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Artemis établit un record avant son survol de la face cachée de la Lune
Sur cette image extraite d'une vidéo fournie par la NASA, on aperçoit la Lune depuis une caméra extérieure au vaisseau spatial Orion, tandis que les astronautes d'Artemis II ont franchi la distance la plus éloignée jamais parcourue par des humains depuis la Terre, le lundi 6 avril 2026. (NASA via AP) Alors que les astronautes de la mission Artemis II ont établi un nouveau record en devenant les êtres humains à s’être le plus éloignés de la Terre lors d’un survol de la Lune, le Canadien Jeremy Hansen a déclaré qu’ils espéraient que d’autres iraient bientôt encore plus loin.
Ce survol de six heures est le point culminant du premier retour de la NASA autour de la Lune depuis l’ère Apollo, avec trois Américains et un Canadien à bord — une étape vers l’alunissage près du pôle sud lunaire dans seulement deux ans.
«Je suis époustouflé par ce qu’on peut voir à l’œil nu depuis la Lune en ce moment. C’est tout simplement incroyable, a raconté M. Hansen par radio avant le survol lunaire. Nous avons surtout choisi ce moment pour lancer un défi à cette génération et à la suivante; pour faire en sorte que ce record ne tienne pas longtemps.»
«C’est extraordinaire d’être sur la face cachée de la Lune (…) et de contempler la Terre», a déclaré M. Hansen, assurant à sa famille qu’il «serait bientôt de retour».
La mission Artemis II est historique pour le Canada, Jeremy Hansen étant le premier non-Américain à voler au-delà de l’orbite terrestre basse, a expliqué Tim Haltigin, scientifique principal à l’Agence spatiale canadienne, à La Presse Canadienne au siège de l’agence, à Longueuil.
M. Haltigin a salué le caractère et le leadership de M. Hansen.
«Il est incroyablement compétent — un pilote et un astronaute exceptionnel — mais ce qui le distingue vraiment, c’est sa personnalité», a-t-il affirmé, décrivant l’astronaute canadien originaire de London, en Ontario, comme un homme simple et respecté de ses collègues.
Également au siège de l’Agence spatiale canadienne, l’astronaute canadien David Saint-Jacques a souligné l’importance du rôle de Jeremy Hansen dans Artemis II, le qualifiant de grande source de fierté et de grande source de joie.
Il a déclaré que M. Hansen représente certaines valeurs canadiennes telles que la constance, la solidité et la fiabilité. Il a également salué la grande cohésion de l’équipage d’Artemis II.
M. Saint-Jacques a également souligné la contribution du Canada au programme spatial depuis des décennies, de la robotique à l’expertise scientifique. Il a souligné que Jeremy Hansen a pris la relève avec brio.
S’adressant aux jeunes Canadiens, M. Saint-Jacques les a exhortés à rêver grand, affirmant que l’exploration spatiale élargit les horizons et donne le droit de rêver.
Il a décrit le programme Artemis comme source d’inspiration et d’espoir et comme un formidable symbole de ce que peuvent accomplir les êtres humains en unissant leurs efforts.
David Saint-Jacques a fait remarquer que des programmes comme Artemis, avec leur diversité et leur collaboration internationale, montrent à la prochaine génération ce qui est possible lorsque des personnes travaillent vers un objectif commun.
Moins d’une heure avant le début du survol et des observations lunaires intensives, les quatre astronautes ont dépassé le record de distance de 400 171 kilomètres établi par Apollo 13 en avril 1970.
Ils ont continué leur route, s’éloignant toujours plus de la Terre. Avant la fin de la mission, le centre de contrôle s’attend à ce qu’Artemis II surpasse l’ancien record de plus de 6600 kilomètres.
Au cours de ce survol, les astronautes, répartis en équipes de deux, doivent se relayer pour faire des observations par le hublot de leur capsule spatiale — baptisée «Integrity» — tout en photographiant la Lune et en prenant des notes.
Alors qu’une équipe s’occupe des photos et des notes, les deux autres astronautes participent à une diffusion en direct pour décrire au monde entier ce que l’on peut voir depuis le vaisseau spatial.
Tim Haltigin a expliqué que combiner observations écrites et images est essentiel pour avoir une vision d’ensemble.
«Rien ne remplace l’œil humain pour distinguer les couleurs, les textures et les différentes caractéristiques», a-t-il dit.
M. Hansen et le commandant Reid Wiseman ont été les premiers à capturer des images de la surface lunaire, y compris des zones jamais vues auparavant par l’œil humain à la lumière du soleil.
Le pilote Victor Glover a déclaré lors de la diffusion en direct, organisée par la NASA à Houston, que MM. Hansen et Wiseman avaient remarqué que plus ils observaient la Lune, plus celle-ci leur semblait brune.
