Des pharmacies retirent toutes les boissons énergisantes de leurs tablettes

La Presse Canadienne | 7 mai 2026 | 07:00
Une employée retire des boissons énergisantes des tablettes de sa pharmacie à Lévis, le 6 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

L’Ordre des pharmaciens du Québec a sauté à pieds joints dans le débat sur les boissons énergisantes mercredi en recommandant de les retirer des pharmacies.

«La combinaison de psychostimulants et de boissons énergisantes caféinées présente des risques cardiovasculaires pouvant entraîner des conséquences graves, voire fatales», a-t-il écrit dans un communiqué. 

«Sachant que 23,9 % des adolescents (…) se sont vu prescrire ces médicaments, ce risque est particulièrement préoccupant. 

«Vendre ces boissons dans des lieux adjacents à ceux où ces jeunes viennent chercher leur médication représente une incohérence que nous ne pouvons ignorer», a-t-il poursuivi.

Les pharmacies Familiprix ont rapidement répondu à l’appel: elles ont annoncé mercredi matin «le retrait complet des boissons énergisantes de l’ensemble des pharmacies affiliées à son réseau», jusqu’à nouvel ordre.

Cette décision intervient «notamment à la suite des représentations formulées par l’Ordre des pharmaciens», ont-elles précisé.

«Les pharmaciens propriétaires affiliés à Familiprix sont très attentifs aux risques potentiels associés à la consommation de boissons énergisantes», a déclaré le président de Familiprix, Albert Falardeau. 

«Le dépôt d’une pétition à l’Assemblée nationale, appuyée par plus de 35 000 signataires, démontre que cet enjeu préoccupe les Québécois, tout comme il interpelle la communauté pharmaceutique», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, les succursales affiliées à Familiprix afficheront prochainement un message aux comptoirs de consultation des pharmacies afin d’encourager les patients à déclarer toute consommation de boissons énergisantes à leur pharmacien. 

«Cette initiative vise à sensibiliser la population face aux risques potentiels liés à la consommation de ces produits lors de la prise de certains médicaments», a-t-on expliqué.

Mercredi, l’Association des bannières et des chaînes de pharmacies du Québec a également demandé à Québec d’explorer l’idée d’imposer des critères d’âge pour l’accès aux boissons énergisantes, dans la foulée de la mort d’un adolescent.

Zachary Miron est décédé à l’âge de 15 ans alors qu’il était en ski à Morin-Heights avec sa classe. Le mélange entre le Red Bull qu’il avait bu et son médicament pour le TDAH a causé une arythmie qui a entraîné sa mort subite.

Depuis, ses parents mènent un combat pour faire interdire la vente de ces boissons aux mineurs. Ils sont appuyés notamment par les milieux de l’éducation et du sport au Québec.

Pétition + motion = loi?

La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a rappelé mercredi sa préoccupation pour «cet enjeu grandissant chez les jeunes». «Je salue le geste posé par l’Ordre des pharmaciens», a-t-elle écrit sur X.

«Mon équipe a échangé avec l’Ordre afin d’explorer différentes pistes d’action, notamment en matière de sensibilisation, et je suis heureuse de voir cette mobilisation autour d’un objectif commun de santé publique», a-t-elle ajouté.

Quelques heures plus tard, les parlementaires adoptaient à l’unanimité une motion demandant à l’Assemblée nationale de reconnaître les risques potentiels pour la santé des boissons énergisantes. 

Le texte demandait aussi de «prendre des mesures concrètes rapidement afin de mieux protéger les jeunes de moins de 16 ans, notamment en encadrant la vente et la distribution de boissons énergisantes».

Le député Guillaume Cliche-Rivard, de Québec solidaire (QS), a également déposé, mercredi matin, une pétition de 35 604 signatures réclamant l’interdiction de ces boissons aux moins de 16 ans.

«Depuis plusieurs mois, ce combat va de l’avant, mais là, il est temps que tout ça se concrétise en (…) loi. Il est temps qu’on adopte le projet de loi Zachary Miron. Je pense qu’on est rendus là», a-t-il déclaré en point de presse. 

«Le décès de Zachary, (…) il faut vraiment que ce soit un point de bascule. Les choses doivent changer maintenant. (…) On a besoin d’une loi», a ajouté à ses côtés la mère de Zachary, Veronica Martinez.

De son côté, l’Association canadienne des boissons (ACB) a dit «prendre acte» de la pétition déposée par QS. Elle s’oppose aux restrictions proposées, «car celles-ci ne reposent pas sur des bases solides d’un point de vue scientifique».

«Les boissons énergisantes ont une longue histoire de consommation sécuritaire tant au Canada qu’à l’échelle mondiale et sont strictement réglementées par Santé Canada», a déclaré par communiqué la présidente de l’ACB, Krista Scaldwell.

«Les ingrédients supplémentés présents dans les boissons énergisantes ont été étudiés et leur innocuité a été confirmée à maintes reprises, tant individuellement qu’en combinaison», a ajouté l’association.