Air Transat commence à annuler des vols à l’approche de la grève de ses pilotes

La Presse Canadienne | 8 décembre 2025 | 05:00
Des avions d’Air Transat sont vus sur le tarmac de l’aéroport international Montréal-Trudeau à Montréal, le 8 avril 2020. LA PRESSE CANADIENNE/Paul Chiasson

Les passagers d’Air Transat risquent de voir leurs vols suspendus cette semaine, alors que la compagnie aérienne spécialisée dans les vols loisirs se prépare à réduire ses activités avant la grève des pilotes prévue mercredi.

La société mère d’Air Transat, Transat A.T., a fait savoir que les annulations allaient s’intensifier avant un arrêt de travail potentiel qui pourrait commencer dès 3 h, heure de l’Est, mercredi matin.

Selon la compagnie aérienne et la plateforme de suivi des avions FlightRadar24, aucun vol Air Transat n’avait été annulé lundi midi. Cependant, quatre vols supplémentaires ont été programmés pour la journée afin de rapatrier les passagers qui devaient initialement rentrer mercredi et qui craignaient de se retrouver bloqués à l’étranger en raison du conflit de travail.

L’Association internationale des pilotes de ligne (ALPA), qui représente 750 pilotes d’Air Transat, a déposé un préavis de grève de 72 heures au cours de la fin de semaine.

Le syndicat affirme vouloir un accord qui améliore les salaires, la sécurité de l’emploi et la qualité de vie au-delà de ce que prévoit la convention collective en vigueur depuis dix ans.

Les deux parties se sont réunies à Montréal pour des négociations 24 heures sur 24 au cours de la semaine dernière, la compagnie cherchant à éviter un arrêt de travail à l’approche de la période de pointe des fêtes.

«Nous avons fait des progrès», indique lundi Andréan Gagné, porte-parole de Transat, dans une déclaration.

Des perturbations à venir

Les quelque 40 avions en service de la flotte d’Air Transat transportent des dizaines de milliers de passagers sur plus de 500 vols chaque semaine. Même si la grève est courte ou évitée, une série d’annulations de vols pourrait perturber le calendrier de la compagnie aérienne pendant plusieurs jours, voire plus.

«Même la menace peut être problématique, souligne Geraint Harvey, professeur en relations de travail à l’Université Western. Si ce problème est résolu, cela dissuadera les gens de réserver auprès de cette compagnie aérienne.»

Les vols sont en effet des produits périssables, suggère-t-il. Cela rend les perturbations d’autant plus coûteuses pendant la haute saison hivernale, lorsque les avions bondés et les tarifs plus élevés compensent la baisse du nombre de passagers pendant les mois creux.

«Dès que vous annulez un vol, c’est de l’argent perdu», rappelle-t-il. 

Pour l’instant, certains passagers restent optimistes.

«J’espère que tout va s’arranger, car les vacances approchent. Nous espérons que ce sera rapide», témoigne Adrianna McLean, avant son départ pour Cancún, au Mexique, depuis l’aéroport Pearson de Toronto.

Elle et son compagnon de voyage, Jason Victoria, ont réservé des vols de retour pour le 16 décembre, mais n’ont pas de plan de secours en cas de perturbation.

«Nous sommes censés reprendre le travail assez rapidement après notre retour, confie Mme McLean. J’espère que nous pourrons rentrer, mais nous devrons peut-être essayer de trouver un autre avion ou autre chose.»

Une lettre remise aux passagers d’Air Transat par le personnel de l’aéroport indiquait que les vols se déroulaient normalement lundi et que les passagers pouvaient voyager comme prévu. Elle précisait également qu’ils pouvaient annuler leur réservation et recevoir un crédit à utiliser dans les 12 mois.

Contexte difficile

Ce conflit social survient à un moment particulièrement difficile pour l’entreprise montréalaise, qui peine à gérer une dette importante — 1,4 milliard $ au 31 juillet — et à dégager un bénéfice annuel pour la première fois depuis 2018.

Le conseil d’administration tente également de repousser une tentative de prise de contrôle du magnat des médias Pierre Karl Péladeau. La semaine dernière, le dirigeant du géant des télécommunications Québecor, qui détient également 9,5 % de Transat — son deuxième actionnaire en importance —, a exigé un remaniement du conseil d’administration et une refonte stratégique.

La proposition prévoit que le bras droit du milliardaire chez Québecor remplace la présidente du conseil de Transat, Susan Kudzman, et que M. Péladeau obtienne également un siège au conseil.

L’attrition représente un défi supplémentaire dans un secteur confronté à une pénurie chronique de pilotes.

Bradley Small, qui dirige la section Air Transat de l’ALPA, a indiqué que la compagnie aérienne avait perdu plus de 180 pilotes après la pandémie de COVID-19, soit un sur quatre, dont beaucoup sont partis vers d’autres transporteurs offrant des contrats plus lucratifs.

L’année dernière, les 5400 pilotes d’Air Canada ont négocié une augmentation salariale cumulative de près de 42 % sur quatre ans. Cette augmentation a dépassé les gains importants obtenus l’année précédente par les pilotes des trois plus grandes compagnies aériennes américaines, où les augmentations salariales variaient entre 34 et 40 %, mais à partir d’un niveau de base plus élevé.

En 2023, les pilotes de WestJet ont obtenu une augmentation salariale de 24 % sur quatre ans dans le cadre d’un accord conclu quelques heures avant la date limite de la grève.

La semaine dernière, les pilotes d’Air Transat ont voté à 99 % en faveur d’une grève si nécessaire, avec un taux de participation de 98 % des pilotes éligibles.

La période de réflexion de 21 jours qui a suivi les négociations de conciliation prend fin le 10 décembre, date à laquelle les travailleurs peuvent se mettre en grève ou la direction peut imposer un lock-out.

Entreprises dans cette dépêche: (TSX:TRZ, TSX:QBR.B)

— Avec des informations de Cassidy McMackon à Toronto