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L’immigration se régionalise au Québec
Image d'illustration de Deposit photos Par Benoit Valois-Nadeau, Initiative de journalisme local, Le Devoir
Le dernier bilan démographique des régions laisse entrevoir une répartition accrue de l’immigration aux quatre coins du Québec. Si Montréal attire encore la majorité des nouveaux arrivants, les autres régions obtiennent une part de plus en plus grande du gâteau. La régionalisation tant souhaitée depuis des décennies est-elle en voie de se réaliser ?
La part des immigrants permanents s’installant à Montréal a de nouveau reculé, passant de 48 à 45 % sur un an, selon les données publiées mercredi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour la période allant du 1er juillet 2024 au 1er juillet 2025.
Il y a 20 ans, cette proportion était de 75 %.
Après Montréal, c’est la Montérégie (13,2 %) et la Capitale-Nationale (12,8 %) qui attirent le plus les nouveaux arrivants, suivies de Laval (5,2 %), de l’Outaouais (4,6 %) et de Chaudière-Appalaches (3,6 %).
Dans le même bilan, on remarque aussi que dans 11 des 17 régions du Québec, le nombre de nouveaux immigrants admis à titre de résidents permanents a été le plus élevé depuis que les données sont disponibles, soit depuis 2001.
« Les migrations internationales occupent un rôle accru dans le bilan démographique de certaines régions où, il n’y a pas si longtemps, l’immigration jouait un rôle assez mineur, notamment dans les régions plus éloignées des grands centres. Dans les dernières années, ç’a été déterminant dans des régions comme l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, le Saguenay–Lac-Saint-Jean », observe Martine St-Amour, démographe à l’ISQ.
Sans l’immigration, la plupart des régions vivraient une décroissance démographique.
À lire aussi: Bilan démographique des régions du Québec | La croissance de la population ralentit
Encore du travail à faire
Les données de l’ISQ concernent uniquement les immigrants admis qui ont obtenu leur certificat de sélection du Québec. Les nombreux immigrants temporaires, qu’ils soient travailleurs, étudiants ou demandeurs d’asile, en sont donc exclus, souligne Michèle Vatz-Laaroussi, professeure associée à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke.
Les banlieues de l’agglomération métropolitaine, comme Longueuil ou Brossard, récoltent également une part très importante des nouveaux immigrants, ce qui incite la spécialiste des relations interculturelles à parler d’une certaine « banlieusardisation » de l’immigration.
Malgré tout, « il est clair que de plus en plus de migrants vont vers les régions », assure Mme Vatz-Laaroussi.
« Le changement a été impulsé par les mesures du gouvernement [provincial] qui ont permis de financer différentes actions des municipalités et des MRC sur le terrain. Et puis il y a des agents du ministère de l’Immigration qui ont été déployés dans toutes les régions », rappelle-t-elle.
Chedly Belkhodja, directeur de l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, pointe également le travail de recrutement accru des cégeps et des universités pour attirer des étudiants étrangers jusqu’à Sept-Îles ou Saint-Georges.
« C’est une immigration considérée comme temporaire, mais qui peut devenir permanente lorsque les étudiants choisissent de demeurer dans leur lieu d’étude », dit-il.
Le monde du travail occupe évidemment un rôle prépondérant dans cette régionalisation.
« Les employeurs, des joueurs qu’on ne voyait pas il y a 10 ou 20 ans, ont maintenant une fonction important dans cette volonté de régionalisation en multipliant les initiatives pour recruter et pallier la pénurie de main-d’œuvre », observe M. Belkhodja, qui souhaite tout de même qu’on voie dans les immigrants autre chose qu’un « moyen de pourvoir des postes en région ».
« Immigrer, ce n’est pas seulement occuper un emploi, rappelle-t-il. Les régions qui ont le mieux réussi l’intégration sont celles qui ont mis en place des services concertés au chapitre de l’accueil, de l’intégration communautaire, de la francisation, etc. »
La rétention demeure un défi majeur, particulièrement lorsqu’on s’éloigne des grands centres.
« On atteint un petit nombre de personnes qui vont s’installer et s’intégrer, et qui vont aider ces régions-là », explique Michèle Vatz-Laaroussi en donnant en exemple l’Abitibi-Témiscamingue et la Gaspésie. Mais est-ce que ça va suffire pour vraiment dire que la régionalisation fonctionne ? Pour le moment, ce n’est pas gagné, il y a encore beaucoup de travail à faire. Si les Québécois quittent ces régions-là, c’est difficile de comprendre pourquoi des gens d’ailleurs s’y installeraient et y resteraient massivement. »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.