Accident mortel à Vallée-Jonction | Vibrant témoignage de Nathalie Poulin à Ottawa

Benjamin Aubert | 28 janvier 2026 | 05:02
Nathalie Poulin a témoigné devant le Comité permanent des transports, de l'infrastructure et des collectivités de la Chambre des communes, le 26 janvier 2025. | Photo: Capture d'écran ParlVu

La mère d’Alexandra Poulin, décédée en décembre 2024 lors d’un accident impliquant un poids lourd à Vallée-Jonction, Nathalie Poulin, a livré un vibrant témoignage lundi devant le Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités de la Chambre des communes.

Lors de ce témoignage, Mme Poulin a appelé les élus à «poser des actions concrètes» pour mieux encadrer l’industrie du camionnage au pays. Elle a déploré que le camionneur impliqué dans l’accident ayant coûté la vie à sa fille ait notamment ignoré plusieurs panneaux de signalisation.

«Il a passé par-dessus quatorze panneaux. Quatorze panneaux qui lui disaient qu’il ne pouvait pas prendre cette sortie-là. Les premiers lui disaient que c’était la dernière sortie avant Vallée-Jonction parce qu’il ne pouvait pas la prendre en raison de son poids et d’où il arrivait. Plusieurs autres lui disaient que le tonnage maximum est de 15 tonnes pour prendre cette sortie. Le camion et le conteneur vide pèsent pratiquement le 15 tonnes. C’est impossible avec un chargement de ne pas dépasser cette limite. Il devait effectuer un test de frein, il ne l’a jamais fait. Il y a plusieurs autres pancartes qui lui indiquaient le degré de la côte et il n’en a jamais tenu compte. Enfin, le dernier panneau qui aurait pu sauver la vie de ma fille, il y a un lit d’arrêt à droite. Il n’a même pas tenté de le prendre. Probablement qu’il ne connaissait même pas ces panneaux-là. Je ne conduis pas de camion, je n’ai pas de formation, pourtant, quand je vois ces panneaux, qui ne sont pas écrits en français ou en anglais, ce sont des dessins, je les comprends! Comment quelqu’un peut-il ne pas comprendre ça?»

Depuis le décès d’Alexandra Poulin, qui était âgée de 26 ans au moment de la tragédie, elle a dit avoir découvert «des vérités bouleversantes».

«Au travers de tout ça, on a découvert des vérités bouleversantes. Jamais, je n’aurais pensé être obligée de me battre pour faire comprendre que nos familles ne sont pas en sécurité. Comment des entreprises qui ne se conforment pas aux lois sur la sécurité routière peuvent être encore sur la route? Comment on peut tolérer ça en 2026? C’est une aberration. Comment on peut conduire un poids lourd sans formation? Maintenant, il y a une formation obligatoire. En 2020, au fédéral, vous avez demandé une formation minimale. Le Québec nous l’a promis en 2023, on l’a eu en 2025. Combien y a-t-il de gens qui ont des permis sans formation?», a-t-elle questionné en soulignant que le chauffeur impliqué dans l’accident ayant coûté la vie à sa fille conduisait «depuis quelques années».

En larmes, Mme Poulin a aussi regretté «devoir se battre» pour être entendue.

«Depuis cet accident-là, personne ne veut entendre ce qu’on a à dire. Personne. On en a fait des téléphones, on a appelé des députés, au fédéral, au provincial… Personne ne veut toucher à ça. C’est donc ben radioactif! Si quelqu’un veut m’expliquer pourquoi, j’aimerais ça l’entendre. Est-ce que c’est parce que vous allez perdre des votes? C’est quoi? Comment on peut avoir des permis qu’on achète en Ontario? Le transport relève du fédéral. C’est vous qui dictez les lois et les barèmes. On est obligé de se battre pour être ici aujourd’hui. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui peut m’expliquer pourquoi? Vous auriez été censé nous appeler pour nous demander ce que vous pouvez faire. On est encore obligé de défoncer des portes, de cogner et de se battre. Il n’y a plus jamais personne qui va m’appeler « maman ». C’était ma seule fille. Il y a des responsables qui rentrent chez eux, qui voient leurs enfants et qui continuent leur vie. Nous, on survit.»

Elle a aussi parlé de l’accident de sa fille comme un «échec collectif».

«La responsabilité, c’est un échec collectif. Moi, y compris. C’est la même chose [pour les autres accidents]. C’est la société qui n’a pas réussi à les protéger. La société, j’entends tout le monde. Les gens qui achètent des transports au rabais sont conscients que s’il y a 40% de différence dans le prix, il y a quelque chose quelque part. On est conscient quand on achète sur Amazon et qu’il y a une grosse différence de prix, que ça se pourrait que ça dure moins longtemps. Est-ce qu’on peut être conscients lorsqu’on achète un transport et qu’il y a une grosse différence avec un autre fournisseur, que peut-être l’entretien des camions et la formation laissent à désirer? C’est la seule place où ils peuvent couper avec les assurances. Les gens qui voient des aberrations sur la route, ils filment ça et mettent ça sur Facebook. Pouvez-vous appeler les policiers aussi? Ceux qui s’occupent des tests pour donner les permis de conduire, vous m’appelez pour dire que vous donnez des permis à des incompétents. Pourquoi vous ne parlez pas? La Commission des transports qui devrait être plus sévère, les contrôleurs routiers qui sont peut-être trop laxisme ou qui n’ont pas les outils nécessaires pour les arrêter. […] À compter d’aujourd’hui, je considère que si le gouvernement ne s’attelle pas à la tâche, au prochain drame, vous aurez tous du sang sur les mains.»

La mère endeuillée a demandé aux élus de ne pas «fermer les yeux» sur les failles et d’analyser les réglementations de chaque province.

«La sécurité routière, ça ne peut pas être traité comme un détail administratif. À la minute où vous savez qu’il y a des failles, que vous voyez que ça ne fonctionne pas, vous ne pouvez pas fermer les yeux. Vous êtes notre seul secours. Ce n’est pas drôle, mais c’est ça. Si on veut garder nos familles en sécurité sur la route, on est obligé de s’en remettre à vous. Le transport découle du fédéral. Analysez bien chaque province. Vous avez remis la gestion de ces lois-là aux provinces. Pensez-vous que ça fonctionne? Je peux vous dire que non. Elles ne sont pas équipées pour le faire. […] Il faut que ça change. On n’a pas le choix.»

Mme Poulin suggère de suspendre les permis de conduire des conducteurs impliqués dans un accident mortel le temps qu’une enquête soit faite, qu’un registre national pour permettre aux contrôleurs routiers de vérifier les infractions et manquements ailleurs au pays soit créé et que davantage d’inspections mécaniques soient réalisées, notamment par le biais d’une escouade qui vérifierait les camions et chauffeurs des entreprises impliquées dans des accidents.