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L’inflation grimpe à 2,4 % en décembre en raison du rebond lié au congé de taxes
A customer shops in a new "small format" No Frills grocery store that the grocery chain is testing in Toronto on Thursday, May 30, 2024. THE CANADIAN PRESS/Chris Young L’inflation a clôturé l’année 2025 avec une hausse-surprise, mais les économistes qui se sont exprimés lundi ont estimé qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter et que cela ne justifiait pas un changement du taux directeur de la Banque du Canada à la fin du mois.
L’inflation annuelle a atteint 2,4 % en décembre, indique Statistique Canada lundi dans son rapport sur l’indice des prix à la consommation.
Un sondage réalisé auprès d’économistes avant la publication des données lundi prévoyait que l’inflation annuelle resterait stable à 2,2 %.
Selon Statistique Canada, le rebond consécutif à l’exonération fiscale temporaire accordée par le gouvernement fédéral est le principal responsable de cette accélération.
L’agence explique que la décision d’Ottawa de suspendre la taxe sur les produits et services (TPS)/taxe de vente harmonisée (TVH) sur certains articles pendant deux mois à partir de la mi-décembre 2024 a fait baisser les prix des aliments achetés au restaurant, des boissons alcoolisées, des jouets et d’autres articles, de sorte que la comparaison d’une année sur l’autre a fait grimper l’indice des prix à la consommation.
Cela a entraîné une augmentation annuelle de 8,5 % des prix des repas au restaurant, ce qui, selon Statistique Canada, a alimenté l’accélération du chiffre global.
Andrew Grantham, économiste à la CIBC, souligne que l’exonération fiscale est le principal facteur de l’inflation alimentaire en décembre. Il ajoute que cette volatilité se poursuivrait en janvier, avec un mois complet d’exonération fiscale fédérale qui ne sera pas pris en compte dans les comparaisons annuelles.
Le prix des aliments achetés en épicerie a augmenté de 5,0 % en décembre, contre 4,7 % en novembre. Le prix du café a bondi de 30,8 % en décembre, tandis que le coût du bœuf frais ou surgelé a pris 16,8 %.
Certains produits d’épicerie, notamment les croustilles et les confiseries, ont également été inclus dans l’exonération fiscale et ont connu des hausses de prix annuelles en décembre.
M. Grantham pointe que l’exonération fiscale fédérale n’est que partiellement responsable de l’inflation des produits d’épicerie en décembre, mais il note que ces prix sont stables après une hausse enregistrée en novembre.
«Il semble que nous nous stabilisions, mais nous ne constatons certainement pas de répit en ce qui concerne le prix des produits alimentaires pour les Canadiens, qui paient encore beaucoup plus qu’il y a deux ou trois ans», observe-t-il.
La hausse de l’inflation en décembre a été compensée par une baisse de 13,8 % du coût de l’essence, selon Statistique Canada, l’offre excédentaire de pétrole brut à l’échelle mondiale ayant fait baisser les prix.
Selon M. Grantham, la distorsion due à l’exonération fiscale était prévisible, mais la hausse des coûts de transport le mois dernier a pris les prévisionnistes au dépourvu.
Si le coût du transport aérien a légèrement baissé d’une année sur l’autre, Statistique Canada souligne que les prix des billets d’avion ont bondi de 34,5 % par rapport à novembre, dépassant la hausse habituelle observée les années précédentes. Le coût des voyages organisés a également augmenté sur une base mensuelle, ce que Statistique Canada attribue à la hausse des prix des destinations américaines.
Vers un maintien du taux directeur?
Les chiffres de l’inflation pour décembre seront les derniers que la Banque du Canada examinera avant de prendre sa première décision de l’année sur les taux d’intérêt la semaine prochaine. La banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,25 % en décembre.
Selon LSEG Data & Analytics, les probabilités d’un maintien des taux le 28 janvier s’élevaient à 84 % lundi après-midi.
M. Grantham indique que, même si la hausse de l’inflation globale est inattendue, les signes que les principaux indicateurs de l’inflation sous-jacente se modèrent signifient qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer.
«Ce fut une petite surprise lorsque ce chiffre est apparu à l’écran, mais plus on l’examine, moins cette accélération et cette légère surprise à la hausse sont préoccupantes», analyse-t-il.
Leslie Preston, économiste à la Banque TD, affirme lundi dans une note à ses clients que l’inflation sous-jacente semble se maintenir au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la banque centrale, «mais qu’elle s’en rapproche beaucoup ces derniers mois».
«Dans l’ensemble, les données de décembre correspondent à nos prévisions d’une modération de l’inflation vers l’objectif de la banque au cours de l’année prochaine (…) alors que les domaines qui posaient problème par le passé, comme les loyers, continuent de se calmer», explique Mme Preston.
Doug Porter, économiste en chef de la BMO, précise dans une note que les progrès réalisés sur le front de l’inflation de base ne seraient pas suffisants pour justifier de nouvelles baisses de taux de la part de la Banque du Canada.
«Il faudrait une grave détérioration de l’économie et de nouveaux signes de ralentissement de l’inflation sous-jacente pour ouvrir à nouveau la voie à un nouvel assouplissement de la politique monétaire — nous n’en sommes tout simplement pas encore là», explique-t-il.
M. Grantham avance que la hausse de l’inflation en décembre semble être due à quelques éléments volatils, et que les signes de faiblesse dans d’autres secteurs de l’économie suggèrent que la Banque du Canada n’a pas besoin de baisser ni de relever son taux directeur.
La Banque CIBC prévoit que la banque centrale maintiendra ses taux à 2,25 % jusqu’à la fin de 2026.
«Nous avons vraiment besoin d’une politique (monétaire) inférieure au taux neutre, ou du moins au bas de cette fourchette neutre, pour nous aider à traverser cette période d’incertitude. Et les chiffres de l’inflation publiés aujourd’hui ne changent rien à cette situation», indique M. Grantham.
L’enquête de la Banque du Canada sur les perspectives des entreprises au quatrième trimestre, également publiée lundi, a montré que l’incertitude liée au commerce et les effets économiques généraux des droits de douane ont continué à peser sur la confiance au dernier trimestre de 2025.
Les entreprises ont toutefois largement fait état de perspectives de ventes plus optimistes qu’au début de l’année, lorsque les craintes liées aux droits de douane étaient plus prononcées.
Une autre enquête menée par la banque centrale auprès des consommateurs suggère que les prix élevés et l’incertitude commerciale continuent de préoccuper les Canadiens.
Les consommateurs ont le plus souvent cité les droits de douane comme le facteur qui, selon eux, influe sur l’inflation, bien que les répercussions commerciales aient été moins souvent mentionnées que dans les enquêtes du troisième trimestre.
La Banque du Canada, quant à elle, a déclaré que la répercussion des coûts liés aux droits de douane n’exerçait plus de pression à la hausse sur les décisions des entreprises en matière de prix.
Shelly Kaushik, économiste à la BMO, affirme dans une note publiée après la publication des enquêtes que, même si les prévisionnistes de la banque continuent de tabler sur un maintien des taux directeurs jusqu’en 2026, «les risques penchent vers un nouvel assouplissement si le pessimisme entraîne une détérioration des perspectives de croissance et un ralentissement de l’inflation».