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La Banque du Canada maintient son taux directeur à 2,25 %
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, lors d'une conférence de presse à Ottawa le mercredi 10 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang La Banque du Canada n’est pas intervenue lors de sa première décision sur les taux d’intérêt de l’année, avertissant que la révision prochaine de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et d’autres risques géopolitiques émergents assombrissaient les perspectives de la banque centrale.
La banque maintient son taux directeur inchangé à 2,25 % mercredi, une décision largement attendue par les économistes.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, indique dans un discours préparé que l’économie a évolué dans l’ensemble conformément aux prévisions de la banque centrale depuis la fin de son cycle d’assouplissement monétaire en décembre.
Mais il avertit que l’incertitude demeure «inhabituellement élevée».
Il ajoute que le conseil de direction de la banque centrale considère le taux directeur comme «approprié» compte tenu des perspectives de la banque centrale, mais «qu’il est difficile de prédire le moment ou la direction du prochain changement de taux».
«Récemment, vous avez constaté une plus grande imprévisibilité dans la politique américaine, avec toutes sortes de menaces, y compris à l’égard du Canada», souligne M. Macklem.
La fin de semaine dernière, le président américain Donald Trump a déclaré qu’il imposerait des droits de douane de 100 % sur les produits canadiens si le premier ministre Mark Carney concluait un accord commercial avec la Chine.
L’ACEUM dans le viseur
Le Canada, les États-Unis et le Mexique doivent également revoir l’ACEUM, l’accord commercial nord-américain, en juillet.
Le rapport actualisé sur la politique monétaire de la Banque du Canada, publié mercredi en même temps que la décision sur les taux, présente divers scénarios dans lesquels les partenaires pourraient prolonger, renégocier de manière significative ou se retirer complètement de l’ACEUM, en fonction du résultat des négociations de cette année.
Une exemption aux droits de douane généraux imposés par les États-Unis pour les marchandises conformes à l’ACEUM a été essentielle pour les exportations canadiennes vers le sud de la frontière, et la banque centrale avertit que la fin de ce sursis affaiblirait l’économie.
M. Macklem précise que l’issue de l’ACEUM constitue un «risque important pour nos projections».
Il explique également que les craintes d’une érosion de l’indépendance de la banque centrale aux États-Unis pourraient avoir une incidence sur les perspectives au Canada, compte tenu du rôle mondial joué par la Réserve fédérale américaine dans le maintien de la stabilité financière et des prix. M. Trump critique depuis longtemps le président de la Fed, Jerome Powell, mais la situation s’est aggravée au début du mois lorsque le département de la Justice a ouvert une enquête criminelle sur la banque centrale américaine.
La Réserve fédérale américaine a également laissé ses taux d’intérêt inchangés lors de sa décision de mercredi après-midi.
M. Macklem réitère mercredi que la Banque du Canada cherche à soutenir l’économie pendant la transition actuelle liée aux droits de douane, tout en maîtrisant l’inflation.
Tony Stillo, directeur de l’économie canadienne chez Oxford Economics, note que le maintien du taux directeur à 2,25 % offre un léger coup de pouce à l’économie sans abandonner le mandat de la banque centrale en matière de stabilité des prix.
«Il est approprié d’opter pour une politique modérément stimulante en raison des perspectives incertaines pour l’avenir», avance-t-il.
Une croissance modeste
Après une forte croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre, la banque centrale s’attend désormais à un ralentissement de l’économie au dernier trimestre de 2025. Les fluctuations du volume des exportations et d’autres activités commerciales en réponse aux droits de douane entraînent une volatilité des chiffres trimestriels du PIB, notent les responsables de la politique monétaire.
La Banque du Canada prévoit une croissance annuelle moyenne du PIB de 1,7 % pour l’année dernière. La banque centrale table sur une croissance plus modeste de 1,1 % en 2026 et de 1,5 % en 2027, les entreprises s’adaptant aux nouvelles réalités commerciales.
Oxford Economics esquisse également différents scénarios pour les négociations de l’ACEUM.
Selon M. Stillo, une résolution qui réduirait les droits de douane américains actuels sur le Canada permettrait à la banque centrale d’augmenter son taux directeur d’environ un demi-point de pourcentage d’ici un an, tandis qu’un «scénario beaucoup plus sombre» qui verrait l’ACEUM déchiré plongerait plutôt l’économie dans une récession. Dans ce cas, Oxford prévoit une nouvelle baisse d’un demi-point.
«Ces taux resteraient en vigueur pendant un certain temps, car cela pourrait avoir des répercussions à long terme encore plus profondes que celles actuellement prises en compte dans les prévisions de la Banque du Canada compte tenu des droits de douane actuels auxquels nous sommes confrontés», explique M. Stillo.
Le tableau de l’inflation est également quelque peu brouillé, en raison de changements fiscaux, comme l’exonération fiscale de deux mois accordée par le gouvernement fédéral à la même période l’année dernière et des répercussions continues de la fin de la tarification du carbone pour les consommateurs au printemps dernier.
Toutefois, la Banque du Canada prévoit globalement que l’inflation annuelle se maintiendra autour de son objectif de 2 % sur la période de prévision, car la hausse des coûts liée aux perturbations commerciales sera compensée par un affaiblissement de l’économie.
Mercredi après-midi, les marchés financiers estimaient à un peu plus de 5 % les chances d’une baisse des taux d’intérêt, selon LSEG Data & Analytics, lors de la prochaine décision de la Banque du Canada, le 18 mars.
Une posture neutre
L’économiste en chef de la CIBC, Avery Shenfeld, indique mercredi dans une note adressée à ses clients que la Banque du Canada semble «résolument neutre» quant à l’évolution des taux d’intérêt à partir de maintenant.
La CIBC maintient sa prévision d’absence de changement des taux en 2026, mais les chances penchent davantage vers une nouvelle baisse plutôt que vers une hausse, «compte tenu des obstacles potentiels dans les négociations commerciales à venir».
Andrew Hencic, économiste à la Banque TD, précise dans une note que, même si le maintien des taux était attendu, l’attention portée par la banque centrale à l’incertitude entourant l’ACEUM et aux risques géopolitiques montre que les responsables de la politique monétaire adoptent une approche fondée sur les données pour leurs décisions futures.
Les prévisions de la TD sont conformes à celles de la Banque du Canada, une croissance modérée contribuant à maîtriser l’inflation.
«Dans ces conditions, nous nous attendons à ce que la Banque du Canada reste en retrait au cours des prochains mois», conclut M. Hencic.