Deux femmes témoignent de comportements inappropriés du cardinal Ouellet

La Presse Canadienne | 7 mars 2026 | 07:00
Quebec Cardinal Marc Ouellet, right, walks with one of his lawyers during a break at the courthouse in Montreal on Thursday, March 5, 2026. THE CANADIAN PRESS/Christinne Muschi

Deux femmes ont témoigné vendredi avoir été victimes de comportements inappropriés de la part du cardinal Marc Ouellet. L’une d’elles a déclaré à la cour s’être sentie «prisonnière» lors d’une rencontre en 1992.

Marie-Louise Moreau a affirmé que Mgr Ouellet s’était approché derrière elle alors qu’elle préparait les objets pour une messe dans une église de Montréal, qu’il avait posé ses mains de chaque côté de son corps et aurait frotté son bassin contre ses fesses.

Mme Moreau, âgée de 84 ans, était témoin au procès civil intenté devant la Cour supérieure contre Paméla Groleau, poursuivie en diffamation par Mgr Ouellet après que Mme Groleau l’eut nommé dans une action collective lancée en 2022, alléguant des inconduites sexuelles de membres du diocèse de Québec.

Mgr Ouellet a nié avoir agi de manière inappropriée et a intenté un procès en diffamation de 100 000 $ contre Mme Groleau. Il a affirmé qu’elle avait porté atteinte à sa réputation, à son honneur et à sa dignité.

Mme Moreau a dit au tribunal qu’après s’être dégagée de l’emprise de Mgr Ouellet, elle s’était enfuie de l’immeuble. Elle a affirmé n’être jamais retournée dans les endroits où elle pensait le croiser et qu’elle traversait la rue quand elle devait passer devant l’immeuble par crainte de le rencontrer.

Elle a indiqué n’avoir parlé de cet événement à personne avant 2023, après que Mme Groleau eut publiquement accusé le cardinal d’inconduite, dans le cadre d’une action collective intentée en 2022 contre le diocèse de Québec et des dizaines de ses membres du clergé et laïcs.

Mme Groleau a précédemment déclaré au tribunal que Mgr Ouellet l’avait touchée sans son consentement à trois reprises, notamment une fois en 2010 où il aurait glissé sa main le long de son dos jusqu’au haut de ses fesses.

Lors du contre-interrogatoire, elle a affirmé que ce dernier événement était le seul qu’elle considérait comme une agression sexuelle.

Les allégations contenues dans l’action collective n’ont pas été examinées par les tribunaux et Mgr Ouellet n’a jamais été accusé d’un crime en lien avec les allégations de Mme Groleau.

Mme Moreau a rapporté au tribunal vendredi que sa conscience l’avait poussée à parler après que Mme Groleau eut rendu l’affaire publique. 

Plus tard vendredi, le tribunal a entendu le témoignage d’une femme qui a décrit comment Mgr Ouellet aurait glissé un billet de 50 $ dans le devant de son chandail en 2014.

La femme, Mélissa Trépanier, a dit que l’incident s’était produit à la fin d’une rencontre entre elle, son petit ami et Mgr Ouellet, au cours de laquelle elle avait discuté de difficultés financières.

Mme Trépanier a déclaré qu’elle avait immédiatement saisi la main de Mgr Ouellet pour tenter de l’arrêter lorsqu’elle a senti sa main sous son chandail.

Elle a dit avoir été paralysée et que, lorsqu’elle a pris la main de Mgr Ouellet, il l’a enfoncée plus bas, jusqu’à ce qu’elle se retrouve entre ses seins.

Mme Trépanier a raconté que son premier réflexe avait été de frapper Mgr Ouellet, mais qu’elle s’était retenue en raison de son âge. Elle a précisé qu’elle connaissait Mgr Ouellet depuis une dizaine d’années, depuis l’époque où elle participait aux activités de jeunesse de son église et qu’elle le considérait comme une figure paternelle spirituelle. Elle a dit avoir vu cet acte comme une trahison, un abus de pouvoir et une atteinte à sa vie privée. 

Mme Trépanier a confié avoir été profondément bouleversée par cette rencontre et s’être demandé s’il avait agi de la même manière avec d’autres personnes. Elle a affirmé avoir pensé à tous les jeunes qu’il fréquente et avoir eu peur. 

Mmes Trépanier et Moreau, tout comme Mme Groleau, ont accepté que leurs noms soient publiés, renonçant ainsi à l’ordonnance de non-publication habituellement appliquée dans les affaires d’agression sexuelle.

L’avocate de Mgr Ouellet s’est opposée aux témoignages des deux femmes, arguant qu’ils portaient sur des «faits similaires» et non sur le cas précis. Le juge Martin Castonguay a autorisé la poursuite des témoignages, mais a indiqué qu’il statuerait ultérieurement sur leur admissibilité.

L’avocate Dominique Ménard a indiqué vendredi soir qu’elle comptait faire témoigner à nouveau Mgr Ouellet afin qu’il commente certains éléments du témoignage avant les plaidoiries finales. Mgr Ouellet avait déjà abordé le récit de Mme Trépanier plus tôt dans le procès, qualifiant l’incident des 50 $ d’erreur maladroite de sa part.

À la demande de Mme Trépanier, Mgr Ouellet était assis dans la salle d’audience vendredi pendant son témoignage, au lieu de se tenir à côté de ses avocats comme à son habitude, afin d’éviter qu’il ne soit dans son champ de vision.