Troisième lien: Fréchette émet des doutes sur le tracé choisi par son gouvernement

La Presse Canadienne | 6 février 2026 | 16:01
Christine Frechette, s'exprime lors d'une conférence de presse à Trois-Rivières, au Québec, le dimanche 25 janvier 2026, où elle a annoncé qu'elle se présenterait à la direction de la Coalition Avenir Québec (CAQ). LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes

Tout en maintenant le suspense, la candidate à la succession de François Legault, Christine Fréchette, s’avance un peu plus sur le troisième lien. Elle émet des réserves sur le corridor central choisi par son gouvernement et en profite pour répliquer à son rival dans la course, Bernard Drainville. 

«La rigueur budgétaire, c’est au cœur de l’ADN de la Coalition avenir Québec (CAQ)», a-t-elle dit à l’émission «Mordus de politique» sur les ondes de RDI vendredi, rappelant que le projet actuel pourrait coûter jusqu’à 11 milliards $.

«Je pense que ça mérite quelques jours d’analyse, de discussion, avant de statuer sur la meilleure des solutions possibles», a ajouté Mme Fréchette. 

Rappelons que le gouvernement caquiste a accumulé les déficits budgétaires dans les dernières années. 

Plus tôt cette semaine, Bernard Drainville a accusé Christine Fréchette de nuire à la crédibilité du gouvernement en maintenant le flou sur le projet de lien interrives. «Être à la CAQ, c’est être pour le troisième lien», a-t-il lancé. 

Christine Fréchette affirme analyser plusieurs options, ajoutant être «consciente qu’il y a des enjeux de circulation dans la région de Québec et de Chaudière-Appalaches». La candidate à la chefferie dit toutefois constater «qu’il y a beaucoup de critiques autour du corridor central qui a été retenu». 

Par le passé, la CAQ a proposé un troisième lien plus à l’est. L’an dernier, la ministre des Transports d’alors, Geneviève Guilbault, a dévoilé un nouveau corridor situé cette fois plus à l’ouest, et donc plus près des deux ponts actuels. 

Le maire de Lévis, Steven Blaney, est contre ce corridor et demande de revenir à un lien à l’est. 

«Pour un nouveau lien»

Le premier ministre François Legault a tranché cette semaine en affirmant: «On est tous pour le troisième lien, incluant les deux candidats.»

Questionnée lors de l’entrevue à Radio-Canada si elle était effectivement pour le lien interrives, Christine Fréchette a répondu: «Je suis pour un nouveau lien, donc je suis pour qu’on développe une nouvelle solution pour faire en sorte d’atténuer les enjeux de circulation. Est-ce que c’est le lien qui a été retenu qui est la solution? Pour l’instant, c’est un corridor qui ne rassemble pas l’appui de part et d’autre du fleuve. Alors, il faut voir, est-ce qu’il y a des alternatives moins coûteuses? Est-ce que l’on peut aller chercher l’argent du fédéral aussi?»

Mme Fréchette continue sa réflexion sur le sujet. Elle devrait faire connaître sa position «d’ici deux semaines».

Sécurité économique 

Pour sa part, Bernard Drainville – un ardent défenseur du troisième lien – affirme être en accord avec le corridor actuel.

«Ça nous permet de relier les deux centres-villes et puis l’évaluation qui a été faite, c’est qu’on va pouvoir le faire à un coût moindre», a-t-il affirmé dans le cadre d’une entrevue suivant celle de sa rivale. 

M. Drainville reprend l’argument de la sécurité économique, affirmant que seul le pont Pierre-Laporte permet d’accueillir des camions de marchandises. 

«On veut se prémunir contre une éventuelle fermeture du pont Pierre-Laporte qui, essentiellement, paralyserait la grande économie de Québec. Je vous rappelle que c’est le deuxième pôle économique en importance de tout le Québec», a-t-il affirmé. 

Plus tôt cette semaine, le ministre des Transports, Jonatan Julien, a mis le feu aux poudres en laissant entendre que l’absence de consensus dans la course à la chefferie caquiste pourrait retarder l’avancement du projet de troisième lien. 

Plusieurs de ses collègues au caucus lui ont alors mis la pression pour que le projet continue d’avancer.

Mais des fissures sont aussi apparues au sein des rangs caquistes et plusieurs élus n’ont pas voulu se prononcer sur le controversé projet.

Tergiversations

Rappelons que le gouvernement caquiste a grandement tergiversé sur le projet de troisième lien entre Québec et Lévis.

En 2019, il propose un tunnel à l’est qui passerait sous l’île d’Orléans.

Puis, le gouvernement change d’idée, et évoque un tracé un peu plus à l’ouest qui relierait les deux centres-villes.

En avril 2023, la ministre des Transports d’alors, Geneviève Guilbault, annonce que son gouvernement abandonne le projet d’un lien autoroutier entre Québec et Lévis. Elle proposera plutôt un tunnel dédié au transport en commun.

Puis, en octobre 2023, moins de 24 heures après sa cuisante défaite dans Jean-Talon face au Parti québécois, le premier ministre François Legault prend tout le monde par surprise en annonçant qu’il veut consulter la population de Québec au sujet du troisième lien et que toutes les options sont sur la table.

Le projet est finalement ressuscité en juin 2024. Un an plus tard, Geneviève Guilbault annonce un nouveau corridor plus à l’ouest, donc plus près des deux ponts actuels.