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L’effet Trump pour le Canada n’est pas près de se dissiper, selon un rapport
A worker at The Pier, one of three restaurants in town, readjusts Canadian and American flags hanging outside the business, Monday, March 17, 2025, in Point Roberts, Wash. (AP Photo/Lindsey Wasson, File) Un nouveau rapport publié par le groupe Eurasia prévient qu’aucun autre pays ne sera aussi «profondément affecté» par les troubles politiques aux États-Unis que le Canada en 2026.
La société de gestion des risques affirme que la relation de longue date entre les deux pays «appartient désormais au passé» et que l’incertitude commerciale actuelle aura des répercussions sur l’économie canadienne.
«Les efforts systématiques déployés par (le président américain Donald) Trump pour démanteler les freins à son pouvoir et utiliser les rouages du gouvernement comme une arme contre ses ennemis politiques vont inévitablement remodeler non seulement les relations entre le Canada et les États-Unis, mais aussi l’économie canadienne et les relations des Canadiens avec le reste du monde», indique le rapport.
«Le défi pour Ottawa — et plus largement pour les entreprises canadiennes — sera de jouer à la fois la défense et l’attaque: gérer des États-Unis imprévisibles et peu fiables tout en se forgeant de nouveaux rôles dans un monde « G-Zero » de plus en plus instable», poursuit-il.
Le groupe Eurasia ajoute que les efforts du Canada pour diversifier son commerce et ses relations seront confrontés à de «puissants vents contraires» cette année, et que le pays devra gérer ses relations avec les États-Unis tout en en établissant de nouvelles avec d’autres pays.
Les relations entre le Canada et les États-Unis se sont détériorées en 2024 à la suite de l’élection du président Donald Trump et de ses menaces de faire du Canada un 51e État américain.
Au cours des mois qui ont suivi, M. Trump a imposé de multiples droits de douane au Canada, notamment des droits dévastateurs sur les secteurs de l’acier, de l’aluminium, de l’automobile et du bois d’œuvre.
Évoquant la récente opération militaire américaine au Venezuela visant à capturer le président Nicolas Maduro, le rapport indique que la volonté de Donald Trump de dominer l’hémisphère occidental «maintiendra le Canada sur la défensive». Il précise que le gouvernement de Mark Carney devra défendre la souveraineté canadienne tout en reconnaissant le degré de dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis.
Le rapport du groupe Eurasia indique également que le Canada était «à l’aise» avec ses liens étroits avec les États-Unis depuis des décennies, mais que ces relations ont changé et que les mesures prises par Washington pourraient faire des entreprises et des investisseurs canadiens des «dommages collatéraux».
Diana Fox Carney, épouse du premier ministre Mark Carney, est affiliée au groupe Eurasia, et le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, a travaillé avec ce groupe avant d’entrer en politique. Gerald Butts, vice-président d’Eurasia, a été conseiller officieux de M. Carney.
Un accord «ni tout à fait mort ni tout à fait vivant»
Le rapport indique que les actions de Donald Trump aux États-Unis pourraient conduire à une révolution politique nationale, ce qui remettrait en question les relations commerciales et de défense avec le Canada.
Il met en garde contre un «ACEUM zombie», en référence à l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui doit être révisé cette année. Le rapport prédit que l’accord ne sera pas officiellement renégocié, prolongé ou résilié, mais qu’il deviendra plutôt un «zombie, ni tout à fait mort ni tout à fait vivant».
M. Carney a fait campagne pour un nouvel accord commercial avec les États-Unis, mais a depuis déclaré qu’il ne le signerait pas s’il n’était pas avantageux pour les Canadiens.
Washington a cessé les négociations commerciales avec le Canada après que le gouvernement du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, eut diffusé une publicité aux États-Unis citant l’ancien président Ronald Reagan qui critiquait les droits de douane.
«La bonne nouvelle, c’est que les exemptions tarifaires pour les marchandises conformes à l’ACEUM maintiendront le libre-échange en vie, laissant le Canada (et le Mexique) avec des taux tarifaires américains effectifs moyens inférieurs à ceux de la plupart des autres pays», indique le rapport.
«La mauvaise nouvelle, c’est que Trump utilisera les droits de douane sectoriels sur des produits tels que les automobiles, l’acier et l’aluminium — des secteurs qu’il est déterminé à rapatrier aux États-Unis — comme moyen de pression dans des négociations interminables, où Washington cherchera à diviser pour mieux régner sur Ottawa et Mexico», ajoute-t-il.
Déstabilisation aussi en Europe
Alors que le Canada cherche à diversifier ses relations commerciales, Eurasia met en garde contre le fait que les pays européens sont divisés et confrontés à un environnement politique en mutation. Selon le groupe, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne «sont confrontés au mieux à une paralysie et au pire à une déstabilisation».
Il souligne aussi le risque d’«attaques hybrides» russes contre les Forces canadiennes afin de punir le Canada pour son soutien indéfectible à l’Ukraine.
«Si le réarmement de l’Europe offrira au Canada et aux entreprises canadiennes des occasions d’approfondir leurs liens stratégiques et commerciaux avec le continent, les pressions exercées sur les États membres de l’OTAN pour qu’ils réagissent aux provocations du président russe Vladimir Poutine risquent d’entraîner le Canada dans une crise entre l’OTAN et la Russie cette année», affirme-t-il.
Le rapport indique également que l’économie affaiblie de la Chine génère des produits bon marché qui, s’ils étaient accessibles au Canada, pourraient ruiner le secteur automobile et risquer d’aggraver les tensions avec les États-Unis.
Le rapport avertit aussi que toute tentative du Canada de réglementer l’intelligence artificielle pourrait se heurter à une opposition des États-Unis et des entreprises américaines qui sont largement à la pointe du développement de ces produits.
«Pourtant, une grande partie du potentiel de l’IA proviendra de modèles plus petits, plus légers et spécialement conçus, soit exactement le créneau dans lequel l’écosystème canadien de l’IA est en mesure de prospérer», indique le rapport.
«Si le Canada parvient à résister à la pression des États-Unis et à maintenir le financement nécessaire pour développer et retenir les talents en IA, la croissance future du secteur canadien n’aura aucune limite», fait-on valoir.
— Avec des informations fournies par David Baxter et Dylan Robertson.