Le troisième lien provoque des flammèches au débat entre Fréchette et Drainville

La Presse Canadienne | 21 mars 2026 | 15:00
Christine Frechette, candidate à la direction de la CAQ (à gauche), prend la parole tandis que son rival Bernard Drainville baisse les yeux, lors d'un débat sur la direction de la Coalition Avenir Québec à Québec, le samedi 21 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Le troisième lien a provoqué des flammèches au premier vrai débat de la course à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ). Christine Fréchette a accusé son rival de défendre un tracé que personne ne veut pour satisfaire son «ego». Bernard Drainville a rétorqué que son adversaire devrait jouer franc jeu et dire qu’elle ne voulait pas vraiment réaliser le projet. 

«Si on résume: moi, je le fais et Christine le met sur la glace parce qu’elle pose tellement de conditions qu’il ne se fera pas», a lancé Bernard Drainville.

Christine Fréchette propose un projet de troisième lien plus à l’est que le corridor actuel en partenariat avec le privé. 

«J’ai appelé les gens pour les consulter et rapidement, je me suis fait dire qu’il n’avait jamais été appelé, même à Lévis. (…) Quand j’ai fait ces appels-là, j’ai réalisé une chose, c’est que personne n’appuie le tracé que tu mets de l’avant. Alors c’est important qu’on les entende, ces gens-là. Le tracée, on le choisit pour eux, pour les gens qui sont ici, pas pour toi, pas pour ton ego», a rétorqué Christine Fréchette. 

Une pique que n’a visiblement pas appréciée son adversaire. «Christine, je ne pense pas que c’est une bonne idée de rentrer dans les attaques personnelles. Je pense qu’on doit rester respectueux parce qu’on va devoir travailler tout le monde ensemble par la suite», a répliqué Bernard Drainville.

Questionnée sur le sujet après le débat, Mme Fréchette a admis qu’il s’agissait d’une «attaque un peu plus personnelle», mais qu’elle avait aussi «beaucoup d’arguments» pour défendre sa position. 

«J’essaie de m’expliquer pourquoi il persévère dans cette volonté-là d’avoir le tracé dans le corridor central (…) Les gens veulent une boucle plus à l’est», a-t-elle soutenu. 

Gaz de schiste

Bernard Drainville a placé Christine Fréchette sur la défensive sur la question de l’exploitation des gaz de schiste. 

L’ancienne ministre de l’Économie veut relancer le débat sur le sujet. À l’inverse, son adversaire y est farouchement opposé. 

«Je suis pour l’exploitation des ressources naturelles, mais d’une manière responsable. Et la fracturation hydraulique, c’est non ! Si vous me demandez de choisir entre l’eau et le gaz, je vais toujours choisir l’eau», a lancé Bernard Drainville. 

«La proposition que j’ai faite, c’est d’en discuter, d’en débattre. Parce que le contexte a énormément changé ces derniers mois, même ces derniers jours, on pourrait dire, avec le conflit en Iran», a répondu Christine Fréchette. 

Elle assure que «l’acceptabilité sociale» et les «normes environnementales» seront prises en compte. 

Diminuer le conseil des ministres

Les deux candidats s’entendent sur l’idée qu’il faut réduire la bureaucratie et augmenter l’efficacité de l’État. 

D’ailleurs, Bernard Drainville a dit qu’il voulait montrer l’exemple en diminuant la taille du conseil des ministres à 20 membres. Il a toutefois refusé de dire quels ministres seraient écartés. «On a des réflexions, mais on va attendre la fin de la course», a-t-il simplement répondu. 

Christine Fréchette souhaite aussi réduire la taille du conseil, mais elle ne s’est pas avancée sur un chiffre précis. 

Elle a assuré que si elle remportait la course, Bernard Drainville aurait une place autour de la table du conseil des ministres. Pour sa part, son rival a promis de nommer Christine Fréchette vice-première ministre s’il devenait chef de la CAQ.  

«Il faut que l’État devienne un employeur normal»

Bernard Drainville a réitéré sa promesse «de mettre fin à la permanence à vie pour les fonctionnaires».

«Il faut que l’État devienne un employeur normal. Je pense que, pour certains, ça va être beaucoup plus stimulant, justement, de vivre dans un environnement de travail où la compétence et la performance sont davantage valorisées», a-t-il affirmé 

Christine Fréchette s’oppose à cette idée, arguant qu’elle injecterait «beaucoup d’arbitraires dans la fonction publique». 

Pour sa part, elle souhaite que la fonction publique soit «plus imputable». 

«Il faut faire en sorte que les hauts fonctionnaires, par exemple, aient des objectifs clairs et nets à rencontrer», a-t-elle soutenu. 

Elle n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que son rival s’était battu pour garder sa propre permanence à Radio-Canada. 

Les deux candidats en ont aussi profité pour faire la liste de leurs propositions sur les différents thèmes du débat: l’économie, les finances publiques, les infrastructures, le transport, les régions ainsi que les relations avec le Canada et les États-Unis.

Duranceau appuie Fréchette

Juste avant le début de l’événement, la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, a donné son appui à Christine Fréchette.

«Nous partageons aussi une même vision d’un État plus efficace, concentré sur ses missions essentielles. Un État qui utilise pleinement ses leviers, notamment les contrats publics, pour soutenir nos PME, notre économie, a-t-elle écrit sur X, samedi matin.  

C’était le premier débat dans la course pour succéder à François Legault. Le deuxième aura lieu la semaine prochaine à Laval. 

Les membres de la CAQ avaient eu droit à une première rencontre entre les deux candidats lors d’une période de questions-réponses organisée par les jeunes caquistes et animée par Dimitri Soudas.

Environ 300 personnes ont assisté au duel qui s’est déroulé à l’Espace Saint-Grégoire, une église désacralisée qui a été convertie en salle de réception.

La CAQ compte un peu moins de 20 600 membres qui pourront choisir leur prochain chef.

La date limite pour devenir membre et avoir le droit de vote pour la chefferie était le 13 mars.