Le Bureau de la concurrence enquête sur les politiques de prix annoncé minimal

La Presse Canadienne | 29 septembre 2026 | 05:00
Un client fait l’épicerie dans un magasin FreshCo à Brampton, en Ontario, le vendredi 5 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young

Le Bureau de la concurrence ouvre une enquête sur l’utilisation des politiques de prix annoncé minimal dans le secteur de l’épicerie, des règles qui peuvent empêcher les détaillants d’annoncer leurs prix les plus bas.

L’autorité de régulation examine si ces politiques rendent les aubaines plus difficiles à trouver, freinent la concurrence entre les épiciers et désavantagent les nouveaux magasins et les magasins à bas prix.

«Les consommateurs canadiens s’attendent à ce que les épiceries puissent annoncer leurs meilleures aubaines», précise Jeanne Pratt, commissaire de la concurrence par intérim, dans un communiqué publié lundi. 

«Nous craignons que les politiques qui les en empêchent puissent nuire à la concurrence entre les supermarchés et limiter les bas prix auxquels les consommateurs ont accès. À une époque où le coût des aliments demeure une préoccupation importante pour les Canadiens et Canadiennes, nous souhaitons connaître l’effet de ces politiques sur le prix des produits en épicerie et le choix des consommateurs.»

Le prix annoncé, et non réel

Les politiques de prix annoncé minimal fixent un seuil minimal au prix auquel les détaillants peuvent annoncer un produit, même s’ils peuvent toujours le vendre à un prix inférieur.

Dans le secteur du commerce de détail, les fournisseurs peuvent recourir à des règles relatives aux prix annoncés pour protéger l’image d’une marque ou pour aider les petits épiciers à rester compétitifs.

Le Bureau de la concurrence donne l’exemple fictif d’un fournisseur fixant un prix minimal annoncé de 2,99 $ pour un paquet de pâtes. Un épicier à bas prix pourrait le vendre à 1,99 $, mais ne pourrait pas annoncer ce prix inférieur, ce qui rendrait l’offre plus difficile à repérer pour les consommateurs et pourrait dissuader le détaillant de la proposer dès le départ.

«Les fournisseurs auront intérêt, pour diverses raisons, à maintenir une sorte de prix minimum pour leurs produits qui puisse faire l’objet d’une publicité», affirme Keldon Bester, directeur du groupe de réflexion Canadian Anti-Monopoly Project.

«Ces pratiques peuvent atténuer les signaux de prix qui stimulent la concurrence, en particulier pour les détaillants à bas prix, ajoute-t-il. Elles peuvent mener à une homogénéisation des prix.»

Le Bureau invite les acteurs du secteur et les consommateurs à lui transmettre des commentaires concernant le recours à ces politiques. 

Il précise que les informations reçues serviront à étayer son enquête et à éclairer son examen de la concurrence tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire canadienne.

En juin, l’agence a lancé une enquête sur la concurrence dans le secteur de l’épicerie, portant notamment sur d’éventuels problèmes liés à la production, à la transformation, au transport, à la distribution et à la fixation des prix.

Un choix des fournisseurs

Les politiques de prix annoncé minimal constituent une forme de maintien des prix, une pratique plus générale par laquelle les fournisseurs cherchent à influencer les prix auxquels les détaillants vendent ou annoncent leurs produits.

«Ce ne sont pas les détaillants, mais bien leurs fournisseurs qui fixent le prix minimal annoncé, et cela figure dans leurs contrats de vente, explique Mike von Massow, économiste alimentaire à l’Université de Guelph. C’est une exigence lorsqu’ils achètent certains produits.»

Cette pratique est plus couramment utilisée pour les marques reconnues ou haut de gamme que pour les produits de base, comme le lait ou les fruits et légumes, ajoute-t-il, en partie parce que le prix peut influencer la perception qu’ont les consommateurs de la qualité.

«Pour certains produits, un prix plus élevé est en fait plus favorable à la demande qu’un prix plus bas, en raison de cette perception de la qualité», ajoute M. von Massow.

Mais imposer un prix minimal annoncé peut se retourner contre les détaillants si les consommateurs sont prêts à changer de marque.

«Si vous dites à un épicier: “Vous ne pouvez pas offrir ce produit à un prix inférieur à celui-ci dans votre circulaire”, il peut alors proposer à la place un produit concurrent ou un produit de substitution», explique-t-il.

Un désavantage pour les indépendants

Par ailleurs, la Fédération canadienne des épiciers indépendants avertit que restreindre les prix minimaux annoncés pourrait avoir des conséquences imprévues.

Gary Sands, vice-président principal du groupe sectoriel, pointe que cette pratique peut protéger les épiciers indépendants, car les grandes chaînes disposent généralement d’un plus grand pouvoir de négociation pour obtenir des prix plus bas auprès des fournisseurs.

Sans prix minimaux annoncés, ajoute-t-il, les grands détaillants pourraient profiter de cet avantage pour proposer des prix que leurs concurrents plus petits ne pourraient pas égaler.

«C’est une course vers le bas, mais on ne nous invitera même pas à y participer, témoigne M. Sands. On se fera simplement écraser.»

Bien que la suppression des prix minimums puisse être plus avantageuse pour les consommateurs à court terme, M. Sands fait valoir qu’elle pourrait, à long terme, affaiblir la concurrence, faire grimper les prix et réduire le choix, en particulier dans les collectivités rurales et éloignées.