augmentations du même ordre à peu près à tous les travailleurs de la société», a souligné le Dr Oliva, dénonçant «l’intransigeance» de M. Legault envers les spécialistes, de «l’orgueil mal placé», selon lui.

L’accord-cadre avec les médecins spécialistes est échu depuis le 31 mars 2023.