Pour améliorer la visibilité, l’équipage a tamisé l’éclairage de la cabine afin de réduire les reflets à l’intérieur du vaisseau spatial.
Plus tard, lors de la retransmission en direct, M. Wiseman a expliqué que la luminosité de la Terre était si intense que l’équipage avait recouvert un hublot de la capsule avec un chandail pour tenter de maintenir l’obscurité à l’intérieur.
«N’oubliez pas de profiter de la vue»
Les astronautes se sont réveillés au son de la voix du commandant d’Apollo 13, Jim Lovell, qui avait enregistré ce message deux mois seulement avant son décès en août dernier. «Bienvenue dans mon ancien quartier, a déclaré M. Lovell, qui avait également participé à la mission Apollo 8, la première visite de l’humanité sur la Lune. C’est un jour historique et je sais que vous allez être très occupés, mais n’oubliez pas de profiter de la vue.»
Ils ont emporté avec eux l’écusson en soie d’Apollo 8 qui avait accompagné M. Lovell sur la Lune, et l’ont exhibé à l’approche du survol décisif. «C’est vraiment un immense honneur de l’avoir à bord avec nous, a déclaré M. Wiseman. Allons passer une belle journée.»
Artemis II utilise la même manœuvre qu’Apollo 13 après que l’explosion du réservoir d’oxygène, qui a donné naissance au célèbre «Houston, nous avons un problème», eut anéanti tout espoir d’alunissage.
Connue sous le nom de trajectoire lunaire à retour libre, cette route sans escale pour atterrir tire parti de la gravité de la Terre et de la Lune, réduisant ainsi les besoins en carburant. Il s’agit d’un huit céleste qui mettra les astronautes sur la voie du retour, une fois qu’ils auront émergé de derrière la Lune lundi soir.
MM. Hansen, Wiseman, Glover et Christina Koch devaient passer à une distance de 6550 km de la Lune alors que leur capsule Orion la frôlait, avant d’effectuer un demi-tour pour revenir vers la Terre. Il leur faudra quatre jours pour rentrer, et leur vol d’essai s’achèvera vendredi par un amerrissage dans le Pacifique.
Leur vitesse prévue au moment de l’approche la plus près de la Lune est de 5052 kilomètres/heure.
M. Wiseman et son équipage ont passé des années à étudier la géographie lunaire pour se préparer à ce grand événement, ajoutant les éclipses solaires à leur répertoire au cours des dernières semaines. En décollant mercredi dernier, ils se sont assurés de pouvoir observer une éclipse solaire totale depuis leur point d’observation derrière la Lune, grâce au cosmos.
En tête de leur liste d’objectifs scientifiques: le bassin Orientale, un vaste bassin d’impact comportant trois anneaux concentriques, dont le plus extérieur s’étend sur près de 950 kilomètres.
Autres sites à visiter: les sites d’atterrissage des missions Apollo 12 et 14, respectivement de 1969 et 1971, ainsi que les abords de la région polaire sud, lieu privilégié pour de futurs alunissages. Plus loin, Mercure, Vénus, Mars et Saturne — sans parler de la Terre — seront visibles.
Leur mentor lunaire, la géologue de la NASA Kelsey Young, s’attend à des milliers de photos.
«Les gens du monde entier se sentent proches de la Lune. C’est quelque chose que chaque personne sur cette planète peut comprendre et avec lequel elle peut s’identifier», a-t-elle déclaré à la veille du survol, arborant des boucles d’oreilles en forme d’éclipse.
Artemis II est la première mission lunaire habitée de la NASA depuis Apollo 17 en 1972. Elle prépare le terrain pour Artemis III l’année prochaine, au cours de laquelle un autre équipage d’Orion s’entraînera à s’arrimer avec des modules lunaires en orbite autour de la Terre. Le point culminant de la mission, l’alunissage de deux astronautes près du pôle sud de la Lune, aura lieu lors d’Artemis IV en 2028.
Si Artemis II suit peut-être la trajectoire d’Apollo 13, elle rappelle surtout Apollo 8 et les premiers visiteurs lunaires de l’humanité qui ont orbité autour de la Lune la veille de Noël 1968 et lu un passage du Livre de la Genèse.
M. Glover a déclaré que voler vers la Lune pendant la semaine sainte chrétienne lui avait fait prendre conscience de «la beauté de la création». La Terre est une oasis au milieu de «tout ce néant, cette chose que nous appelons l’univers», où l’humanité existe comme une seule entité, a-t-il observé ce week-end.
«C’est l’occasion pour nous de nous rappeler où nous sommes, qui nous sommes, que nous sommes tous pareils et que nous devons traverser cette épreuve ensemble», a lancé M. Glover en serrant la main de ses coéquipiers.