Droits de douane: l’ex-négociateur du Canada n’anticipe pas d’accord à court terme

La Presse Canadienne | 30 juin 2026 | 04:59
Steve Verheul, Canada's former chief trade negotiator, attends a Canada-U.S. relations meeting at the Ontario Investment and Trade Centre in Toronto on Friday, Jan. 31, 2025. THE CANADIAN PRESS/Chris Young

L’ancien négociateur en chef du Canada pour le commerce estime qu’Ottawa ne parviendra pas à conclure un accord sur les droits de douane avec Washington avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.

Steve Verheul a tout de même indiqué qu’il pourrait y avoir une occasion avant les élections de mi-mandat cet automne dans un contexte où l’administration Trump chercherait à obtenir des gains politiques.

«Si cela se produit, il y a une possibilité que les choses se concrétisent, a affirmé M. Verheul. Mais je pense qu’il est plus probable que les discussions se poursuivent au-delà des élections de mi-mandat, voire jusqu’à l’année prochaine.»

M. Verheul a dirigé les négociations pour le Canada lors de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) au cours du premier mandat du président américain Donald Trump. Il est aujourd’hui directeur de l’agence de relations publiques GT & Co.

Il s’est exprimé lundi lors d’un événement destiné aux clients de la Banque de Montréal, consacré aux perspectives commerciales à l’approche du 1er juillet, date à laquelle la révision de l’Accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) doit s’amorcer officiellement.

Alors que le Canada et le Mexique ont tous deux fait savoir qu’ils souhaitaient voir l’ACEUM renouvelé pour une nouvelle période de 16 ans, les États-Unis pourraient choisir de soumettre l’accord à des révisions annuelles renouvelables. Le président Donald Trump pourrait également invoquer une disposition lui permettant de se retirer de l’accord à tout moment avec six mois de préavis.

Le premier ministre Mark Carney a reconnu au début du mois que ce n’était «un secret pour personne» que le président américain n’était pas le plus grand partisan de l’ACEUM, mais il a souligné qu’il existait des secteurs spécifiques dans lesquels le Canada continuait à faire pression sur l’administration Trump pour qu’elle collabore avec Ottawa.

Doug Porter, économiste en chef chez BMO, a déclaré qu’il estimait «très faible» la probabilité que les États-Unis se retirent de l’accord.

M. Porter a reconnu que la croissance économique avait été pratiquement nulle au cours de l’année écoulée, les droits de douane américains ayant fait chuter les exportations canadiennes, mais il ne considère pas pour autant que le Canada est en récession.

Les prévisions de BMO, qui tablent sur une croissance économique difficile en 2026 avant un rebond en 2027, partent du principe que la politique tarifaire américaine restera globalement inchangée au cours de l’année à venir.

Bien que Donald Trump ait ouvertement évoqué la possibilité de se retirer de l’ACEUM, M. Verheul a souligné que le renouvellement de cet accord commercial bénéficiait d’un large soutien au sein de l’opinion publique américaine, des entreprises, des sénateurs et des membres du Congrès.

Il a également noté que l’ACEUM protège toujours la plupart des exportations canadiennes des droits de douane américains, ce qui est un signe encourageant indiquant que les États-Unis voient l’intérêt de le maintenir en vigueur.

Ce qui importe davantage pour le Canada, c’est de s’attaquer aux droits de douane sectoriels élevés imposés par les États-Unis sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et certaines autres matières premières, a-t-il déclaré.

M. Verheul a affirmé qu’aucune proposition pouvant être qualifiée de «bonne affaire» pour le Canada n’a été mise sur la table jusqu’à présent et il se demande si les accords signés par d’autres pays avec les États-Unis perdureront.

«Ces accords ont peu de chances de résister à l’épreuve du temps, car ils ne sont pas particulièrement solides», a-t-il soutenu.

MM. Verheul et Porter ont tous deux souligné qu’après un an de politique tarifaire menée par Donald Trump, les États-Unis sont en réalité le seul pays à s’appuyer fortement sur le protectionnisme, tandis que d’autres pays — dont le Canada — continuent de diversifier leurs relations commerciales afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Ces changements ont ouvert des perspectives pour de nombreux pays — et aucun plus que la Chine, a fait valoir M. Verheul.

«La Chine commence à réaliser des avancées significatives dans le commerce mondial, tandis que les États-Unis commencent à prendre un peu de retard», a-t-il soutenu.