Une femme ayant accusé Mgr Ouellet d’agression témoigne dans un procès en diffamation

La Presse Canadienne | 6 mars 2026 | 05:00
Quebec Cardinal Marc Ouellet, centre, arrives with his lawyers at the courthouse in Montreal on Thursday, March 5, 2026. THE CANADIAN PRESS/Christinne Muschi

La femme poursuivie pour diffamation par le cardinal québécois Marc Ouellet a témoigné jeudi au palais de justice de Montréal pour réitérer ses allégations d’inconduite à son égard.

Paméla Groleau a déclaré devant la Cour supérieure qu’elle avait l’impression que le cardinal Ouellet la recherchait systématiquement chaque fois qu’ils participaient ensemble à un événement.

Elle a affirmé avoir eu la sensation qu’il y avait un projecteur braqué sur elle, qui attirait Mgr Ouellet vers elle pour la saluer, l’embrasser et lui toucher le dos. 

Elle accuse le cardinal Ouellet de l’avoir touchée sans son consentement à trois reprises entre 2008 et 2010, alors qu’elle suivait une formation ou travaillait comme agente pastorale laïque pour l’Église.

Mme Groleau a précisé que le premier incident s’est produit à la fin de 2008 lors d’un événement. Alors qu’elle était assise à une table pour dîner, le cardinal Ouellet l’aurait approchée par derrière et aurait commencé à lui masser vigoureusement les épaules pendant trois à cinq minutes. Mme Groleau a dit s’être figée, puis s’être retournée et avoir vu qu’il s’agissait de Mgr Ouellet. Ce dernier lui a souri, lui a tapoté brièvement le dos et est parti.

Lors d’un autre événement, Mme Groleau a affirmé que Mgr Ouellet lui avait pris les mains et avait maintenu son emprise «un long moment», avant de lui murmurer à l’oreille pour lui demander son nom.

Le dernier incident présumé remonte à 2010, lors d’une célébration de l’ordination d’un prêtre. Mgr Ouellet aurait alors glissé sa main le long de son dos jusqu’au haut de ses fesses et l’y aurait laissée pendant «plusieurs secondes». Mme Groleau a dit avoir été paralysée. 

Elle a précisé avoir quitté l’événement peu après. Par la suite, elle a expliqué avoir évité d’assister aux mêmes événements que Mgr Ouellet.

Dans le contre-interrogatoire, Mme Groleau a déclaré que ce dernier incident, au cours duquel Mgr Ouellet lui aurait touché le haut des fesses, était le seul qu’elle considérait comme une agression sexuelle.

Aucune accusation criminelle n’a été portée contre Mgr Ouellet en lien avec ses allégations.

Ces allégations ont émergé en 2022 dans le cadre d’une action collective plus vaste intentée contre l’archidiocèse de Québec et des dizaines de ses membres du clergé et laïcs. Elles n’ont pas encore été examinées par les tribunaux.

En réponse, Mgr Ouellet a intenté une contre-poursuite en diffamation de 100 000 $ contre Mme Groleau, l’accusant d’avoir porté atteinte à sa réputation, à son honneur et à sa dignité.

Il a nié tout comportement inapproprié envers elle ou quiconque et a affirmé que ses allégations le mettaient injustement dans le même sac que les personnes accusées d’actes répréhensibles, tels que la pédophilie.

Des détails questionnés 

Mgr Ouellet, vêtu d’un costume noir et d’un col romain, était assis à côté de ses avocats et semblait parfois fermer les yeux pendant le témoignage de Mme Groleau.

Interrogée par l’un des avocats de Mgr Ouellet, Mme Groleau a confirmé que les incidents allégués s’étaient tous produits lors d’événements organisés en présence d’autres personnes et qu’elle ne s’était jamais retrouvée seule avec le cardinal.

Elle a également reconnu que les événements de 2008 figuraient parmi les premiers auxquels elle avait assisté et que la culture de l’organisation lui était nouvelle.

Des témoins cités par l’avocat de Mgr Ouellet ont témoigné cette semaine que Mgr Ouellet saluait de nombreuses personnes lors de ces événements et qu’il était courant de se serrer dans les bras, de s’échanger des baisers ou de se serrer la main lors des activités de l’église.

Mme Groleau a également dit à l’avocat de Mgr Ouellet que, même si le massage d’épaules que Mgr Ouellet lui aurait prodigué lui avait semblé durer entre trois et cinq minutes, il aurait pu être plus court.

Mme Groleau a expliqué au tribunal qu’elle avait été incitée à témoigner après avoir suivi deux formations sur les agressions sexuelles en 2019 dans le cadre de ses fonctions d’employée civile des Forces armées canadiennes.

Elle a précisé avoir initialement fait part de son histoire à un comité de l’église, sans toutefois nommer personne et sans avoir l’intention de porter plainte officiellement.

Elle a dit avoir finalement contacté les avocats de l’action collective et avoir décidé de rendre son nom public en 2023, se sentant menacée par les tentatives de réduction au silence de certains membres de l’Église.

À plusieurs reprises au cours de l’audience, le juge Martin Castonguay a interrompu l’avocat de Mme Groleau, Alain Arsenault, pour lui rappeler que l’audience ne portait pas sur des allégations plus générales visant l’Église.

Mme Groleau a également été longuement interrogée sur les détails de son témoignage, notamment sur le nombre de ses rencontres avec Mgr Ouellet et sur son affirmation selon laquelle elle se sentait «suivie» par lui.

Mme Groleau a indiqué ne pas se souvenir précisément de certaines dates et de certains détails. Le juge l’a également avertie de s’en tenir aux faits lorsqu’elle a commencé à évoquer un événement qui n’était pas mentionné dans la poursuite.