La femme qui accuse Ouellet d’inconduite n’a pas diffamé le religieux, dit son avocat

La Presse Canadienne | 11 mars 2026 | 04:59
Paméla Groleau, à droite, marche devant son équipe lors d'une pause au palais de justice de Montréal, le jeudi 5 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

La femme qui a accusé le cardinal Marc Ouellet d’inconduite sexuelle n’a pas diffamé le religieux, a déclaré mardi son avocat au tribunal de Montréal, ajoutant que toute déformation de l’affaire dans les médias n’était pas la faute de la plaignante.

Les allégations de Paméla Groleau sont vraies, a soutenu Justin Wee dans ses conclusions lors du procès en diffamation intenté par Mgr Ouellet devant la Cour supérieure. 

Elle n’a jamais sollicité les journalistes et n’avait aucun contrôle sur ce qu’ils rapportaient, selon Me Wee.

Mgr Ouellet a intenté une action en diffamation de 100 000 $ contre Mme Groleau après qu’elle l’ait nommé dans une action collective de 2022 alléguant des abus sexuels commis par des membres du diocèse de Québec.

Mme Groleau a avancé que le cardinal l’a touchée sans son consentement à trois reprises entre 2008 et 2010, alors qu’elle suivait une formation ou travaillait comme agente pastorale laïque pour l’Église catholique.

Le cardinal nie ces allégations et n’a jamais été inculpé pour un crime en rapport avec quoi que ce soit dans l’action collective, qui comprenait 101 victimes présumées qui ont accusé environ 88 prêtres ou membres du personnel diocésain de divers types d’inconduite.

L’une des avocates de Mgr Ouellet, Dominique Ménard, a conclu ses plaidoiries lundi en affirmant que le témoignage de Mme Groleau était incohérent et manquait de crédibilité.

Me Wee a répliqué le lendemain, affirmant que Mme Groleau n’avait jamais changé la chronologie des événements qu’elle avait décrits. Il a rappelé que Mme Groleau avait d’abord rapporté ses allégations de manière anonyme en 2008 à un comité consultatif de l’Église.

Me Ménard a indiqué que les articles de presse publiés au moment où l’action collective avait été déposée en 2022 avaient regroupé les accusations de Mme Groleau avec celles portées contre d’autres membres du clergé, y compris des personnes liées à des affaires de pédophilie, sans préciser que Mgr Ouellet ne faisait pas partie de ces affaires.

L’avocat de Mme Groleau a soutenu que ce n’était pas une faute imputable à sa cliente.

Me Wee a commenté le témoignage de Mgr Ouellet du 2 mars, lorsque le clerc a fait valoir que l’accent mis par les médias sur les allégations avait été déformé et lui avait causé du stress. 

L’avocat a suggéré que ce que le cardinal considérait comme diffamatoire était lié à des associations erronées avec la pédophilie plutôt qu’à quoi que ce soit que Mme Groleau avait allégué.

Me Wee a aussi fait valoir que l’impact sur la réputation de Mgr Ouellet était limité. Il a également affirmé que Mme Groleau n’avait jamais eu l’intention de nuire au cardinal, soulignant qu’avant de se joindre à l’action collective, elle avait écrit une lettre officielle à l’ancien pape François en 2021 pour lui faire part de ses allégations, dans l’espoir que le souverain pontife mène une enquête.

En 2022, le pape François avait annoncé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour ouvrir une enquête officielle de l’Église sur les allégations de Mme Groleau. 

Retour sur deux autres témoignages

Me Wee a également demandé au juge Martin Castonguay de conserver les preuves présentées au procès par Mélissa Trépanier et Marie-Louise Moreau, deux femmes qui ont accusé le cardinal de comportement inapproprié.

Me Ménard a demandé lundi au juge de ne pas tenir compte des deux témoignages, qualifiant le récit de Mme Moreau d’irrecevable et celui de Mme Trépanier de subjectif.

Pour sa part, Me Wee a mentionné que le témoignage de cette femme était important pour mettre en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées les victimes qui dénoncent des actes répréhensibles au sein de l’Église.

Mme Moreau a témoigné la semaine dernière qu’en 1992, Mgr Ouellet s’était approché derrière elle alors qu’elle préparait des objets pour la messe à Montréal. Elle a raconté qu’il avait posé ses mains de chaque côté d’elle et aurait frotté son bassin contre elle.

Mme Trépanier a témoigné qu’en 2014, Mgr Ouellet aurait glissé un billet de 50 $ dans le devant de son pull et qu’elle avait senti sa main à l’intérieur de son chemisier. Elle a décrit cette rencontre comme un abus de confiance et un abus de pouvoir.

Lors du contre-interrogatoire lundi, Mgr Ouellet a déclaré qu’il n’avait aucun souvenir d’avoir parlé à Mme Moreau.

L’avocate de Mgr Ouellet a avancé que la relation entre Mme Trépanier et le cardinal n’était pas de nature sexuelle. Mme Trépanier a expliqué lors de son témoignage qu’elle connaissait M. Ouellet depuis environ dix ans, depuis l’époque où elle participait à des activités pour les jeunes de l’église, et qu’elle le considérait comme une figure paternelle spirituelle.

Mmes Trépanier et Moreau, tout comme Mme Groleau, ont accepté que leurs noms soient publiés, renonçant à l’interdiction de publication qui s’applique habituellement dans les affaires impliquant des allégations d’agression sexuelle.

Les deux parties ayant conclu leurs plaidoiries mardi, le juge Castonguay a déclaré qu’il rendrait sa décision à une date ultérieure.