Des agriculteurs demandent à Hydro-Québec de suspendre son appel d’offres éolien

La Presse Canadienne | 26 mars 2026 | 12:47
Une éolienne du parc éolien KEMONT Montérégie de Kruger Energy, situé sur la Rive-Sud de Montréal, le vendredi 24 octobre 2025. Ce parc éolien, mis en service en 2012, comprend 44 éoliennes d'une capacité installée de 100 MW, achetée par Hydro-Québec. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Des agriculteurs, des élus municipaux et des travailleurs d’Hydro-Québec unissent leurs voix pour dénoncer les projets d’implantation d’éoliennes en terres agricoles et demandent à Hydro-Québec de suspendre son appel d’offres éolien prévu au début du mois d’avril.

Les terres agricoles n’occupent que 2 % du territoire québécois et, pour l’Union des producteurs agricoles (UPA), ces terres ne doivent pas servir à l’implantation de projets éoliens.

«On est ici pour dénoncer l’incursion éminente de plusieurs centaines d’éoliennes au cœur de la zone productive des zones agricoles, qui est un véritable pilier de notre garde-manger collectif», a lancé le président général de l’UPA, Martin Caron, jeudi matin lors d’une conférence de presse à Longueuil.

Hydro-Québec compte ajouter 10 000 mégawatts (MW) de nouvelle capacité éolienne d’ici 2035 et «l’appel d’offres 2026 cible un potentiel de 5000 MW presque entièrement en zone agricole», a dénoncé M. Caron.

En réponse aux préoccupations de groupes réunis jeudi à la maison de l’UPA à Longueuil, une porte-parole d’Hydro-Québec, Audrey St-Pierre, a indiqué que «l’énergie éolienne peut cohabiter avec l’agriculture et son empreinte sur le territoire agricole est très limitée».

L’appel d’offres à venir pourrait impliquer «l’utilisation de 300 hectares tout au plus, alors que le territoire agricole se calcule en millions d’hectares», a répondu Audrey St-Pierre.

Des appels d’offres au privé

Hydro-Québec prévoit lancer un nouvel appel d’offres pour des projets d’énergie éolienne dans les prochaines semaines. 

Plusieurs secteurs au sud du fleuve Saint-Laurent ont été ciblés comme ayant le potentiel d’accueillir un parc éolien d’ici 2035.

Dans le cadre de sa nouvelle stratégie éolienne, Hydro-Québec est le maître d’œuvre pour les projets de grande envergure, mais permet aussi des développements de «taille standard» en procédant par des appels au marché.

«Le gouvernement et Hydro-Québec font preuve de négligence en confiant au privé l’évaluation des impacts sociaux et environnementaux, laissant la recherche de profit primer sur les risques», a dénoncé jeudi Janie Vachon-Robillard, de l’organisation Regroupement vigilance énergie Québec (RVÉQ).

Son groupe, ainsi que des représentants de l’UPA, du Syndicat canadien de la fonction publique – Québec (SCFP-Québec) et de Vent d’élus ont demandé à Hydro-Québec, jeudi lors de la conférence de presse, de suspendre son appel d’offres éolien.

Demande d’un BAPE générique

Le regroupement d’organisations demande aussi au gouvernement de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour réaliser une analyse générique de la filière éolienne.

«On nous répond souvent qu’on n’a pas besoin de ce BAPE générique parce qu’on fait des BAPE spécifiques pour chaque projet. Mais c’est justement ça le problème, parce que quand on évalue chaque projet à la pièce, on occulte les effets cumulatifs», a indiqué Rachel Fahlman, présidente de Vent d’élus.

«Le développement éolien au Québec s’est fait, et continue de se faire, sans obtenir le consentement des centaines de milliers de personnes en milieu rural qui en subiront les nuisances», a-t-elle ajouté.

Une douzaine de secteurs

La société d’État a identifié 12 secteurs pouvant accueillir de la nouvelle production éolienne pour une mise en service entre 2031 et 2035. Elle a rendu publique récemment une cartographie qui présente les postes électriques à proximité desquels les futurs parcs pourraient prendre racine.

Plusieurs des endroits identifiés sont situés en Montérégie, tels que La Prairie, Varennes—Contrecoeur et Huntington—Châteauguay et Coteau-du-Lac—Valleyfiled.

Toujours dans le sud de la province, les postes des Cantons, près de Sherbrooke, de Nicolet, au Centre-du-Québec, ainsi que des Appalaches et de Lotbinière, dans Chaudière-Appalaches, figurent aussi dans la liste.

Pour obtenir le feu vert, les projets devront être appuyés par les municipalités concernées.

«Effectivement, ça prend une résolution d’appui des municipalités pour que les projets aillent de l’avant. Mais il y a un conflit parce que d’un côté, les municipalités cherchent des revenus et, de l’autre côté, il y a des enjeux environnementaux et sociaux», a expliqué Rachel Fahlman.

Selon elle, le sujet divise des communautés, entre ceux qui acceptent d’installer des éoliennes sur leur terrain en échange de rémunération, et les autres, qui en subissent les inconvénients, comme le bruit et l’impact visuel dans le paysage.

Elle souhaiterait que les citoyens se prononcent sur le sujet par voie de référendum. 

De son côté, l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER), qui rassemble plusieurs entreprises qui développent le secteur éolien, se dit «consciente des inquiétudes» des agriculteurs.

«Mais en même temps, vous savez, il y a une augmentation de la demande d’électricité au Québec» et «l’objectif est de limiter le plus possible les impacts sur le territoire», a commenté Luis Calzado, président-directeur général de l’association.

Il a rappelé qu’il ne faut pas enfermer le débat dans «un faux choix entre la protection des terres agricoles et la transition» énergétique.

«Dans un Québec qui vise la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % d’ici 2035 et la carboneutralité d’ici 2050, il serait incohérent d’écarter d’emblée une filière qui contribue directement à ces objectifs», a fait valoir l’AQPER dans un communiqué.